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Fin février,
à Stockholm, où étaient présents les ministres de la Santé de 51
pays d'Europe, Bernard Kouchner, ministre délégué à la Santé a été
interviewé par Libération. Voici un extrait de l'interview datée
du 24 février :
Libération :
Plusieurs pays européens sont en train d'évoluer vis-à-vis des drogues,
en particulier du cannabis. En France, on dirait que l'on s'est
installé dans le "statu quo".
Kouchner : Les
dégâts causés par l'alcool et le tabac sont énormément plus importants
que ceux causés par le cannabis. Il est très rare de voir des gens
qui commencent à fumer du cannabis s'ils ne commencent pas aussi
à fumer du tabac. Il y a un lien direct qui conduit du tabac au
cannabis, tandis qu'on ne prouve pas, comme l'a montré le rapport
du pharmacologue Bernard Roques sur la dangerosité, le lien qui
fait passer de l'usage du cannabis à celui des drogues dures. Nous
devons considérer ces faits. En France, je le répète, les dégâts
causés par le tabac et l'alcool sont bien plus importants que ceux
causés par d'autres. C'est la raison pour laquelle nous avons mis
ensemble les substances toxiques avec la Mildt (Mission interministérielle
de la lutte contre les drogues et les toxicomanies). Ce qui a été
considéré comme le plus accoutumant, c'est l'alcool, le tabac et
l'héroïne, et, dans une toute petite mesure, le cannabis, bien loin
après. Or les interdits ne fonctionnent pas seuls, et il semble
que la consommation de cannabis auprès des jeunes de 17 à 19 ans
ait augmenté et que plus de la moitié des jeunes ait déjà fumé du
cannabis. Il faut reconsidérer la chose. Il faut responsabiliser
les gens, leur fournir toute l'information et ne pas interdire seulement.
C'est la démarche que j'ai encore proposée à Stockholm à partir
de l'alcool. Les interdits, il y en a déjà beaucoup qui frappent
les jeunes; je ne pense pas que ce soit la seule solution.
Libération :
Alors il faut dépénaliser ?
Kouchner : Je
n'ai pas dit cela une seconde. Certainement pas. L'opinion
n'est pas prête pour cela. Je pense qu'il faut reconsidérer, à la
lumière des deux ans de travail de la Mildt, ce qui a été fait,
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en regroupant
les toxiques et en parlant de polytoxicomanie, c'est-à-dire d'atteinte
générale de la santé publique avec différents produits. Et, ne l'oublions
pas, c'était déjà une merveille de faire accepter, dans un pays
qui boit et fume beaucoup, que l'alcool et le vin soient considérés
comme des toxiques qui créent une accoutumance. (…)
Résumé
S'il prône une
nouvelle approche de la question, le ministre délégué à la Santé
considère que l'opinion n'est pas prête pour une dépénalisation.
Toutefois, selon Bernard Kouchner, les dégâts causés en France par
l'alcool et le tabac sont "énormément plus importants" que ceux
causés par le haschich.
L'analyse
de Max Clos
Dans le Figaro
du 2 mars, Max Clos livre son analyse personnelle des propos de
Kouchner : Le ministre de la santé prend à contre pied l'avis de
plusieurs scientifiques pour qui le cannabis est incontestablement
nuisible ". C'est le cas du Dr Nahas. Sa conclusion est formelle
: " il n'existe pas de drogue douce, le cannabis provoque un dérèglement
des cellules cérébrales entraînant des troubles comparables à ceux
que l'on trouve chez les schizophrènes ".
Max Clos considère
que " le minimum serait que l'on applique au cannabis le même principe
de précaution qui s'impose pour le mouton ou le fromage de chèvre
! " Mais pour l'éditorialiste, " le plus inquiétant " c'est la phrase
: " l'opinion n'est pas prête " dans laquelle affirme t-il " on
voit poindre les mêmes arguments qui ont servi dans les années 60
à excuser, si non justifier la pédophilie : une atteinte à la liberté
de chacun une oppression par l 'ordre moral " Selon lui, on trouve
au bout d'un tel raisonnement " l'idée qu'il faut corriger cette
opinion jusqu'à présent rétive. "
On sait en effet
que des lobbies favorables à la dépénalisation y travaillent depuis
longtemps. C'est le cas du CIRC, mais aussi d'Act-Up, d'écologistes
radicaux et d'artistes du show-biz. Leur objectif, dans un premier
temps, est d'obtenir l'appui des médias. Cet objectif n'est-il pas
déjà très largement atteint ?
Lire aussi
: Et
si on dépénalisait ?


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