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L'Espagne nous ouvre les yeux

Cannabis et ecstasy : après les déclarations sur l'étude d'une nouvelle dépénalisation, un élu national réagit

Par Bernard Plasait
(Sénateur de Paris, vice-président de DL)
Le Figaro du 25 septembre 2000

Accompagner la consommation? Un discours pervers.
Les vacances sont propices à toutes les expériences. Faut-il pour autant multiplier les points d'information sur l'ecstasy dans les soirées techno ? Cette idée de Jack Lang qui plaide aussi pour un "débat national" sur le cannabis - dope les adeptes de la dépénalisation des drogues " douces ", On l'aura compris il ne s'agit pas d'interdire l'usage de ces produits, mais d'en accompagner la consommation par une information dite " de santé publique ". Que lesjeunes se défopcent s'ils le désirent, dit en substance le ministre de l'Education nationale, mais surtout qu'ils le fassent avec de la drogue pure. Un discours pervers qui ne peut qu'encourager la prise de stupéfiants. A croire que certains éléphants roses ont perdu la mémoire.

La libéralisation en Espagne : une explosion du trafic.
En Espagne, ce sont les socialistes eux-mêmes qui sont revenus sur la dépénalisation du cannabis après dix années d'expérience. Emmenés par Felipe Gonzalez, ils avaient voté la loi du 5 juin 1983 qui dépénalisait la consommation de drogue à titre individuel. Restaient passibles de sanctions pénales ceux qui " promeuvent, favorisent ou facilitent la consommation par la culture, la fabrication. le trafic ou la possession à cette fin ". Le système reposait sur le principe que la libéralisation de la consommation devait casser le trafic et rationaliser les comportements du fait même de la disparition de l'interdit.
C'est tout le contraire qui s'est produit. Le trafic a explosé. Plus de deux cents tonnes de haschisch récupérées par la police chaque année. Cent fois plus qu'en France ! Plus de dix tonnes de cocaïne saisies ! Et ce n'était que la partie émergée de l'iceberg l'essentiel du trafic, on le sait, passe à travers les mailles du filet.

Une logique de mort
Ainsi va la logique des vendeurs de mort, plus on inonde la jeunesse de drogue, plus elle en consomme. Une loi invariable qui fait le jeu des organisations criminelles. En Espagne, elles avaient réussi à corrompre de hauts dignitaires de la garde civile et même un ancien préfet. Il y a plus grave : le climat de dépénalisation a conduit à la banalisation des substances les plus nocives, favorisant le passage des " drogues douces " aux drogues dures.

 

 

En dix ans, le nombre d'overdoses a été multiplié quasiment par dix, passant de quatre-vingt-treize à huit-cent neuf morts. Sans parler de l'explosion des cas de sida liés à la réinjection de drogues par voie intraveineuse : quatre en 1983 quatorze mille quatre cent soixante-dix-neuf en 1993 ! " En supprimant toute menace de sanction à la consommation, confie l'un des patrons du Plan national contre la drogue espagnol, nous nous étions privés d'un moyen efficace pour obliger les toxicomanes à suivre un traitement " (…).

Le laxisme français.
Où en est la France? Le Comité national d'information sur la drogue livre un constat inquiétant sur la situation dans l'Hexagone. A combien de morts faut-il mettre le curseur pour que cesse enfin toute tentation suicidaire? Les Espagnols, eux, ont dû se rendre à l'évidence : le 21 février 1992, la loi Corcuera sur la " protection et la sécurité du citoyen " mettait fin à l'" expérience cannabique " Formellement ce texte ne " pénalise" toujours pas la consommation de chanvre, mais il la sanctionne malgré tout, puisqu'il considère comme des " infractions graves " tant la consommation de drogue dans les lieux publics que le simple fait d'en détenir, " même si elle n'est pas destinée au trafic ". Les sanctions sont de nature administrative : suppression du permis de conduire jusqu'à 3 mois, amendes forfaitaire de 2000 francs pour le petit fumeur. Même le système français ne s'avère pas aussi dissuasif, au vu des peines généralement prononcées. Quand le ministère public ne renonce pas purement et simplement à exercer ses poursuites (…).

Nos voisins l'ont appris à leurs dépens: ce fléau puise sa force dans nos renoncements. Favoriser la consommation decstasy ou de cannabis, quels que soient les arguments employés, c'est prendre le risque de voir s'allonger, comme en Espagne, la liste noire des overdoses. Jack Lang ne peut ignorer plus longtemps cette réalité qui dérange : en matière de drogue, la démagogie des uns fait toujours le malheur des autres.

PAR BERNARD PLASAIT, Sénateur de Paris, vice-président de DL.



 

 

 

 
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