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Le ministre de la santé veut dépénaliser les drogues

Kouchner favorable à la recommandation du CNS


AFP et Le Figaro 10 septembre 2001

Le ministre de la Santé, Bernard Kouchner a déclaré lundi 10 septembre partager le sentiment du Conseil national du Sida (CNS) qui a suggéré, dans un avis rendu public le 6 septembre, ''l'abandon de l'incrimination pénale de l'usage personnel de stupéfiants dans le cadre privé, y compris en public ou avec plusieurs consommateurs".

Le CNS explique sa position en soulignant que" le maintien d'une politique hésitant entre soins et répression, largement imputable à l'état de la législation française sur les stupéfiants et aux préjugés à l'encontre des usagers de drogues, constitue une entrave au déploiement de la stratégie de réduction des risques".

Bernard Kouchner n'a jamais caché son sentiment sur le sujet. Mais, afin de ne pas mettre le gouvernement dans l'embarras, il a souvent expliqué que "l'opinion publique n'est pas prête", ce qui justifiait qu'il n'aille pas plus loin dans la défense de sa conviction.

Aujourd'hui, il s'exprime sans détours : "Nous avons fait beaucoup de progrès depuis une dizaine d'années. Mais comme d'habitude en France, les progrès sont extrêmement lents... Je suis heureux que des gens sérieux nous poussent à être un peu moins lents et presque aussi rapides que la Suisse, pays révolutionnaire par excellence... Il faudra reparler de la loi de 1970."

"Je demande depuis longtemps un débat à l'Assemblée nationale, a-t-il précisé, et je suis surpris de ne pas l'obtenir. L'examen du texte sur les droits des malades sera peut-être l'occasion d'aborder le sujet... Je m'effraie qu'un pays qui veut parler à sa jeunesse ne l'entende pas. On ne peut écouter la jeunesse si on ne peut parler de la toxicomanie. La campagne électorale permettra peut-être de le faire..." "Voilà, j'ai dit cela avec mesure!" a-t-il conclu avec un brin d'ironie. "En privé, c'est encore bien plus virulent" , a confirmé l'un de ses conseillers.

Les réactions de la classe politique

Le député Démocratie libérale (DL) des Bouches-du-Rhône Jean-François Mattei juge ''totalement irresponsable'' l'idée d'une dépénalisation de certaines drogues au lendemain des déclarations du ministre délégué à la Santé Bernard Kouchner qui a réclamé un débat à l'Assemblée sur la question. Le message de Bernard Kouchner est ''contre-pédagogique à l'heure où les pouvoirs publics veulent sensibiliser sur les dangers de l'alcoolisme ou de la drogue au volant'', affirme-t-il dans un entretien au ''Figaro''. ''Un gouvernement se doit d'être cohérent'', poursuit le professeur Mattei, adjoint délégué à la toxicomanie et au Sida à Marseille. ''A partir du moment où vous levez l'interdiction de l'usage privé, vous êtes presque en devoir d'assurer une distribution. (...) La situation serait pour le moins difficile à gérer'', ajoute-t-il.

 

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