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" Le GHB
(acide gamma hydroxybutyrique), anesthésiant réservé à l'usage hospitalier,
est connu sous l'appellation "ecstasy liquide". Ses effets sont
décrits comme principalement relaxants. Le produit induirait une
sensation de bien-être, d'euphorie, de désinhibition et d'hypersensualité.
Ils se font sentir rapidement, et durent de 1 h 30 à 2 heures, sans
sensation de descente notable. En région parisienne, il apparaît
depuis septembre 1999. Sa présence a été signalée dans le sud de
la France et dans l'ouest du pays."
Les informations
diffusées notamment sur Internet par la mission interministérielle
de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) ont la rigueur
et la monotonie d'un bulletin météo. Elles sont pourtant explosives,
et le signe d'une véritable révolution dans la façon d'aborder le
problème des drogues en France.
"Nous étions
dans une situation d'obscurantisme", estime Nicole Maestracci,
présidente de la Mildt. "Il fallait sortir des tabous. Depuis
des années. les pouvoirs publics ne tenaient qu'un seul discours
sur la drogue, moralisant, prônant l'abstinence, qui pouvait laisser
entendre que le moindre fumeur de cannabis était un héroïnomane
en puissance. La population est sous-informée. Nous avons décidé
de donner à tous, qu'ils soient professionnels de santé, de justice,
jeunes ou parents, une même information. Cette information concerne
à la fois les drogues licites et illicites, aussi bien l'alcool
que le cannabis, car toutes les études montrent une tendance à la
polyconsommation des drogues, association des produits licites ou
illicites." De plus, comme nous l'expliquions dans le dossier
"Drogues et dépendances" (voir Eurêka n° 44), on sait bien qu'une
dose importante d'alcool, produit licite, est tout aussi dangereuse
- voire plus - que nombre de produits classés illicites.
La traduction
de cette politique d'information à tout crin peut surprendre. Nous
sommes samedi soir, dans une rave pourtant non officielle. Un petit
chapiteau a été monté, légèrement à l'écart de la fête. Là, des
volontaires d'associations du milieu techno sont venus avec tout
leur attirail : aliments vitaminés, boissons, préservatifs, kits
d'injection, pailles, brochures d'informations sur les produits
consommés.
"Testings"
en série
"Tu vois,
les petits points blanc à la surface du comprimé ? C'est peut-être
un peu de strychnine. Ton ecstasy est coupé avec ce produit",
explique patiemment Isabelle, membre de l'association Technoplus.
Cette nuit, Isabelle réalisera des dizaines de "testings". A la
lumière d'une lampe et avec la précision d'un chimiste, elle gratte
les cachets qu'on lui apporte pour recueillir un peu de poudre et
la colorer avec un réactif: résultat jaune orangé pour l'amphétamine,
violet noir pour la MDMA (ecstasy). Cette réaction colorée, appelée
aussi "test de Marquis", renseigne sur la nature des composants,
mais n'indique ni la dose, ni la qualité du produit. Un test peu
fiable donc, qui sert en fait de prétexte pour engager la conversation.
"En venant faire du testing, le jeune vient d'abord trouver une
écoute, des conseils, nous parlons de la nature et de la fréquence
de sa consommation. Pour une minute de testing, nous discutons parfois
dix minutes de sa façon de prendre de la drogue", explique une
animatrice de l'association Spiritek à Lille.
Le plus souvent,
les consommateurs de drogue se déshydratent sans s'en rendre compte,
ne sentent pas la faim ni la fatigue, et peuvent avoir des malaises.
"Ce produit me donne des tremblements, c'est normal ?", s'inquiète
une fille de 15 ans. Si les troubles persistent, Isabelle appellera
le Samu. Depuis 1997, des équipes de Médecins du monde assurent
également une présence sanitaire dans les raves. Désormais, on peut
avoir l'illusion de consommer sans danger Soutenir les associations
dans leur action de prévention est un pari de la Mildt, qui va jusqu'à
subventionner, à hauteur de 100 000 francs en 1999 pour Technoplus
par exemple, des associations qui s'affichent ouvertement comme
consommateurs de drogue.
Pourtant, l'urgence
de santé publique qui justifierait un tel encadrement de la consommation
de drogues ne saute pas aux yeux. Nous sommes loin de la situation
des années 80, où les toxicomanes décédaient du sida et de l'hépatite
sans que personne ou presque ne s en émeuve. "Le programme de
réduction des risques finalement adopté à la suite de l'épidémie
de sida et d'hépatite qui a touché de nombreux toxicomanes a été
appliqué trop tardivement pour éviter une mortalité importante,
commente Nicole Maestracci. J'étais alors magistrate en Seine
Saint-Denis, et j'ai vu trop de jeunes mourir faute d'information
sur les risques qu'ils encouraient en l'absence de programmes d'échanges
de seringues et de programmes de substitution. C'est le rôle des
pouvoirs publics d'anticiper. C'est vrai, aujourd'hui, les risques
de mortalité liés à la prise d'ecstasy sont quasi nuls (un décès
sur 6 millions de prises), mais il y a d'autres dangers comme les
décompensations psychiatriques. C'est vrai, on connaît encore peu
de choses des effets de chacune de ces drogues et de leurs associations.
