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Drogue : non à la dépénalisation
Propos irresponsables de Dominique Voynet. Un gouvernement qui libéralisait la drogue prendrait une lourde responsabilité.
Par Élisabeth Hubert*
Le Figaro du 29 septembre 1997

Etre membre du gouvernement impose de mesurer la portée de ses propos. En se prononçant en faveur de la libéralisation de l'usage de drogues dites " douces ", Dominique Voynet a oublié qu'elle n'était plus une simple militante d'un parti politique, mais qu'elle était devenue, par le verdict des urnes, ministre de la République.

Nostalgique des années babacool de l'après-68, le ministre de l'Environnement se fait l'avocat d'une cause indéfendable. Plus grave : par sa prise de position, elle justifie l'action des trafiquants qui, depuis des années, s'emploient à encourager la pratique de la drogue aux portes de nos écoles.

La drogue n'est pas un produit de consommation comme un autre
On estime en France à plusieurs millions les fumeurs occasionnels de cannabis, et à un million le nombre de consommateurs réguliers. 250 000 seraient dépendants de l'héroïne, et l'ecstasy ferait de plus en plus d'adeptes chez les jeunes. Ces pratiques ne peuvent plus être assimilées à le recherche d'un bref plaisir. Les drogues ont pour conséquences de déconnecter l'individu des réalités qui l'entourent.

Et c'est précisément cet effet qui est aujourd'hui recherché par de nombreuses personnes confrontées au vide de leur existence ou aux difficultés de la vie. Libéraliser l'usage des drogues conduit à occulter les raisons qui amènent de trop nombreux jeunes à trouver refuge dans des paradis artificiels. C'est intellectuellement confortable, mais politiquement irresponsable.

La sanction nécessaire
Les tenants de la libéralisation mettent souvent en avant le fait que les poursuites pénales encourues par les usagers de drogues douces sont incohérentes au regard de l'importance de leur faute. Loin de moi l'idée de réclamer la mise sous les verrous de tous les fumeurs occasionnels de joints. Mais supprimer toute sanction pour une pratique qui ne peut être considérée comme anodine équivaut, non seulement à la banaliser, mais implicitement à l'afficher comme un acte naturel.

Notre société a besoin de limites clairement établies afin d'éviter la tentation des déviances
C'est la signification du code de la route ou des textes sur la bioéthique adoptés en 1993. Ainsi en s'appuyant sur des textes juridiques, notre société établit peu à peu des règles de conduite sociale. Ne nous y trompons pas : le pouvoir politique qui demain libéraliserait l'usage des drogues ouvrirait la voie à la remise en cause des principes sur lesquels est établi le fonctionnement de notre société.

Une mauvaise action
Depuis des années, des hommes et des femmes livrent le combat contre la drogue dans les écoles, dans des centres spécialisés. Ils en expliquent les dangers et les risques de dépendance. En leur tendant la main et en les écoutant, ils amènent de nombreux adolescents à dominer leur mal-être. Ils répondent en cela à un souci fortement exprimé par tous les parents, 90 % de ces derniers plaçant la crainte de la drogue chez leurs enfants au premier rang de leurs angoisses.

L'insouciance des paroles de Dominique Voynet et la permissivité qu'elles sous-tendent mettent à mal ces efforts de pédagogie et d'information
Quelle sera la crédibilité d'un responsable d'association qui ira expliquer aux enfants les méfaits de la drogue, alors que le ministre, investi d'une indéniable autorité, en aura prôné l'autorisation ? Comment ne pas comprendre le découragement et la colère de ceux qui voient la déchéance de leur enfant prisonnier de la drogue et qui ont le souvenir des " joints " qu'il fumait durant son adolescence.

Retour du balancier
Une opinion solidement établie voudrait que la France soit l'un des seuls à rester opposés à la libéralisation de l'usage des drogues dites douces. Ignorants ou manipulateurs, ceux qui véhiculent cette idée oublient que 152 Etats dans le monde, (y compris les Pays-Bas) ont ratifié en 1961 une convention " interdisant la production, l'exportation, l'importation, la distribution, le commerce, l'usage et la détention de stupéfiants pour des raisons autres que médicales ", et qu'en 1988 120 pays ont décidé de "conférer le caractère d'infraction pénale à la détention et à l'achat de stupéfiants".

De même, s'il est fait souvent allusion à la démarche de pays qui ont, à une époque, libéralisé l'usage des drogues, rarement est souligné le fait que certains sont revenus sur ces choix, précisément en raison des excès constatés. Il en est ainsi de l'Espagne et de la Suède. A tout cela, les tenants de la libéralisation opposent l'exemple de la Hollande, qui, par sa pratique permissive envers les drogues douces, aurait restreint le recours aux drogues dures.

Mais comment dans ce cas expliquer le jugement des Hollandais, qui dans une enquête réalisée en 1995, estimaient leur pays trop tolérant vis-vis des toxicomanes ? Pourquoi le ministre de la Justice des Pays-Bas a-t-il déclaré, en janvier 1996, " que la politique de tolérance de son pays à l'égard de la consommation de drogues douces avait dérapé, et qu'elle n'avait pas répondu aux attentes. " Pourquoi le gouvernement hollandais a-t-il décidé de diminuer le nombre des coffee-shops autorisées et d'en restreindre les quantités de drogue distribuées ?

L'esprit de 68
Dès sa prise de fonctions, le président de la République a fait de la lutte contre la drogue un combat personnel. Il est désormais de la responsabilité du gouvernement d'établir un plan d'action afin d'amener la communauté européenne à agir dans le domaine de la lutte contre les toxicomanies, la première étape devant conduire à convaincre le maximum de nos partenaires à se retrouver autour de quatre grands principes :

  • le refus d'admettre l'usage des stupéfiants,
  • la volonté d'articuler soins et répression,
  • le souci d'une certaine progressivité dans l'application de la loi,
  • la volonté de mise à profit de l'incarcération, quand elle est prononcée, pour engager une prise en charge.

Le combat contre toutes les formes de drogues et contre les dépendances doit mobiliser toutes les énergies. Plutôt que de mener un combat d'arrière-garde ou se livrer à des provocations médiatiques, Mme Voynet devrait prendre son bâton de pèlerin pour convaincre ses collègues du gouvernement et nos partenaires européens de l'urgence des mesure à prendre. mais je crains malheureusement que ses propos ne soient ni accidentels ni isolés, et qu'ils ne soient l'illustration de sa vision de la société et de sa conception de l'homme.



 

(*) Ancien ministre de la Santé publique et de l'assurance maladie, chargée au RPR des études et du projet politique.

 

 
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