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Il n'y a pas de " drogues douces "
Le cannabis altère de façon persistante les mécanismes du cerveau.
Par le professeur Gabriel Nahas
Le Figaro du 5 janvier 2000

Aujourd'hui, le verdict scientifique est sans appel : l'usage de la drogue illégale (cocaïne, opiacés et cannabis) altère de façon persistante les mécanismes moléculaires du cerveau qui contrôlent la mémoire, la coordination, les émotions et le jugement. Il est prouvé que les déviations de la pensée et du sentiment causées par des quantités infimes de drogue (quelques milligrammes) sont associées à des altérations persistantes de la biochimie du cerveau.

Le sujet dépendant de la drogue perd sa capacité de s'en priver : son cerveau est si fondamentalement déréglé qu'il a perdu son libre arbitre vis-à-vis de la drogue. La perte de la liberté individuelle est la conséquence de la désastreuse de la dépendance de la drogue, spécialement dans une société dont la vocation est de défendre des libertés. Un sujet dépendant de la drogue ne peut pas être considéré comme un sujet libre, dégagé de toute contrainte. Il est devenu la victime pathétique d'une société qui tolère et même préconise l'usage de substances qui altèrent la biochimie et la signalisation du cerveau, entraînant une déviation de la conscience et interdisant l'exercice de la liberté de choisir et d'agir.

La nicotine crée une dépendance aussi profonde que celle des drogues illicites, mais elle n'altère pas l'informatique cérébrale qui permet l'exercice des fonctions intellectuelles et affectives de la vie personnelle et sociale. Pour ce qui est de la consommation de l'alcool, il faut deux ou trois mille fois plus d'alcool que de cannabis (des dizaines de grammes au lieu de milligrammes), pour produire les mêmes effets délétères sur la fonction cérébrale.

En Europe comme aux États-Unis, la consommation de cannabis est banalisée et ses effets toxiques ignorés
De nombreuses études expérimentales et cliniques ont démontré que la drogue altère les étapes de la fonction de reproduction, toutes programmées par le cerveau. C'est ainsi que la drogue, en particulier le cannabis, altère les gamètes ou cellules geminales de l'homme et de la femme, faisant courir un risque aux générations à venir, avant qu'elles ne soient conçues.

L'effet nocif de la drogue sur le développement foetal a été largement documenté dans des études faites aux États-Unis, en Angleterre et en Suède, au cours des dernières décennies (1). Toutefois, les recherches dans ce domaine ont été négligées en France et en Europe par les organismes de santé publique. Dans leur ensemble, les médecins du monde occidental, excepté dans les pays scandinaves, n'ont pas mentionné les études scientifiques démontrant les effets nocifs de la drogue sur la biochimie et l'informatique cérébrale, aussi bien que sur la fonction de reproduction. Cette attitude tolérante des médias est particulièrement nette en ce qui concerne le cannabis, considéré comme une " drogue douce " dont en envisage la vente libre.

Aux Étas-Unis, seuls The Wall Street Journal et le Reader's Digest ont adopté une attitude réservée. En France, seul Le Figaro a rapporté dans sa tribune libre la plupart des données scientifiques établissant la nocivité de la drogue dite " douce ".

Les protagonistes américains et européens de la légalistion du cannabis ont déclaré que, non seulement il s'agit d'une drogue sans danger réel pour la santé, mais ils ont également prétendu que le cannabis et son ingrédient principal, le THC, est une médication aux applications thérapeuthiques uniques et importantes.

Les promotteurs du cannabis médical - comme le milliardaire George Soros - ont pu financer des campagnes d'opinion, avec l'appui des médias. Ces campagnes ont abouti à l'adoption d'une nouvelle législation permettant l'usage médical du cannabis en Californie et dans six autres États américains. Pour citer le journaliste A. M. Rosenthal, du New York Times : " Dans le climat actuel d'acceptation de la drogue, avec deux millions de dollars, il est possible de convaincre le epuple américain d'accepter une contrevérité scientifique : la valeur thérapeutique du cannabis, avec pour objectif de légaliser cette drogue.

En même temps, le message de son manque de nocivité a été transmis au public, qui s'est laissé duper par cette propagande habile. " C'est ainsi que l'on pourrait résumer, dans son ensemble l'attitude du public européen. En France, le chef de l'État est opposé à la légalisation mais le gouvernement est partagé sur la question Les pays européens, à l'exception des pays scandinaves, ont suivi dans leur ensemble la nouvelle tendance médiatique américaine. Certains pays, comme la Hollande et la Suisse ont déjà, de fait, légalisé le cannabis et son usage est également toléré en Allemagne, en Espagne et en Italie.

En France, le chef de l'État est opposé à toute légalisation, bien que le gouvernement soit partagé sur cette question
Mais la consommation de cette drogue dans le pays, en particulier parmi les jeunes, est banalisée et ses effets toxiques sont ignorés. Cette tendance prévaut également dans l'Union européenne élargie et en Russie. Seuls les Scandinaves, Suédois, Norvégiens et Finlandais maintiennent l'interdiction (ces pays ont la criminalité la plus faible de toute l'Europe). Les États-Unis,, qui mènent l'alliance occidentale depuis les soixante dernières années, sont devenus la puissance politique mondiale. Mais ils sont en train de perdre, avec l'Europe, la guerre contre la drogue. Une guerre qu'ils avaient eux- mêmes il y a cent ans sous l'impulsion du président Théodore Roosevelt.

Mais cette guerre contre la drogue devra se poursuivre pour préserver la liberté de l'homme et de sa descendance. Cette lutte pour l'avenir de l'humanité sera menée par les pays du Sud-Est asiatique, à cause de la démission de l'Occident. La Chine, qui avait gagné la guerre contre l'opium, avec l'appui des États-Unis, pendant la première partie du siècle, maintient aujourd'hui son interdiction contre le poison de l'esprit (2), qui avait érodé la société chinoise il y a cent ans. Au cours du XXIe siècle, la Chine devra réaffirmer son refus culturel traditionnel de la drogue qui, pour citer un disciple de Confucius, " déséquilibre l'esprit, à qui il fait voir des démons ".

Dans cette épisode de la guerre contre la drogue, la Chine aura l'appui de Taïwan, du Japon et de la Corée, puisque ces pays ont refusé la démission occidentale et son acceptation sociale de la drogue. La France devrait être la première grande puissance à se joindre à cette nouvelle croisade, qui fait partie de la lutte incessante pour la sauvegarde de l'homme.



 

(1) Marihuana and Medecine, Humana Press, NJ 1999

(2) La Peste blanche du XXe siècle. Gabriel Nahas. Buchet/Chastel 1992

 

 
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