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Aujourd'hui,
le sport accouche de dérives. Comment les jugez-vous ?
L'argent ne
me gêne pas. A partir du moment où une activité génère une économie
conséquente, il est normal que ses acteurs soient rétribués à leur
juste valeur. En revanche, le dopage me dérange. C'est le fléau.
On trouve tout un tas d'arguments pour l'expliquer: lourdeur des
calendriers, enjeux grandissants... mais lorsque l'on joue avec
la vie, la santé, il n'y a aucune excuse, aucune justification qui
tienne. Certains athlètes choisissent délibérément cette voie,
cela les regarde mais la plupart du temps je pense qu'ils sont très
influencés par leur milieu, c'est condamnable. On ne doit pas promener
quelqu'un sur ces pentes-là. Celui qui emmène ne risque pas grand-chose
mais celui qui est sur le vélo, qui court ou fait je ne sais quoi,
c'est lui qui va trinquer. C'est intolérable.
Est-il possible
de lutter ?
Oui. La marche
arrière est envisageable. Je veux y croire. Cela passera par
la prévention. Il faut faire prendre conscience aux jeunes et aux
moins jeunes des risques encourus. Il y aura toujours une frange
qui trichera, car c'est dans la nature humaine, mais on arrivera
certainement à en limiter l'ampleur en faisant découvrir, en montrant
que l'on meurt plus tôt, qu'on est malade, en choquant par des images,
des témoignages. Je croise 15000 à 20000 enfants par an et systématiquement,
je m'attache à leur parler du dopage en faisant un comparatif avec
la drogue. Le dopage est une tricherie par rapport à la concurrence
et la drogue une tricherie par rapport à la dureté de la vie. J'essaie
de leur faire peur, sans oublier de leur dire que moi aussi, j'ai
peur.
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La prévention
est-elle suffisante ?
Il importe de
lutter aussi scientifiquement. Mais même si en France il y a une
vraie lutte, ce n'est pas le cas à l'étranger. La partie n'est pas
gagnée. Les mauvais médecins, les gourous, ont toujours un temps
d'avance sur les contrôles. Les méthodes de dopage viennent directement
des travaux de recherche effectués pour tout le monde, pour les
malades. Et les masses d'argent allouées à la recherche sont tellement
énormes par rapport à celles attribuées à la lutte contre le dopage
qu'il existe une profonde différence. Mais le dopage, c'est une
voie sans issue, le sport c'est tout simplement le contraire.
Ce combat
semble vous tenir particulièrement à cœur...
Je suis déjà
membre du CPLD (Conseil de prévention et de lutte contre le dopage)
mais je vais m'impliquer davantage. C'est essentiel. La compétition
n'a de raison d'être que s'il y a une grosse rivalité. Après, il
reste la crête fine qui amène vers les sommets et je ne vois aucun
intérêt à ce que la voie y menant soit plus large, que l'on marche
sans se casser la figure, que l'on gagne sans risque, sans doute.
Car l'essence du sport est là. Il faut aussi lutter contre l'amalgame
fait par M. Tout-le-Monde qui n'a que les médias pour se forger
une opinion et lui faire comprendre que ce n'est pas le fait de
tous les athlètes de se doper et que l'on peut inscrire ses enfants
tranquillement dans n'importe quel club, au cœur de n'importe quelle
discipline, sans en arriver à ces extrêmes.


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