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Il y a une trentaine
d'années, des nageurs d'un pays asiatiques furent disqualifiés des
Jeux olympiques pour avoir respiré de l'oxygène avant les épreuves
de natation. Ce
fut un tollé général du monde sportif international contre un peuple
dont la culture ignorait tout de la grande tradition hellénique
de l'Occident.
Ce peuple pourrait
aujourd'hui nous rappeler les racines éthiques de notre civilisation,
qui s'expriment dans les conseils du sage philosophe à ses disciples
pour qu'ils maintiennent " mens sana in corpore sano ", pour devenir
des hommes et des citoyens exemplaires.
Toutefois, il
semble qu'aujourd'hui cette phrase ait été oubliée par les maîtres
à penser littéraires ou scientifiques de notre époque qui acceptent,
et même parfois recommandent, l'usage de la drogue à titre récréatif,
et même rédempteur : il s'agit d'éliminer, par le traitement chimique,
la morbidité, la tristesse, la fatigue en absorbant la molécule
qui dissipe le chagrin, assouvit le désir, confère le plaisir et
donne la vigueur.
Il existe aujourd'hui
des pilules spécialisées destinées à remédier à chacun des ces infortunés
comportements humains. Il s'agit aujourd'hui, comme le déclarait
le rédacteur médical d'un grand journal du soir, " de vivre avec
la drogue ". Pourquoi s'étonner que les sportifs aient suivi ce
mot d'ordre lancé par les médias qui aujourd'hui s'acharnent contre
" les drogués de la route et du cyclisme " ?
Car la banalisation
de la drogue dans le sport de compétition coïncide avec l'acceptation
sociale de la commercialisation de la drogue à titre récréatif dans
les sociétés industrialisées du monde occidental. Cette nouvelle
mode fut l'une des expressions de la révolution estudiantine de
1968, qui voulait conquérir la liberté en commençant par détruire
la société civile pour faire table rase du passé répressif.
L'idéologie
de Marcuse, inspirée de Marx et la psychanalyse, fut adoptée par
la gauche pensante et donna à cette révolution un extraordinaire
élan qui persiste dans le monde d'aujourd'hui. Il s'agissait de
laisser l'homme libre de ses choix existentiels, bien qu'il soit
souvent incapable de les assumer.
Dans ce nouveau
climat de relativisme éthique et de cynisme social, l'acceptation
de la drogue se développa comme une épidémie galopante qui atteint
aujourd'hui les forces vives de la nation française et celle de
l'Europe unie.
Dérive de
la médecine
Cette
vague de toxicomanie n'aurait pu se développer sans une dérive de
l'éthique médicale et thérapeutique qui se manifeste parmi les professionnels
de la santé et leurs porte-parole politiques.
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En raison des
extraordinaires progrès de la médecine au cours des dernières décennies,
un grand nombre de médecins furent amenés à croire qu'il existe
des médications pour traiter toutes les maladies mentales et physiques,
dissiper les idées fausses et même orienter les choix idéologiques
et éthiques du citoyen. J'étais moi-même séduit, il y a quarante
ans, par ces immenses possibilités de la biochimie et m'en ouvrais
à mon camarade Hubert Beuve-Méry, qui railla ma candeur en déclarant
que ma recherche d'une pilule de la " sagesse politique " était
un rêve de petit plaisantin.
L'acceptation
de nouveaux remèdes miracles pour guérir le mal de vivre a fini
par amener une partie du monde médical à prescrire avec une grande
libéralité des médications pour traiter le cerveau atteint de dépression,
d'anxiété, d'insomnie et de tous les maux liés à une pensée désordonnée
et à une existence sans repère, comme la toxicomanie. Toutes ces
médications remboursables par la Sécurité sociale contribuent à
l'inflation continuelle des dépenses de santé.
Les Français
sont donc devenus les plus grands consommateurs au monde de tranquillisants,
d'antidépresseurs, de somnifères, après avoir été les plus grands
consommateurs d'alcool, de Tabac. Et ils sont aujourd'hui en passe
de devenir de grands amateurs des drogues qui aliènent le cerveau
et la pensée et dérèglent la descendance : cannabis, héroïne, amphétamine
et cocaïne. Les récentes générations de Français ont déjà payé le
prix de l'usage par leurs parents de drogues, légales et illégales
: prix bien lourd, mais impossible à chiffrer.
Et l'on continue
sur la même voie puisqu'il est question en France de légaliser le
cannabis à titre de médicament, comme en Suisse, en Hollande, au
Royaume-Uni et bientôt en Allemagne. Paradoxalement, cette mesure
est envisagée au moment où une conférence scientifique internationale,
tenue à l'université de New York en mars dernier, a conclu à la
nocivité sans appel de l'élément actif du cannabis, le THC, qui
dérègle un mécanisme fondamental de toutes les cellules vivantes,
et que l'on retrouve dans les premiers organismes pluricellulaires
apparus sur notre planète il y a six cents millions d'années.
Le problème
de la banalisation de la drogue dans l'exercice du sport ne pourra
être résolu que par un refus général, social et politique de la
drogue à titre récréatif. C'est la survie de notre société qui est
en jeu. Il n'est pas trop tard pour arrêter son rapide déclin.


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