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Le dossier "
enregistrement du cannabis pour ses effets thérapeutiques
" n'est encore ouvert nulle part dans le monde. Toutefois, un grand
nombre de publications et des communications dans des congrès rapportent
des études menées avec toute la rigueur scientifique voulue sur
les effets médicamenteux, thérapeutiques, du cannabis. Ces effets,
pour la plupart, étaient d'ailleurs déjà évoqués par des médecins
de la Chine, de la Grèce et de la Perse antiques. Il s'agit en quelque
sorte de " domestique " la drogue, dont on connaît par ailleurs
les effets néfastes de la consommation au long cours sur une personne
en bonne santé.
Du point de
vue de la législation, les choses bougent vite dans plusieurs pays.
En Grande-Bretagne, un comité ad hoc de la Chambre des lords a récemment
établi un document très complet sur les effets du cannabis. Y figure
de façon détaillée une revue de la littérature des utilisations
médicinales du produit.
Aux Etats-Unis,
les dossiers de demande d'autorisation sur le marché dans certaines
indications commencent à être acceptés pour être examinés, après
plusieurs rejets subis ces dernières années. Par ailleurs, au moins
sept États américains ont, par vote, approuvé des initiatives destinées
à hâter la mise à disposition légale de marijuana pour utilisation
en médecine. Toujours aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration
a accepté, le 25 mai 1999, d'examiner une demande d'attribution
du statut de médicament orphelin à la marihuana. Avant cela, la
requête avait essuyé trois lettres de refus en deux ans et demi.
Dans ces deux pays, certains malades bénéficient de délivrance au
cas par cas.
Ailleurs, le
problème peut prendre des allures de gag. Une dépêche d'agence rapportait
récemment que le premier Canadien à avoir été légalement autorisé
à utiliser de la marijuana à des fins médicinales vient de se retourner
vers le tribunal pour exiger que le gouvernement canadien lui fournisse
le produit. Jim W., malade du sida, dit qu'il n'a pas réussi à cultiver
le produit. Et que ceux qui le fournissaient ont été arrêtés. Son
avocat a plaidé pour une délivrance de marijuana par le gouvernement,
indiquant que ce serait seulement faire comme aux Etats-Unis et
en Grande-Bretagne.
Le sida fait
partie des affections où des effets positifs de la marijuana sont
constatés. C'est l'un des domaines où elle a le plus été utilisée
: elle est intéressante, bien sûr seulement comme traitement adjuvant,
pour son action sur les douleurs, les nausées et vomissements, et
les importantes pertes de poids. En plus de ses effets antiémétiques,
elle agit comme un stimulant de l'appétit.
Ses effets analgésiques
ont fait l'objet de nombreux essais expérimentaux, puis cliniques,
et son action anti-douleur est bien documentée. Elle est moindre
que celle des opiacés, mais notable. Les études cliniques ont montré
que ceux qui ont déjà fumé de la marijuana y sont plus sensibles,
et, surtout. que ceux qui n'y avaient jamais recouru (les pharmacologues
les nomment " utilisateurs naïfs ") éprouvent souvent des effets
secondaires psychologiques (anxiété, voire crise de panique) qui
rendent alors son emploi moins acceptable, voire franchement impossible.
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Chez les patients
cancéreux. Ce sont les effets antalgiques, d'une part, antiémétiques,
d'autre part, qui paraissent les plus utilisables, voire utilisés
dans les pays où l'usage est devenu licite chez ces malades. Sachant
l'inconfort digestif - le mot est faible - qui accompagne les chimiothérapies
anticancéreuses, l'emploi de cannabis paraît ici très précieux.
On évoque aussi une action euphorisante, antidépressive, et un certain
effet sur l'appétit. Mais il s'agit là de constatations empiriques
des effets de la consommation de friandises à base de cannabis.
A noter une publication récente dans Nature medicine (3 mars
2000) un travail expérimental conduit chez le rat a mis en évidence
une éradication de tumeurs cérébrales, des glioblastomes, chez un
tiers des animaux. Les observations in vitro sur des cellules tumorales,
suggèrent que les cannabinoïdes détruisent les cellules en induisant
l'apoptose (la mort cellulaire). Des résultats que l'on ne peut
pas extrapoler à l'homme, à ce stade très préliminaire des recherches.
Identifiés
plus récemment, des effets inhibiteurs de réflexes synaptiques qui
entraînent une spasticité, c'est-à-dire une hyperréactivité nerveuse
les réflexes tendineux sont anormalement vifs, et les muscles ne
se détendent pas. Cela conduit à étudier les applications possibles
de la marijuana dans le traitement de la sclérose en plaques et
d'autres atteintes neurologiques comme les suites d'accidents vasculaires
cérébraux ou de traumatisme de la moelle. Les premiers essais cliniques
se sont montrés encourageants. Déjà d'autres études, moins ciblées,
sur la spasticité, ont montré des effets bénéfiques de la marijuana
dans la sclérose en plaques sur les douleurs musculaires et l'insomnie
qu'elles peuvent provoquer, sur la " raideur " des muscles pendant
la marche, sur la perte de poids. Des essais cliniques ont également
été effectués dans l'asthme, la migraine, les troubles épileptiques,
et comme aide pour le traitement de la dépendance aux opiacés et
à l'alcool. Mais là, la réussite n'a pas été à la mesure des espoirs.
M.V
Des comprimés,
pas des cigarettes
La découverte de récepteurs des cannabinoïdes dans le système nerveux
central, puis dans d'autres régions du corps, a redonné de la vigueur
aux recherches pharmacologiques sur les applications thérapeutiques
du cannabis. Les essais ne sont pas conduits avec des cigarettes
mais avec des préparations en comprimés contenant un ou plusieurs
composés présents dans le cannabis (cannabinoïdes). On connaît une
bonne dizaine de ces produits, et il est possible que tel ou tel
soit spécifique d'un effet ou d'un autre. A noter qu'une firme vient,
en Grande-Bretagne, d'obtenir l'autorisation de cultiver du cannabis
à des fins de recherche pharmacologique et médicinales. Cette firme
a l'intention de cultiver plusieurs variétés, car, naturellement,
leur teneur en chaque cannabinoïde est variable.


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