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Pétition pour les drogués du Bois des Loges
Toxicomanie. Un centre de postcure normand menacé pour ses méthodes non conventionnelles
Par Françoise Lemoine
Le Figaro le 18 juin 2000

Le Bois des Loges, unique centre de postcure pour drogués en Normandie, risque de fermer bientôt ses portes. Motifs invoqués par la Ddass : rigidité de l'équipe thérapeutique, absence de projet individualisé, coût trop élevé. Pourtant, voilà maintenant vingt ans que ce centre d'hébergement, qui reçoit quatorze toxicomanes, fait ses preuves.

Dans cette élégante demeure entourée d'un parc de sept hectares, en plein pays cauchois, c'est la consternation. Educateurs, directeur, mais aussi résidents s'indignent de cette menace. Ils jugent insultantes les conclusions des rapporteurs, qui estiment " néfaste voire dangereux d'être pris en charge dans une telle structure".

" C'est une injure pour tous ceux qui y travaillent et les institutions qui nous ont soutenus, s'indigne le directeur, Pierre Truscello. Rigidité ? C'est à démontrer. La Ddass souhaiterait qu'on accueille les toxicomanes dans l'heure qui suit. Elle nous reproche aussi de ne pas prendre en priorité ceux qui se trouvent dans des situations précaires. Pourtant, on nous envoie rarement les malades les plus faciles... "

La Ddass reproche également au centre de ne pas tenir compte des nouvelles orientations de 1998: " On nous demande d'accueillir des toxicomanes sous substitution, de se plier aux normes de sécurité. On l'a fait. Ils veulent aussi qu'on autorise l'alcool. Pourquoi pas la drogue ? Si on deait se plier à ces exigences, il faudrait fermer toutes les postcures de France et de Navarre. Je ne comprends pas cet acharnement contre nous. Le rapport a été instruit uniquement à charge. "

Brigitte Jeffroy, médecin inspecteur de santé publique, se défend : " Nous n'avons pas pris cette décision de gaieté de coeur. Nous avons pesé le pour et le contre. Le contre l'a remporté. " Et de dénoncer le coût élevé de cette structure : 1 400 francs par jour et par personne, de longs délais d'admission - au minimum une semaine : " On leur demande aussi d'assouplir leur critère d'entrée. A chaque fois, nos observations sont restées lettre morte. Nous avons pourtant travaillé ensemble sur ce projet et ils semblaient d'accord. " Le dialogue semble rompu. " C'est l'issue de quatre années de conflit, explique Thierry Michard, éducateur spécialisé depuis dix ans dans ce centre. Il y a une volonté délibérée de la Ddass de nous faire fermer. "

Certes, la structure n'était pas favorable aux produits de substitution : " Finalement, nous avions tort. reconnaît l'éducateur. Nous recevons actuellement sept personnes sur dix sous Subutex. On les aide éventuellement à en finir avec ce produit et à mieux gérer leur dosage. "

La subvention de 49 millions de francs versée chaque année est donc sur la sellette. En cas de fermeture du Bois des Loges, cette somme serait toutefois versée à d'autres centres chargés de la toxicomanie en Seine-Maritime, promet le Dr Jelfroy. Mais les drogués seraient privés d'un lieu privilégié pour se ressourcer et reprendre goût à la vie. Et contrairement aux accusations de la Ddass, les résidents ne semblent pas vraiment malheureux.

Ce jour-là, Bernard était en cuisine. Au menu : tartiflette et salade. Sur le mur, un panneau affiche les attributions des uns et des autres pour la semaine. À tour de rôle, les hôtes se partagent les taches ménagères, les courses. Levés à 8 heures, ils alternent dans la matinée poterie ou menuiserie. Sur les étagères du séjour sont exposées leurs œuvres. La vaisselle mais aussi les tables et les chaises ont été réalisées par les résidents, tout comme les tableaux exposés. Les toxicomanes peuvent rester six mois au Bois des Loges, mais en général la moyenne du séjour ne dépasse pas trois mois. A leur arrivée, ils choisiront l'éducateur avec lequel ils s'entretiendront pendant leur s'entretiendront pendant leur séjour. Ce principe paraît déplaire à la Ddass, qui estime que c'est l'inverse qui devrait prévaloir.

Ici, l'espoir d'un avenir meilleur a repris corps chez des personnes tombées dans la spirale infernale de la drogue. Jean, 40 ans, graphiste, toxicomane depuis l'âge de 24 ans, se remet lentement de ses années de galère. Au centre depuis quatre mois et demi, il espère enfin s'en sortir. Pendant deux ans, il a utilisé le Subutex comme une drogue " Un paravent pour masquer les émotions, pas la douleur. Je cachais un mal-être en le sniffant, mais cela ne résolvait rien. Je suis venu pour faire un travail en profondeur. Et la méthode est bonne ", juge-t-il. Lui aussi voit d'un mauvais œil la fermeture : " Ça n'a pas de sens. J'ai fait plusieurs séjours dans d'autres centres. Sans succès. C'est seulement ici que j'ai pris conscience des mécanismes dans lesquels je m'étais laissé piéger. "

Même écho de Sébastien, 28 ans, résident depuis six mois " Grâce au travail de réflexion que j'ai réalisé sur moi-même, j'ai arrêté de fuir. J'ai pris conscience que le produit était une béquille. " Il dénonce lui aussi le Subutex qui ne fait qu'entretenir le lien avec la drogue. Chaque jour, des courriers de soutien arrivent au Bois des Loges. Aussi bien des témoignages faisant autorité dans le secteur qu'une pétition signée par tous les habitants des Loges inhabituel. Chacun s'indigne de la menace de fermeture. La Ddass devait prendre sa décision en fin de semaine.



 

 

 

 
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