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Drogue : dépénalisation en douce
Par Ivan Rioufol
Le Figaro le 26 mars 2000

Cela s'est fait en douce. Même le gouvernement n'y aura rien vu. Le gouvernement vient de donner son feu vert à une dépénalisation de l'usage des drogues. Jugez-en hier, une campagne officielle d'information sur les stupéfiants a été lancée. Partant du constat qu'une société sans drogue ça n'existe pas", elle se propose d'ap-prendre aux jeunes à "maîtriser " des consommations théoriquement interdites.

Deux discours s'entrechoquent. Officiellement, la France s'en tient à " la fermeté dans 1e refus de la banalisation des drogues", comme le dit Jacques Chirac. La loi de l970 est toujours en vigueur, qui refuse de faire la différence entre drogues dure et douce, et sanctionne consommateur et trafiquant. Mais la réalité ne correspond plus à cette façade. L'heure est à la liberté.

Le pathos qui justifie l'opération "Savoir plus, risquer moins" emprunte, pour cela, aux clichés du moment. Ainsi est-ce pour poursuivre un " objectif démocratique que la campagne veut former " une culture de responsabilité" chez les usagers, en proposant " une culture de référence" sur les drogues, dans un souci de "transparence". Tout, sauf proscrire.

Le gouvernement, chantre des libertés individuelles ? C'est ce rôle valorisant que la gauche a choisi de tenir auprès des jeunes, principaux usagers du cannabis et de l'ecstasy. Plus généralement, le " chacun fait ce qui lui plaît " est en passe de s'ériger en dogme politique. Il risque de ne s'appliquer qu'aux comportements d'apparence, tant semblent suspectés, en revanche les écarts de pensée.

 

 

Car cette liberté fanfaronnée sonne faux. Comment ne pas faire le rapprochement, par exemple, entre la ferme hostilité du gouvernement face aux sectes et sa généreuse cornpréhension face à la drogue ? Pourtant, cette dernière tue plus que les fausses Eglises. Pour l'essentiel, la réponse tient au fait que la gauche n'entend pas entamer son investissement dans le " jeunisme ", force électorale de demain.

Il est toujours plus simple de tolérer que d'interdire. Quitte à devenir confus. Ainsi, depuis 1998, a-t-on entendu les pouvoirs publics, rapports scientifiques à l'appui, assurer que le cannabis était moins dangereux que le Tabac ou l'alcool. Une volonté de dédramatiser qui s'avère bien légère: la nouvelle campagne, dans sa transparente honnêteté, ne peut qu'admettre les dangers de cette drogue, loin d'être anodine.

Les consommateurs ne méritent certes plus la prison, comme la loi de 1970 le prescrit encore. Pour autant le gouvernement, en contournant la législation plutôt qu'en cherchant à l'amender, vient de montrer le peu de respect qu'il portait lui-même aux textes. Ce n'est pas le meilleur exemple.



 

 

 

 
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