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Drogue : cri d'alarme !
Il faut combattre toute idée de légalisation, toute dépénalisation; qui seraient perçues comme une incitation.
Par Philippe de Villiers*
Le Figaro du 23 décembre 1997

Après le ministre de l'Environnement, qui se vante publiquement de fumer des " joints " et proclame, en se réclamant de sa qualité de médecin, que " la consommation occasionnelle de cannabis est sans impact sur la santé et le lien social ", après le garde des Sceaux, qui affirme que " fumer un joint n'est pas un drame ", voici le secrétaire d'Etat à la Santé qui annonce qu'il va faire " expérimenter la distribution médicale surveillée d'héroïne ".

Et l'on sait ce qu'a en tête le Dr Kouchner lorsqu'il prend officiellement une telle position : passer de la prescription médicale à la légalisation des drogues dites " douces ". En 1976, le futur ministre était signataire de l' "Appel du 18 joint " pour réclamer la dépénalisation. Le gouvernement de M. Jospin n'a-t-il que des médecines de désespoir pour traiter le ml qui frappe aujourd'hui la jeunesse de notre pays ?

A nos jeunes, qui ont pour tout horizon chômage et malaise social, n'y a-t-il rien d'autres à proposer que les " petits boulots " subventionnés de Mme Aubry et les " joints " de M. Kouchner ? Ou est le grand dessein susceptible de détourner nos enfants de l'avilissement et de la servitude où conduit la drogue ?

Et qu'on ne vienne pas nous dire qu'il ne faut pas confondre dans une même condamnation drogues dures et drogues douces. Il n'y a pas de drogues douces : il n'y a que des poisons qui altèrent la santé et le psychisme de nos enfants, quand ils ne les tuent pas.

Quels " spécialistes " ?
Un quotidien du soir titrait en une, voici quelques jours, que les spécialistes de la toxicomanie réclament une " dépénalisation de l'usage des drogues ". Réunis autour de Bernard Kouchner, lors de rencontres nationales, des médecins, psychologues, des éducateurs et des magistrats sont venus apporter comme une caution morale et scientifique au ministre, manifestement inquiet de la retombée de ses propos antérieurs. Fort bien !

Mais ce qu'on cherche à présenter comme une posture unanime n'est mis en avant que pour des besoins médiatiques, car elle n'est qu'une position de façade : d'autres spécialistes, tout autant qualifiés, ont des points de vue radicalement différents. Pourquoi n'ont-ils pas la parole ?

Pourquoi le ministre ne fait-il pas état du rapport de vingt-trois experts, sous l'autorité du Pr. François Gros, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, remis en avril dernier au secrétaire d'Etat à la Recherche de l'époque ? Ces scientifiques y déclaraient que " le cannabis entraîne des troubles psychiques " et constataient " une indiscutable corrélation entre consommation de drogue et instabilité caractérielle, état de stress, tentative suicidaire et contexte familial difficile ".

Pourquoi les pouvoirs publics tiennent-ils à l'écart le Pr. Gabriel Nahas, qui a consacré sa vie à étudier les méfaits de la drogue et qui démontre que l'" agent actif du cannabis a des effets nocifs persistants sur le cerveau " ? Pourquoi une bonne partie de la presse française a-t-elle passé sous silence les conclusions d'un colloque, tenu en 1995 sous les auspices du secrétaire américain à la Santé, qui arrivait aux mêmes conclusions ?

Appel à tous
George Fenech, président de l'association professionnelle des magistrats, n'est-il pas un " spécialiste ", au même titre que les autres, lui qui signalait dans ces colonnes que certains pays ont réussi à se procurer des espèces rendant inopérantes la distinction entre drogue dure et douce ?

N'est-il pas un spécialiste, le Dr. Curtet, président d'une association de lutte contre la toxicomanie, qui estime qu'avant de " créer une toxicomanie parallèle " il conviendrait de doubler ou de tripler les crédits pour la prévention, inférieurs de six fois à ceux des autres pays européens, ou pour les lits postcure, dont la France est scandaleusement démunie?

Parlementaire et président de conseil général, ayant à ce titre la responsabilité de la politique sociale d'un département, je me sens tenu de lancer un cri d'alarme au gouvernement, mais aussi à mes collègues, à tous les médecins, aux parents, pour qu'ils se montrent vigilants et ne tombent pas dans l'illusion de la solution de facilité, ornée des slogans de la pensée unique. Il importe que les pouvoirs publics se refusent à toutes complicités avec la drogue, toutes les drogues.

C'est pourquoi il faut combattre toute idée de légalisation, toute dépénalisation qui serait perçue comme une tolérance, sinon une incitation. Légaliser revient à prôner l'indifférence. Tout comme on empêche un enfant de mettre ses doigts dans une prise de courant, il est normal que l'Etat protège ses citoyens en maintenant des garde-fous.



 

(*) Président du MPF ( ndrl : aujourd'hui vice-président du RPF)

 

 
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