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Les propriétés
pharmacologiques de la drogue (1) sur le cerveau de l'homme entraînent
deux risques majeurs :
Le premier est,
en quantité infime, d'altérer l'équilibre biochimique du cerveau,
nécessaire à l'expression de la conscience. Cette perturbation de
l'équilibre biochimique, induite par la drogue, se traduit par une
incapacité de la conscience à distinguer ce qui est juste de ce
qui est faux, et aussi, pour reprendre le langage des justes, ce
qui est bien de ce qui est mal.
Le second risque,
conséquence des mêmes perturbations biochimiques du cerveau, est
d'entraîner un comportement quasi obligatoire de la dépendance à
la drogue, qui échappe à la raison et à la volonté. Le comportement
du drogué ne peut se conformer aux règles de conduite définies par
la société pour assurer le respect des lois.
Le prophète
de l'islam, Mahomet, bannit totalement l'usage du vin, alors que
les juifs et les chrétiens ne condamnèrent formellement que son
usage immodéré, entraînant " l'ivresse qui dévie la conscience (2)
". L'alcool est tout de même aujourd'hui responsable, en France
et aux Etats-Unis, de près de la moitié des accidents de la route
qui tuent ou mutilent chaque année des dizaines de milliers de conducteurs,
avec leurs innocentes victimes. L'usage de la drogue, y compris
le cannabis, ne fait qu'augmenter le carnage, comme l'indiquent
toutes les études des accidents de la route attribuables, en particulier,
à l'usage de cannabis.
Le crack
La drogue, par son effet sur la biochimie du cerveau, incite à la
délinquance, petite ou grande. Cocaïne ou amphétamine sont les drogues
les plus criminogènes. C'est ainsi qu'à New York ou à Washington
la majorité des crimes de sang, autrefois commis sous l'influence
de l'alcool, sont aujourd'hui attribués à l'usage d'amphétamine
ou de cocaïne sous forme de crack.
Bien avant les
Américains, les Japonais observèrent le pouvoir criminogène de l'amphétamine.
Au lendemain de sa défaite, en 1945, le Japon autorisa la vente
libre de l'amphétamine, qui avait permis au kamikazes de prolonger
leur temps de vol pour mieux combattre la flotte américaine. Mais
au début des années 50, le Japon connut une véritable épidémie de
toxicomanie à l'amphétamine, associée à une augmentation sans précèdent
de la criminalité, dans un pays où elle est très peu fréquente.
En 1953, on
dénombra plus de cinquante-cinq mille cas de délinquance attribuables
à la consommation d'amphétamine. La riposte de l'Etat nippon fut
rapide et efficace. La fabrication d'amphétamine fut interdite,
les trafiquants emprisonnés et les consommateurs traités dans des
centres de réhabilitation où l'abstention de la drogue était obligatoire.
Après trois ans, le nombre des arrestations était tombé à moins
de trois cents. De telles mesures furent approuvées par l'ensemble
du pays, qui adopta, avec l'appui des médias, un ostracisme social
contre l'usage de la drogue.
Dans les années
60, une épidémie de toxicomanie à l'amphétamine auto-administrée
par voie intraveineuse atteignit les grandes villes de Suède; elle
était confortée par une politique de tolérance qui permettait aux
médecins de prescrire librement amphétamine et morphine. On observa
une forte augmentation de la délinquance, qui put être prouvée par
les traces de ponction veineuse de l'avant-bras systématiquement
rapportées lors des arrestations pour délit de tout genre. Cette
étude fut réalisée par le professeur N. Bejerot, de la célèbre université
Karolinska.
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L'épidémie suédoise
fut contrôlée, comme au Japon, par des mesures d'interdiction du
trafic et de la consommation, adoptées par le Parlement et mises
en application par la population et les services spécialisés. De
telles mesures furent accompagnées d'un refus social de la drogue,
largement exprimé par le public et renforcé par les médias. La Suède
est aujourd'hui le pays d'Europe où la délinquance et la toxicomanie
sont les moins répandues, et où le taux de sida est le moins élevé,
bien que la distribution de seringues aux drogués y soit interdite.
Aux Etats-Unis,
usage de drogue et délinquance juvénile sont parmi les plus élevés
du monde, surtout dans les grandes agglomérations. Le maire républicain
de New York, Rudolf Guiliani, en adoptant des mesures policières
draconiennes, parvint à diminuer, au cours des trois dernières années,
criminalité et toxicomanie. En revanche, dans les villes moyennes,
où des mesures analogues ne furent pas appliquées, l'usage de la
drogue et la criminalité n'ont pas diminué. La consommation de cannabis
par les enfants de dix à douze ans a même augmenté. En Europe, l'usage
de la drogue n'a pas atteint les sommets américains, mais cet usage
progresse, et la criminalité aussi.
L'Europe
hésitante
La Hollande, modèle de l'acceptation sociale du cannabis, avec
ses cafés pour fumer le hasch, et son usage de l'héroïne pour traiter
l'héroïnomanie, a connu une augmentation considérable de la criminalité
: entre 1988 et 1993, les homicides ont augmenté de 30 %, les vols
de voitures de 90 %, et les vols à mains armées de 100 %. Les autorités
compétentes hollandaises ont calculé que le trafic de la drogue
et la prostitution représentent 1 % du PNB (5 milliards de francs).
En Allemagne,
cette augmentation de la délinquance juvénile inquiéta les autorités,
qui envoyèrent à New York une délégation pour étudier les mesures
d'interdiction prises avec succès par le maire Giuliani. Ces mesures
parurent trop répressives aux policiers allemands, qui préférèrent
utiliser un " modèle européen " de diminution des risques encore
mal défini et sans aucune preuve d'efficacité.
En France, la
délinquance a atteint des sommets inégalés, mais l'usage de la drogue
n'est pas incriminé dans l'extension de ce phénomène social. Au
contraire, le gouvernement s'apprête à légaliser l'usage du cannabis
(le mot dépénaliser n'est qu'un euphémisme) et à approuver son "
usage médical ". Si de telles mesures étaient adoptées, on devrait
s'attendre à une augmentation de la consommation de la drogue et
de la délinquance qui lui est associée.
Cette conclusion
est fondée sur des données scientifiques, pharmacologiques et sociologiques
indéniables, mais qui paraissent ignorées par les grands commis
de l'Etat, y compris par le ministre de la Santé.


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