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Les clichés du " modèle hollandais " sont dépassés

Les Pays-Bas ont fait marche arrière


Le Monde du 15 février 2001

Laxisme aux Pays-Bas et sévérité en France ?
L'opposition entre les politiques des deux pays à l'égard des drogues paraît trop simple pour être exacte. L'image des Pays-Bas, présentés soit comme modèle celui des coffeeshops, où l'on peut librement consommer un large éventail de variétés de marijuana,soit comme repoussoir le havre des drug runners, ces " touristes de la drogue et rabatteurs motorisés sur les routes internationales " ne correspond pas à une réalité plus complexe.

C'est ce qu'expliquent deux sociologues françaises, Emilie Gomart et Hélène Martineau, qui ont effectué, à la demande de la Mission interministérielle de lune contre la drogue et la toxicomanie une étude intitulée " Les politiques et Expérimentations sur les drogues aux Pays-Bas ", qui vient d'être publiée par l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies.

Un durcissement de la législation
Si la législation des Pays-Bas n'autorise pas les interpellations d'usagers au seul motif de leur consommation, la politique sur les drogues, " à cheval entre une problématique de sécurité publique et de santé publique" y est.moins libérale qu'on ne le croit expliquent-elles. La législation, déjà restrictive sur les coffee-shops a été durcie par une loi d'avril 1999, significativement surnommée " Damoclès ", qui élargit les motifs pour lesquels les maires peuvent fermer ces établissements.

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Les non-usagers, exclus du débat
Dans un premier temps les autorités néerlandaises ont privilégié le principe dit du " risque acceptable", élaboré à partir du rapport Baan de 1972, qui prônait une " tolérance " à l'égard des drogues douces, afin d'éviter l'exclusion sociale des usagers à commencer par les jeunes consommateurs de cannabis

Deuxième temps, dans un contexte où l'usage problématique de l'héroine s'est notablement développé, le rapport Engelsman de 1985 a jeté les bases de la politique de " limitation des risques". Ies objectifs de santé publique y étaient alors affirmés avec plus de force, en même temps que cette politique impliquait davantage les usagers de drogues, en les associant au débat via le Junkiebond, le " syndicat des junkies ". Suspects de " préjugés " et de " réclamations illégitimes ", les non-usagers ont été délibérément exclus des discussions.

Un changement de cap va intervenir au débuts des années 90. Entre 1990 et 1995, excédés les habitants des quartiers "sensibles" des grandes villes hollandaises, comme à Rotterdam, dans lequartier de Spangen, passent aux actes. Ils s'interposent entre les dealers et leurs clients, et agressent des touristes étrangers consommateurs de drogue. Dès lors, en 1995, un rapport interministériel intitulé " Continuité et changement " définit la politique des nuisances. Cette nouvelle orientation réintroduit les habitants des quartiers touchés par la drogue dans le processus d'élaboration des politiques publiques.

Paul. Benkimoun

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