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Après avoir
dit et redit que le cannabis, produit illicite, était moins dangereux
que l'alcool et le tabac, produits licites, enfin, dans un document
récent de vulgarisation pour les jeunes et leurs parents, Drogue
- Savoir plus - Risquer moins, la MILDT (Mission interministérielle
contre la drogue et la toxicomanie), reconnaît que tous ces produits
sont dangereux.
C'est un pas
important, pour la prévention dont on aurait pu se réjouir si des
ambiguïtés, trop nombreuses et concordantes pour être " innocentes
", ne venaient brouiller le message et aboutir en fait à la banalisation
des drogues. Il ne suffit que de lire les jour-naux pour s'en convaincre.
1. Ainsi, il
est stupéfiant que le 1er chapitre s'intitule Une société sans drogue
ça n'existe pas. Affirmation confirmée avec lourdeur par le spot
publicitaire télévisé qui accompagne la promotion du livre : 4 hommes
préhistoriques fument des joints devant un feu de bois. Image accompagnée
d'un commentaire : " l'homme a-t-il découvert d'abord la drogue
ou le feu ? " D'entrée de jeu, le ton est donné. Inutile de
lutter, ça a toujours existé, ça existera toujours. Sans insister
sur l'erreur historique des auteurs du spot, dans l'Antiquité, le
cannabis ne se fumait pas, il était mangé, la MILDT se trompe de
problème. Que les adultes aient fait usage de plantes psychotropes
depuis longtemps, pour des raisons diverses, est une chose. Mais
l'usage en masse de drogues par les adolescents est un fait de société
récent. Une mode de ces 40 dernières années qu'on a laissée se créer
et sur laquelle on peut donc agir, et non une fatalité que les jeunes
et leurs parents doivent accepter.
2. La distinction
usage et usage nocif laisse croire qu'on peut user impunément de
certaines drogues, y compris et surtout le cannabis. C'est méconnaître
l'inégalité des individus devant les produits. Pour certains, physiologiquement,
user c'est déjà abuser.
Le système de
neurotransmission et les récepteurs cérébraux de chacun sont plus
ou moins réceptifs aux effets des drogues, mais nous n'avons aucun
test nous permettant de distinguer ceux qui seront résistants de
ceux qui feront l'escalade. On vous cite les adultes de 40 et 50
ans, utilisateurs ludiques, à peu près bien insérés dans la société
et on fait l'impasse sur les centaines de milliers de jeunes dont
l'avenir a été brisé ces 40 dernières années à cause des " joints
".
3. Le cannabis
est la drogue principale des adolescents. C'est la drogue piège
par excellence. Comme le disait en juin 1995 Ingar Carlsson, alors
premier ministre de la Suède : " Le risque est trop grand pour
le laisser prendre à nos enfants. " Pourquoi la MILDT, au lieu
de dire cela clairement aux parents, et de leur recommander d'appliquer
le principe de précaution, préfère-t-elle édulcorer son propos en
traitant des soi-disant effets thérapeutiques du cannabis, effets
thérapeutiques baptisés de " folkloriques " par la sérieuse British
Medical Association, citée par le Rapport Roques dans ses conclusions
?
4. Déclarer,
dans les médias, que 123 morts par overdose en 1999, c'est très
faible par rapport aux mort dues à l'alcool et au tabac, est contradictoire
avec la prétention affichée au début du livre de donner enfin une
information objective.
Ne retenir
que les 123 morts par overdose c'est oublier :
- Les morts par accidents de la route dues à la drogue au volant,
cannabis dans la plupart des cas (14 à 17 % des accidents mortels
chez les jeunes de 16 à30 ans, d'après une enquête de la gendarmerie
de Bordeaux en 1994, chif-fre qui doit être aujourd'hui en forte
augmentation, en proportion de l'augmentation du nombre des usagers
et de la teneur plus forte en toxique, le Cannabinol).
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- " Les morts
sociales " par désintérêt scolaire et désinsertion sociale, suite
à l'usage régulier du cannabis, plusieurs dizaines de milliers de
jeunes de 15 à 18 ans chaque année.
- C'est oublier enfin que le cannabis est aussi cancérigène que
le tabac. Mais nous n'y serons confrontés que dans les années à
venir, car il faut 25 à 40 ans pour développer un cancer.
5.Comment peut-on
se prévaloir des rapports scientifiques les plus récents
et procéder par affirmations péremptoires alors que " les scientifiques
" cités sont tous de la même école de pensée, centrée sur l'idée
qu'il faut vivre avec les drogues et se contenter d'en limiter les
risques.
Pourquoi avoir
occulté l'avis maintes fois répété de l'Académie de médecine, le
rapport de 1996 de l'Académie des sciences, l'avis de nombreux experts
auprès des tribunaux qui, par leurs fonc-tions, sont à même de connaître
l'ampleur des dégâts, les mises en garde des experts de l'Ocis,
organisme de contrôle des stupéfiants ? Pourquoi ne pas avoir associé
à la concertation des associa-tions comme Didro et le Cnid qui,
depuis plus de 20 ans, ont l'expérience de la prévention sur le
terrain ?
Dans ces conditions,
on comprend mieux les raisons des ambiguïtés de ce livre, qui cachent
une volonté de dépénalisation larvée et une banalisation dont le
seul résultat prévisible sera la continuation de l'aggravation de
ce fléau.
Au prétexte
de comprendre la jeunesse, on se contente de l'accompagner dans
les erreurs qu'on lui laisse commettre.
En conclusion,
quand prendra-t-on conscience que le fléau de l'usage des drogues
n'est pas un problème de philosophie dont on peut disserter à loisir,
mais qu'il s'agit, chaque année, de dizaines de milliers de jeunes
vies en danger qu'il faut préserver par des actes concrets.
Qu'il appartient
aux adultes d'expliquer encore et toujours aux jeunes qu'à jouer
avec le feu on ne peut que se brûler.
Que fumer des
joints, prendre de l'ecstasy ou autres drogues n'est festif et convivial
en apparence qu'au début.
Que les drogues
n'ont jamais apporté ni bonheur ni talent et qu'ils ont mieux à
faire de leur cerveau que de l'abîmer.
Pour associer
les parents, il faut leur parler clairement des dangers encourus
par leurs enfants, du rôle principal qu'ils peuvent jouer, à condition
d'avoir la connaissance du dossier et l'amour et la fermeté nécessaires
à l'égard de leurs enfants. Pour cela, ne pas commencer par édulcorer,
voire déformer les acquis scientifiques et surtout leur faire prendre
conscience que prévenir et guérir est possible et que seuls ceux
qui baissent les bras ont perdu.
Si la Mission
interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie croyait
en sa mission, le titre de son livre ne serait pas Savoir plus
pour risquer moins mais Savoir pour prévenir et guérir, éradiquer.
Ce qui est possible. Simple question de volonté.


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