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La bonne santé d'une économie mortelle
Trafic de drogue. Un alarmant rapport de l'Onu sur les flux des stupéfiants.
Par Françoise Lemoine
Le Figaro du 25 février 2000

L'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS), qui veille sur les flux de la drogue et des médicaments à travers le monde, a rendu public son rapport mardi. L'économie de la drogue serait la deuxième du monde, derrière celle générée par le trafic d'armes.

Bon point pour l'Iran et la Bolivie et bonnet d'âne pour les taliban afghans. Comme chaque année, 1'OICS dresse un état des lieux. Et cet organisme de l'ONU s'inquiète du nombre croissant des usagers de stupéfiants en Europe et dénonce l'attitude de tolérance face au cannabis. Selon le rapport, un tiers des lycéens français et un quart des adolescents britanniques ont déjà goûté à la marijuana. " On ne met pas suffisamment l'accent sur la dangerosité du cannabis, s'alarme le préfet Jacques Franquet, membre de l'OICS. Les politiques dénoncent les problèmes liés à la santé publique et à l'écologie, mais ne s'élèvent pas contre cette consommation. Les variétés de cannabis sont pourtant de plus en plus fortes. "

L'OICS dénonce également le " shoot propre " utilisé dans les salles d'injection. C'est pour éviter la propagation du sida et des hépatites que les Pays-Bas et l'Allemagne autorisent les toxicomanes à s'injecter eux-mêmes de l'héroïne, dans ces lieux : " Ces lieux ont leur logique, poursuit Jacques Franquet, mais cela va à l'encontre des traités internationaux et favorise la toxicomanie et le trafic de drogue. "

La consommation des drogues dures à également augmenté en Europe. Une tendance qui résulterait, en partie de la baisse des prix de la cocaïne. Côté ecstasy, la consommation s'est stabilisée alors que l'usage de l'amphétamine a tendance à croître. Concernant l'Europe de l'Est, le rapport se félicite de la baisse de la criminalité liée à la drogue, notamment en Russie, mais signale une hausse de consommation d'héroïne.

En Albanie, gros producteur de cannabis, la situation reste particulièrement préoccupante : " Ce pays n'a pas ratifié la convention internationale, signale le préfet. Une mission de l'ONU doit s'y rendre pour tenter de le faire changer d'avis. "

Plus loin de nous, l'Afghanistan qui représente, selon l'OICS, 75 % de la production mondiale d'opium se trouve au banc des accusés : " Nous n'avons aucune influence, les Afghans font ce qu'ils veulent ", déplore Jacques Franquet.

Malgré ses promesses d'interdire la production, le régime des taliban continue de percevoir des impôts sur la récolte du pavot et la fabrication d'héroïne. Cette situation a de graves répercussions en Europe et dans le reste du monde. Les rapporteurs s'inquiètent également de la progression du trafic de stimulants, type amphétamines dans les pays de l'Est et le Sud-Est de l'Asie : " La Chine demeure un gros fournisseur ", notent-ils.

Le Laos, la Birmanie, la Thaïlande et le Vietnam reçoivent une médaille pour avoir réduit leurs productions d'opium. En revanche, la Chine, la Malaisie et la Thaïlande restent des marchés importants pour l'héroïne et des lieux de transit prisés pour l'exportation vers l'Amérique du Nord et l'Océanie. En Asie du Sud, la production d'héroïne, des drogues de synthèse, de cannabis et d'opium a augmenté. Dans son tour du monde des drogues, l'OICS félicite la Bolivie ainsi que l'Amérique latine " pour ses résultats exceptionnels " dans son programme d'éradication des cultures illicites de coca. Mêmes félicitations adressées à l'Iran qui a effectué " 80 % des saisies d'opium dans le monde ".

En Amérique latine, la cocaïne reste un fléau préoccupant avec en tête la Colombie, le plus gros producteur du monde. L'OICS se dit aussi préoccupé par l'attitude de plus en plus libérale de certains gouvernements d'Amérique centrale et des Caraïbes vis-à-vis du secteur bancaire offshore et de l'industrie du jeu.

Aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique, le cannabis reste la drogue la plus consommée. La culture sous abri de la marijuana interpelle l'ONU qui s'inquiète de la vente de graines et de matériel accessibles sur Internet grâce essentiellement à des serveurs canadiens.

En Afrique, la drogue sert surtout à financer les guerres civiles, comme en République démocratique du Congo, au Liberia, en Angola ou encore au Rwanda : " Cette situation est malheureusement négligée, commente Jacques Pranquet. L'Afrique a un potentiel énorme de trafic et d'usage de drogue. Les stupéfiants ne font pas encore vivre beaucoup de monde mais ils vont finir par le faire si on s'en préoccupe pas. "



 

 

 

 
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