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Le cannabis dérègle la procréation
La drogue altère le processus de fécondation. Robotisation de la conscience et détraquementde la descendance.
Par Gabriel G. Nahas*
Le Figaro du 24 avril 1998

Le gouvernement fédéral américain a dépensé, depuis vingt ans, des dizaines de milliards de francs pour subventionner des recherches sur les propriétés pharmacologiques et thérapeutiques du cannabis. C'est pour évaluer toutes ces études que les spécialistes mondiaux de la question se sont réunis les 20 et 21 mars dernier à l'université de New York pour rendre compte de leurs travaux (1).

Plus de trente communications furent présentées, dont on peut dégager les conclusions suivantes : il convient de distinguer entre la fumée de la cigarette de marijuana et son élément biologique actif, le delta 9 tétrahydrocannabis (THC). A court terme, ce produit, sous forme de gélule absorbable par voie orale ou par suppositoire, est une forme acceptable pour des indications ponctuelles, bien que d'autres thérapeutiques plus efficaces soient également disponibles, en particulier dans le traitement de vomissements.

Mais la fumée de cannabis, qui est encore plus toxique que la fumée de Tabac, n'a pas d'application thérapeutique. A sa toxicité pulmonaire s'ajoute sa toxicité sur le système immunitaire du poumon. Cette rencontre de New York fut marquée par des communications bien inquiétantes.

Le THC, principe actif de la marijuana, se lie dans le cerveau à des sites de liaison spécifique (récepteurs) qui, en l'état physiologique normal, sont occupés par les molécules élaborées par le cerveau, les anandamides. Or le THC, en se liant à ces récepteurs cérébraux, normalement occupés par les anandamides, dérègle la fonction cérébrale principale : l'expression cohérente de la conscience et de la vigilance, comme l'avait observé Joseph Moreau sur lui-même, il y a plus de 150 ans (2), après avoir ingéré du haschisch.

Moreau parlait alors d'une " désintégration moléculaire de l'intelligence par le haschisch ". Le THC altère d'une façon persistante la régulation du cerveau à l'échelon moléculaire. Il apparaît que le THC, en dose infime, induit un nouvel état de conscience, indépendant de la volonté et du libre arbitre, qui peut aboutir à une " robotisation " : il s'agit de l'état de dépendance.

 

L'avenir de l'homme
Des récepteurs au THC, identiques aux récepteurs cérébraux, ont été aussi mis en évidence dans le testicule, l'utérus ainsi que sur l'ovule et le spermatozoïde.

A la conférence de New York, Schuel (3) rapporta la présence d'un site récepteur à l'anandamide sur la tête spermatique. Cette liaison qui est nécessaire lors de la fécondation de l'ovule, est altérée par le THC. Il y a plus de vingt ans, j'avais rapporté avec Hembree (4) une diminution de la concentration et de la mobilité du sperme, ainsi que des formes anormales de spermatozoïdes chez les seize fumeurs de cannabis étudiés en milieu hospitalier.

Par ailleurs, Paria (5), à New York, rapporta la présence des mêmes récepteurs cérébraux au THC et à l'anandamide dans l'embryon, jusqu'à sa quatrième division avant son implantation. Les anandamides et leurs récepteurs constituent donc un système de régulation signalétique dans la fonction de reproduction. Ce système de signalisation est analogue à celui décrit dans le cerveau et jouerait le même rôle de " guide invisible ".

Du point de vue physiologique et médical, il convient de proscrire le dérèglement par le THC du système de régulation fondamental récépteur anandamide qui contrôle les communications intracellulaires des neurones cérébraux et des gamètes. Sous couvert d'un usage médicalisé, basé sur l'innocuité du cannabis, on en vient en fait à approuver l'usage généralisé d'une drogue qui présente une menace pour l'avenir de l'homme.

En fumant régulièrement du cannabis, les jeunes d'aujourd'hui pourraient mettre en danger les générations futures, avant même qu'elles ne soient conçues.



 

* Président de l'Alliance internationale de lutte contre la toxicomanie.

(1) Marijuana and Medecine. An international conference at New York University, Medical Center, 20-21 mars 1998.
(2) Joseph Moreau. Du Haschisch et de l'aliénation mentale, Masson, Paris, 1845.
(3) Schuel H., Chang M. C. et col., Cannabinoid receptors in sperm. Marijuana and Medecine, Humana Press, 1998.
(4) Nahas G., Hembree W. C. et Zeidenberg P. : Oligospermie des fumeurs de chanvre (marijuana, haschisch, cannabis). Bull acad, nat. méd., 1976.
(5) Paria B. C., Cannabinoid ligand receptor signaling during early pregnancy in the mouse. Marijuana and Medecine, Humana Press, 1998.

 

 
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