|
Le problème
de la prise en charge des toxicomanes dépendants aux opiacés (héroïnes
et substances voisines) vient brutalement de se rappeler à nous,
avec ce qu'il faut bien appeler la " scandale des décès sous Subutex
". Selon les différentes informations, le nombre de décès varierait
de 65 à 20.
Nous observons
au passage le cynisme qui consiste à tenir ces vingt décès pour
quantité négligeables face à ceux que l'emploi du Subutex aurait,
soi-disant permis d'éviter. Les risques et les accidents thérapeutiques
existent, mais ils ne sont acceptables, à terme que dans une alternative
de vie ou de mort.
Les autres sont
intolérables et font l'objet, normalement, en ce qui concerne le
médicament, de la pharmacovigilance. En bonne logique, le Subutex
devrait être retiré du marché dans ses formes les plus lourdement
dosées et perdre son indication de substitution des toxicomanies
aux opiacés.
Lors de l'apparition
de cette nouvelle indication du Subutex en France, les pharmacologues,
les toxicologues, médecins et pharmaciens ont mis en garde et annoncé
à terme des accidents mortels. Une fois de plus, ils n'ont pas été
écoutés. Combien la France devra-t-elle encore supporter d'affaires
de ce genre, après le scandale du sang contaminé et des hormones
de croissance ?
Quelles sont
les réelles compétences des conseillers, des experts, des membres
de commissions et des décideurs ? Sue fait l'Agence du médicament
? Cette situation est d'autant plus critiquable que d'autres solutions
peuvent être proposées.
D'autres
solutions
Le sevrage " bloc " en est une, qui n'a jamais tué un héroïnomane.
Certes pénible, il doit être encadré et nécessite un accompagnement
du toxicomane. Si sa pratique peut être discutée, en considération
des troubles et des lésions causées par quelques mois ou années
de consommation d'héroïnes et autres opiacés, elle mérite cependant
d'être précisée.
Un traitement
pharmacologique d'accompagnement est nécessaire et doit accompagner
le sevrage, afin de rétablir les fonctions physiologiques au plus
vite. Sont nécessaires également un " accompagnement " physiologique
et/ou l'appel à un référent pendant plusieurs mois, voire des années.
L'autre choix
consiste en l'administration d'autres opiacés, qui sont substitués
à la substance habituellement consommée et qui, parce qu'ils possèdent
des propriétés particulières (longue demi-vie, peu d'effets " plaisants
"), devraient être efficaces.
Encore faut-il
que le toxicomane soit motivé et que la baisse graduelle des doses
administrées, au cours des semaines, soit respectée. malheureusement,
cette règle est souvent bafouée et l'on se retrouve avec des toxicomanes
sous substitution longue, ce qui est anormal.
|
 |
Dans cette situation,
le toxicomane s'ennuie, ne retrouve plus d'effets plaisants et s'oriente
vers la consommation d'autres substances : dérivés d'amphétamines,
ecstasy, cocaïne, tranquillisants, barbituriques, benzodiazépines...
Il devient politoxicomane et risque un accident parfois mortel.
C'est pourquoi
la substitution doit toujours être entreprise sur un laps de temps
court (inférieur à trois mois) et sous surveillance médicale étroite.
C'est ainsi qu'avaient été conçus les premiers programmes de méthadone
à longue demi-vie, qui présentent l'avantage de simplifier la tâche
des soignants et d'éviter des accidents. Toutefois, le coût d'une
telle approche (plusieurs dizaines de milliers de francs par mois
et par toxicomane) est si élevé qu'il la rend illusoire, d'autant
que persiste le problème de l'encadrement.
Doit-on adopter
la stratégie de nos voisins hollandais, qui ont des résultats qu'ils
considèrent comme excellents ? Pourquoi leur pays est-il alors devenu
une plaque tournante du trafic international de drogues ?
"Camisole
chimique"
Doit-on, comme en Suisse, distribuer de l'héroïne aux héroïnomanes
? Cas de conscience ! Malgré les clairons helvétiques annonçant
le succès de ce programme, si l'on se penche sur les rapports officiels,
l'opération, en dehors de son aspect éthique douteux, ressemble
vraiment à une "embrouille".
Est-il éthique,
que ce soit par la distribution d'héroïne ou par la prolongation
du traitement de substitution, de maintenir des toxicomanes, privés
de leur libre-arbitre, dans une " camisole de force " chimique ?
Quelques centaines d'héroïnomanes décèdent annuellement en France
de surdose. Suite à ces décès, il est alors légitime de s'interroger
sur l'efficacité de la mise en place des traitements de substitution
: pourquoi le nombre de mort ne baisse-t-il pas de façon nette ?
En Angleterre,
la comparaison du nombre de décès entre les années où les toxicomanes
consommaient de l'héroïne et les années où ils consommaient de l'héroïne
ou de la méthadone ne montre aucune différence (à nombre de consommateurs
constant). Conclusion : les traitements de substitution tuent autant
que la substance consommée. Ceux qui réclament des lieux de distribution
de méthadone supplémentaires n'ont pas assimilé ce paramètre.
Ces décès sont
inacceptables. Ils montrent que la politique de gestion et de prise
en charge de la toxicomanie, y compris de l'héroïne, est totalement
à revoir. Pourquoi ne tournerions-nous pas nos regards vers la Suède
et son succès dans ce domaine ?


|