|
Etre membre
du gouvernement impose de mesurer la portée de ses propos. En se
prononçant en faveur de la libéralisation de l'usage de drogues
dites " douces ", Dominique Voynet a oublié qu'elle n'était plus
une simple militante d'un parti politique, mais qu'elle était devenue,
par le verdict des urnes, ministre de la République.
Nostalgique
des années babacool de l'après-68, le ministre de l'Environnement
se fait l'avocat d'une cause indéfendable. Plus grave : par sa prise
de position, elle justifie l'action des trafiquants qui, depuis
des années, s'emploient à encourager la pratique de la drogue aux
portes de nos écoles.
La drogue
n'est pas un produit de consommation comme un autre
On estime en France à plusieurs millions les fumeurs occasionnels
de cannabis, et à un million le nombre de consommateurs réguliers.
250 000 seraient dépendants de l'héroïne, et l'ecstasy ferait de
plus en plus d'adeptes chez les jeunes. Ces pratiques ne peuvent
plus être assimilées à le recherche d'un bref plaisir. Les drogues
ont pour conséquences de déconnecter l'individu des réalités qui
l'entourent.
Et c'est précisément
cet effet qui est aujourd'hui recherché par de nombreuses personnes
confrontées au vide de leur existence ou aux difficultés de la vie.
Libéraliser l'usage des drogues conduit à occulter les raisons qui
amènent de trop nombreux jeunes à trouver refuge dans des paradis
artificiels. C'est intellectuellement confortable, mais politiquement
irresponsable.
La sanction
nécessaire
Les tenants de la libéralisation mettent souvent en avant le
fait que les poursuites pénales encourues par les usagers de drogues
douces sont incohérentes au regard de l'importance de leur faute.
Loin de moi l'idée de réclamer la mise sous les verrous de tous
les fumeurs occasionnels de joints. Mais supprimer toute sanction
pour une pratique qui ne peut être considérée comme anodine équivaut,
non seulement à la banaliser, mais implicitement à l'afficher comme
un acte naturel.
Notre société
a besoin de limites clairement établies afin d'éviter la tentation
des déviances
C'est la signification du code de la route ou des textes sur
la bioéthique adoptés en 1993. Ainsi en s'appuyant sur des textes
juridiques, notre société établit peu à peu des règles de conduite
sociale. Ne nous y trompons pas : le pouvoir politique qui demain
libéraliserait l'usage des drogues ouvrirait la voie à la remise
en cause des principes sur lesquels est établi le fonctionnement
de notre société.
Une mauvaise
action
Depuis des années, des hommes et des femmes livrent le combat
contre la drogue dans les écoles, dans des centres spécialisés.
Ils en expliquent les dangers et les risques de dépendance. En leur
tendant la main et en les écoutant, ils amènent de nombreux adolescents
à dominer leur mal-être. Ils répondent en cela à un souci fortement
exprimé par tous les parents, 90 % de ces derniers plaçant la crainte
de la drogue chez leurs enfants au premier rang de leurs angoisses.
L'insouciance
des paroles de Dominique Voynet et la permissivité qu'elles sous-tendent
mettent à mal ces efforts de pédagogie et d'information
Quelle sera la crédibilité d'un responsable d'association qui ira
expliquer aux enfants les méfaits de la drogue, alors que le ministre,
investi d'une indéniable autorité, en aura prôné l'autorisation
? Comment ne pas comprendre le découragement et la colère de ceux
qui voient la déchéance de leur enfant prisonnier de la drogue et
qui ont le souvenir des " joints " qu'il fumait durant son adolescence.
|
 |
Retour du
balancier
Une opinion solidement établie voudrait que la France soit l'un
des seuls à rester opposés à la libéralisation de l'usage des drogues
dites douces. Ignorants ou manipulateurs, ceux qui véhiculent cette
idée oublient que 152 Etats dans le monde, (y compris les Pays-Bas)
ont ratifié en 1961 une convention " interdisant la production,
l'exportation, l'importation, la distribution, le commerce, l'usage
et la détention de stupéfiants pour des raisons autres que médicales
", et qu'en 1988 120 pays ont décidé de "conférer le caractère d'infraction
pénale à la détention et à l'achat de stupéfiants".
De même, s'il
est fait souvent allusion à la démarche de pays qui ont, à une époque,
libéralisé l'usage des drogues, rarement est souligné le fait que
certains sont revenus sur ces choix, précisément en raison des excès
constatés. Il en est ainsi de l'Espagne et de la Suède. A tout cela,
les tenants de la libéralisation opposent l'exemple de la Hollande,
qui, par sa pratique permissive envers les drogues douces, aurait
restreint le recours aux drogues dures.
Mais comment
dans ce cas expliquer le jugement des Hollandais, qui dans une enquête
réalisée en 1995, estimaient leur pays trop tolérant vis-vis des
toxicomanes ? Pourquoi le ministre de la Justice des Pays-Bas a-t-il
déclaré, en janvier 1996, " que la politique de tolérance de son
pays à l'égard de la consommation de drogues douces avait dérapé,
et qu'elle n'avait pas répondu aux attentes. " Pourquoi le gouvernement
hollandais a-t-il décidé de diminuer le nombre des coffee-shops
autorisées et d'en restreindre les quantités de drogue distribuées
?
L'esprit
de 68
Dès sa prise de fonctions, le président de la République a fait
de la lutte contre la drogue un combat personnel. Il est désormais
de la responsabilité du gouvernement d'établir un plan d'action
afin d'amener la communauté européenne à agir dans le domaine de
la lutte contre les toxicomanies, la première étape devant conduire
à convaincre le maximum de nos partenaires à se retrouver autour
de quatre grands principes :
- le refus
d'admettre l'usage des stupéfiants,
- la volonté
d'articuler soins et répression,
- le souci
d'une certaine progressivité dans l'application de la loi,
- la volonté
de mise à profit de l'incarcération, quand elle est prononcée,
pour engager une prise en charge.
Le combat contre
toutes les formes de drogues et contre les dépendances doit mobiliser
toutes les énergies. Plutôt que de mener un combat d'arrière-garde
ou se livrer à des provocations médiatiques, Mme Voynet devrait
prendre son bâton de pèlerin pour convaincre ses collègues du gouvernement
et nos partenaires européens de l'urgence des mesure à prendre.
mais je crains malheureusement que ses propos ne soient ni accidentels
ni isolés, et qu'ils ne soient l'illustration de sa vision de la
société et de sa conception de l'homme.


|