ETAT DES LIEUX
Les acteurs
Les dossiers
  Histoire du débat
Les enjeux
philosophiques
     
ECLAIRAGES
Abcdaire des drogues
Les drogues et les substituts
Quelle prévention ?
Toxicomanie et sida
Accompagner les toxicomanes
Que dit la loi ?
Toxicomanie et dopage
Tabac
     
ALLER PLUS LOIN
Plan du site
Des liens
La bibliographie
Nous écrire

 

 

Vous êtes ici : Accueil > article
Le lobby de la drogue
Curieuse alliance entre des intellectuels progressistes et les barons de la finance internationale
Par le professeur Gabriel Nahas*
Le Figaro du 22 juin 1998

Le 6 juin dernier, deux jours avant la grande assemblée de l'ONU sur la lutte contre la toxicomanie, la " Première conférence internationale sur la maintenance à l'héroïne " pour les héroïnomanes, réunissait cinq cents médecins et sociologues, dans le grand auditoire de l'Académie de médecine de New York.

Cette conférence était organisée par le Centre Lindesmith, organisme financé par le milliardaire George Soros pour soutenir sa campagne de libéralisation de la drogue. Le but de cette réunion était de rapporter les résultats des expériences suisses et hollandaises de l'utilisation de l'héroïne injectable dans le traitement de l'héroïnomanie (cette pratique est en contravention avec les termes de la Convention unique des stupéfiants des Nations unies -1961-). Néanmoins, les docteurs Zeltner et Uchtenhagen, directeurs du programme suisse d'administration intraveineuse de l'héroïne, rapportèrent que, depuis deux ans, plus d'un millier de jeunes Suisses ont accepté de se soumettre à ce traitement.

Les morts par overdose ont diminué dans le pays : de 600 par an avant le début de l'expérience, à 400 en 1997; ce qui laisse la Suisse au premier rang des cas de fatalité de ce genre par tête d'habitant dans le monde. Les cas d'infection par HIV ont diminué parmi l'ensemble des héroïnomanes, et leur insertion sociale s'est améliorée; c'est également le programme le moins cher. Les spécialistes suisses reconnaissent qu'il ne s'agit pas d'expériences contrôlées, évaluées suivant la méthode statistique. Mais, d'après eux, ces expériences sont assez encourageantes pour les étendre à une tranche encore plus large des 30 000 héroïnomanes que compte leur pays.

La politique " raisonnable "
En revanche, les spécialistes australiens de la politique de diminution des risques, représentés par le docteur Bammer, de l'université nationale d'Australie et par le docteur Wodack, de Sydney, n'ont pu mettre à exécution leur projet d'administration médicale de l'héroïne, en raison du refus de leur gouvernement de subventionner une telle expérience. Une idée-force dominait les débats et éludait toute discussion scientifique.

Il s'agissait de secourir par tous les moyens les malheureux toxicomanes, qui sont malades à qui l'on doit offrir le seul traitement qui leur offre une chance de survie et de réhabilitation. C'est la politique " raisonnable " de " diminution " des risques, qui doit conduire à une légalisation " contrôlée " de la drogue. Tous ceux qui s'opposent à cette solution sont dans l'erreur. La croisade de George Soros pour la légalisation de la drogue, au nom de la liberté individuelle et d'une société plus humaine, a fait son chemin jusqu'à la dernière assemblée des Nations unies tenue à New York.

Toutefois, les chefs d'États réunis à cette occasion, du 8 au 10 juin dernier à l'ONU, furent unanimes dans leur résolution de poursuivre le combat contre la drogue.

La président de la République, Jacques Chirac, délivra le discours le plus persuasif et le mieux ciblé, dans lequel il recommanda avec vigueur " une attaque sur tous les fronts contre ce mal planétaire, à la mesure des forces hostiles que nous devons combattre ".

Le président Bill Clinton fut également très éloquent. Ces déclarations de chefs d'Etat trouvèrent peu d'écho favorable dans la grande presse américaine qui, par contre, ne ménagea pas ses critiques. Un éditorial du New York Times déclara : " C'est une erreur de refuser de discuter une politique de réduction des risques basée sur l'usage de méthadone et la distribution de seringues...

Cette conférence de L'ONU sur la drogue, comme celles qui l'ont précédée, est destinée à recycler des promesses irréalistes et encenser des programmes douteux. " (1). Le New York Times (2) avait publié une double page publicitaire financé par M. Soros et composée par l'Institut Lindesmith. Cette page réclamait un changement de politique de L'ONU vers " une perspective réaliste de diminution des risques et d'un débat ouvert sur ce problème ".

Cette déclaration était approuvée par 600 personnalités internationales prestigieuses, comprenant Perez de Cuellar, ancien secrétaire général de L'ONU, Milton Friedman, Jean-Pierre Changeux, Thierry Levy, Ilya Prigogine, André Glucksman et Georges Soros, qui reconnut avoir financé la publication de l'appel rassemblé par son Institut Lindesmith. Dans ce palmarès de célébrités, il faut noter l'absence de personnalités de l'Asie du Sud-Est, du Japon et des pays islamiques, qui représentent les deux tiers de la population mondiale.

Curieuse alliance que celle forgée par Soros entre des intellectuels libertaires et les barons de la finance internationale ! Le grand danger d'une telle alliance est qu'elle sonne le glas de la pensée judéo-chrétienne, qui fut dominante au cours des deux derniers millénaires ! Faudra-il qu'un autre peuple, doué d'une autre culture mais empreint des mêmes valeurs séculaires, prenne le relais de la pensée universelle, qui doit continuer à piloter l'avenir de l'homme.



 

(*) Président de l'Alliance internationale contre la toxicomanie.

(1) New York Times, 8 juin 1998.
(2) New York Times, 9 juin 1998.
 

 

 
DISCUSSION