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DAVID DOUILLET PARLE DU DOPAGE

"La marche arrière est envisageable"


Le Figaro, le 2 janvier 2001

Aujourd'hui, le sport accouche de dérives. Comment les jugez-vous ?

L'argent ne me gêne pas. A partir du moment où une activité génère une économie conséquente, il est normal que ses acteurs soient rétribués à leur juste valeur. En revanche, le dopage me dérange. C'est le fléau. On trouve tout un tas d'arguments pour l'expliquer: lourdeur des calendriers, enjeux grandissants... mais lorsque l'on joue avec la vie, la santé, il n'y a aucune excuse, aucune justification qui tienne. Certains athlètes choisissent délibérément cette voie, cela les regarde mais la plupart du temps je pense qu'ils sont très influencés par leur milieu, c'est condamnable. On ne doit pas promener quelqu'un sur ces pentes-là. Celui qui emmène ne risque pas grand-chose mais celui qui est sur le vélo, qui court ou fait je ne sais quoi, c'est lui qui va trinquer. C'est intolérable.

Est-il possible de lutter ?

Oui. La marche arrière est envisageable. Je veux y croire. Cela passera par la prévention. Il faut faire prendre conscience aux jeunes et aux moins jeunes des risques encourus. Il y aura toujours une frange qui trichera, car c'est dans la nature humaine, mais on arrivera certainement à en limiter l'ampleur en faisant découvrir, en montrant que l'on meurt plus tôt, qu'on est malade, en choquant par des images, des témoignages. Je croise 15000 à 20000 enfants par an et systématiquement, je m'attache à leur parler du dopage en faisant un comparatif avec la drogue. Le dopage est une tricherie par rapport à la concurrence et la drogue une tricherie par rapport à la dureté de la vie. J'essaie de leur faire peur, sans oublier de leur dire que moi aussi, j'ai peur.

 

La prévention est-elle suffisante ?

Il importe de lutter aussi scientifiquement. Mais même si en France il y a une vraie lutte, ce n'est pas le cas à l'étranger. La partie n'est pas gagnée. Les mauvais médecins, les gourous, ont toujours un temps d'avance sur les contrôles. Les méthodes de dopage viennent directement des travaux de recherche effectués pour tout le monde, pour les malades. Et les masses d'argent allouées à la recherche sont tellement énormes par rapport à celles attribuées à la lutte contre le dopage qu'il existe une profonde différence. Mais le dopage, c'est une voie sans issue, le sport c'est tout simplement le contraire.

Ce combat semble vous tenir particulièrement à cœur...

Je suis déjà membre du CPLD (Conseil de prévention et de lutte contre le dopage) mais je vais m'impliquer davantage. C'est essentiel. La compétition n'a de raison d'être que s'il y a une grosse rivalité. Après, il reste la crête fine qui amène vers les sommets et je ne vois aucun intérêt à ce que la voie y menant soit plus large, que l'on marche sans se casser la figure, que l'on gagne sans risque, sans doute. Car l'essence du sport est là. Il faut aussi lutter contre l'amalgame fait par M. Tout-le-Monde qui n'a que les médias pour se forger une opinion et lui faire comprendre que ce n'est pas le fait de tous les athlètes de se doper et que l'on peut inscrire ses enfants tranquillement dans n'importe quel club, au cœur de n'importe quelle discipline, sans en arriver à ces extrêmes.



 

 

 

 
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