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MAX CLOS REPOND A KOUCHNER

Les déclarations de Kouchner sur le cannabis, analysées par l'éditorialiste du Figaro


Libération et Le Figaro, février-mars 2001

Fin février, à Stockholm, où étaient présents les ministres de la Santé de 51 pays d'Europe, Bernard Kouchner, ministre délégué à la Santé a été interviewé par Libération. Voici un extrait de l'interview datée du 24 février :

Libération : Plusieurs pays européens sont en train d'évoluer vis-à-vis des drogues, en particulier du cannabis. En France, on dirait que l'on s'est installé dans le "statu quo".

Kouchner : Les dégâts causés par l'alcool et le tabac sont énormément plus importants que ceux causés par le cannabis. Il est très rare de voir des gens qui commencent à fumer du cannabis s'ils ne commencent pas aussi à fumer du tabac. Il y a un lien direct qui conduit du tabac au cannabis, tandis qu'on ne prouve pas, comme l'a montré le rapport du pharmacologue Bernard Roques sur la dangerosité, le lien qui fait passer de l'usage du cannabis à celui des drogues dures. Nous devons considérer ces faits. En France, je le répète, les dégâts causés par le tabac et l'alcool sont bien plus importants que ceux causés par d'autres. C'est la raison pour laquelle nous avons mis ensemble les substances toxiques avec la Mildt (Mission interministérielle de la lutte contre les drogues et les toxicomanies). Ce qui a été considéré comme le plus accoutumant, c'est l'alcool, le tabac et l'héroïne, et, dans une toute petite mesure, le cannabis, bien loin après. Or les interdits ne fonctionnent pas seuls, et il semble que la consommation de cannabis auprès des jeunes de 17 à 19 ans ait augmenté et que plus de la moitié des jeunes ait déjà fumé du cannabis. Il faut reconsidérer la chose. Il faut responsabiliser les gens, leur fournir toute l'information et ne pas interdire seulement. C'est la démarche que j'ai encore proposée à Stockholm à partir de l'alcool. Les interdits, il y en a déjà beaucoup qui frappent les jeunes; je ne pense pas que ce soit la seule solution.

Libération : Alors il faut dépénaliser ?

Kouchner : Je n'ai pas dit cela une seconde. Certainement pas. L'opinion n'est pas prête pour cela. Je pense qu'il faut reconsidérer, à la lumière des deux ans de travail de la Mildt, ce qui a été fait,

en regroupant les toxiques et en parlant de polytoxicomanie, c'est-à-dire d'atteinte générale de la santé publique avec différents produits. Et, ne l'oublions pas, c'était déjà une merveille de faire accepter, dans un pays qui boit et fume beaucoup, que l'alcool et le vin soient considérés comme des toxiques qui créent une accoutumance. (…)

Résumé

S'il prône une nouvelle approche de la question, le ministre délégué à la Santé considère que l'opinion n'est pas prête pour une dépénalisation. Toutefois, selon Bernard Kouchner, les dégâts causés en France par l'alcool et le tabac sont "énormément plus importants" que ceux causés par le haschich.

L'analyse de Max Clos

Dans le Figaro du 2 mars, Max Clos livre son analyse personnelle des propos de Kouchner : Le ministre de la santé prend à contre pied l'avis de plusieurs scientifiques pour qui le cannabis est incontestablement nuisible ". C'est le cas du Dr Nahas. Sa conclusion est formelle : " il n'existe pas de drogue douce, le cannabis provoque un dérèglement des cellules cérébrales entraînant des troubles comparables à ceux que l'on trouve chez les schizophrènes ".

Max Clos considère que " le minimum serait que l'on applique au cannabis le même principe de précaution qui s'impose pour le mouton ou le fromage de chèvre ! " Mais pour l'éditorialiste, " le plus inquiétant " c'est la phrase : " l'opinion n'est pas prête " dans laquelle affirme t-il " on voit poindre les mêmes arguments qui ont servi dans les années 60 à excuser, si non justifier la pédophilie : une atteinte à la liberté de chacun une oppression par l 'ordre moral " Selon lui, on trouve au bout d'un tel raisonnement " l'idée qu'il faut corriger cette opinion jusqu'à présent rétive. "

On sait en effet que des lobbies favorables à la dépénalisation y travaillent depuis longtemps. C'est le cas du CIRC, mais aussi d'Act-Up, d'écologistes radicaux et d'artistes du show-biz. Leur objectif, dans un premier temps, est d'obtenir l'appui des médias. Cet objectif n'est-il pas déjà très largement atteint ?

Lire aussi : Et si on dépénalisait ?



 

 

 

 
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