Raison de plus pour être présents sur le terrain dès maintenant,
mettre à disposition des parents, des professionnels de santé, les
informations dont nous disposons. D'autant que la consommation de
ces drogues va inévitablement progresser et se diversifier, de plus
en plus de molécules étant disponibles et faciles à produire."
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Connaître
les produits qui circulent
L'objectif de
cette politique est clair il ne s'agit pas d'obtenir une chute spectaculaire
de la consommation de drogue, mais plutôt d'empêcher une consommation
nocive (ayant un impact néfaste sur la santé). Encore faut-il connaître
les produits qui circulent. Pour la première fois en France, le
programme Sintes (Système d'identification national des toxiques
et substances) répertorie les produits, avec leur description physique
et leur composition chimique. En 1999, 433 échantillons ont été
analysés, qui proviennent de saisies policières, douanières ou collectés
par des partenaires sociaux sur des lieux de fêtes. Les premiers
résultats sont encore trop parcellaires pour être significatifs,
la Mildt espérant collecter à terme 40 échantillons par mois. Mais
ce dispositif permet déjà d'éviter des accidents : "Nous avons
pu signaler la circulation d'un produit jaune avec des pois jaune
foncé particulièrement dangereux, un mélange de MDMA (le principe
actif de l'ecstasy) et de strychnine, un poison violent. Immédiatement,
les associations ont passé le message, pour que ce produit soit
retiré de la circulation", raconte Patrick Beauverie, de Médecins
du monde. Avec le dispositif Trend (Tendances récentes et nouvelles
drogues), qui s'attache à savoir qui consomme quoi, les contours
de l'usage de drogue commencent à se préciser. Le fait marquant
et massif est le développement des pratiques de polyconsommation,
ou plutôt de "régulation des consommations", par l'usage combiné
de différentes substances. Exemple pour ne pas ressentir le blues
de la descente lié à l'ecstasy, les consommateurs vont prendre des
médicaments stabilisateurs légèrement hallucinogènes, à base de
benzodiazépine.
La démarche
de réduction des risques semble faire l'unanimité auprès des acteurs
sociaux. Jean-Pol Tassin, au laboratoire de neuropharmacologie du
Collège de France, ne cache pas son enthousiasme : "Le paysage
est bouleversé. En quelques années, les jeunes et leurs parents
vont être beaucoup mieux informés. Au lieu de se plaindre parce
que l'ecstasy qu'on leur vend ne contient pas de MDMA, ils s'en
réjouiront car ils auront été avertis de la nocivité de cette molécule."
Même si peu de données sont encore disponibles, on sait que le nombre
d'usagers de drogues de synthèse augmente rapidement. Dans les lycées
parisiens par exemple, l'usage d'ecstasy et de drogues de synthèse
était de 3 % en 1998 contre 0,1 % en 1991. Dans les centres de soins
pour toxicomanes, les usagers de drogues de synthèse sont encore
peu nombreux aux consultations. Selon les dernières données disponibles,
les consommateurs de psychotropes pris en charge étaient environ
800 en 1997 contre 700 en 1987. Mais les professionnels se préparent
à une augmentation importante dans les prochaines années. "Des
parents inquiets viennent nous voir, mais aussi des jeunes qui ont
perdu la raison à la suite de l'usage de ces drogues. Cette décompensation
psychiatrique est en fait le révélateur de troubles psychologiques",
explique Marc Valleur, médecin chef du centre médical Marmottan
à Paris.
Quelques voix
s'élèvent cependant qui contestent la politique de prévention des
risques. "La prise en charge des consommateurs de drogues est
une bonne chose", estime Jean-Luc Maxence, psychanalyste et
directeur du centre Didro à Paris. "Mais le message qui consiste
à dire "il ne faut pas consommer de drogues" devrait être annoncé
au premier plan. Cette politique ne risque-t-elle pas d'inciter
les non-usagers à consommer ?" Seconde réserve "La politique
de réduction des risques ne doit pas se mettre en place au détriment
d'autres actions comme la prise en charge des toxicomanes dans des
centres spécialisés qui sont aujourd'hui surchargés", estime
Francis Curtet, psychiatre et président de l'association Grande
Ecoute.
Et le cannabis
et l'alcool
Mais si la
politique autour des drogues change, elle devra s'accompagner d'autres
transitions. On observe une totale incohérence entre le système
de répression et la politique de réduction des risques. Comment
faire comprendre à l'usager qu'il doit venir se faire soigner, mais
qu'il peut se retrouver en prison pour consommation ? D'autant que
cette expérience avec les drogues de synthèse devrait s'étendre
à d'autres substances psychotropes. Déjà Médecins du monde prépare
la mise en place d'un testing pour le cannabis, afin de déterminer
la pureté de la résine. Avant que les alcooliers aient véritablement
accepté le fait que leurs boissons soient présentées entre l'héroïne
et le tabac dans un même ouvrage, avant que les forces de police
orientent les consommateurs de drogues vers le bus de Médecins du
monde plutôt que vers la fourgonnette de gendarmerie, plus qu'un
changement de politique, il faudra sans doute de sérieux changements
de mentalités...


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