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Le Bois des
Loges, unique centre de postcure pour drogués en Normandie, risque
de fermer bientôt ses portes. Motifs invoqués par la Ddass : rigidité
de l'équipe thérapeutique, absence de projet individualisé, coût
trop élevé. Pourtant, voilà maintenant vingt ans que ce centre d'hébergement,
qui reçoit quatorze toxicomanes, fait ses preuves.
Dans cette
élégante demeure entourée d'un parc de sept hectares, en plein pays
cauchois, c'est la consternation. Educateurs, directeur, mais aussi
résidents s'indignent de cette menace. Ils jugent insultantes les
conclusions des rapporteurs, qui estiment " néfaste voire dangereux
d'être pris en charge dans une telle structure".
" C'est
une injure pour tous ceux qui y travaillent et les institutions
qui nous ont soutenus, s'indigne le directeur, Pierre Truscello.
Rigidité ? C'est à démontrer. La Ddass souhaiterait qu'on accueille
les toxicomanes dans l'heure qui suit. Elle nous reproche aussi
de ne pas prendre en priorité ceux qui se trouvent dans des situations
précaires. Pourtant, on nous envoie rarement les malades les plus
faciles... "
La Ddass reproche
également au centre de ne pas tenir compte des nouvelles orientations
de 1998: " On nous demande d'accueillir des toxicomanes sous
substitution, de se plier aux normes de sécurité. On l'a fait. Ils
veulent aussi qu'on autorise l'alcool. Pourquoi pas la drogue ?
Si on deait se plier à ces exigences, il faudrait fermer toutes
les postcures de France et de Navarre. Je ne comprends pas cet acharnement
contre nous. Le rapport a été instruit uniquement à charge. "
Brigitte Jeffroy,
médecin inspecteur de santé publique, se défend : " Nous n'avons
pas pris cette décision de gaieté de coeur. Nous avons pesé le pour
et le contre. Le contre l'a remporté. " Et de dénoncer le coût
élevé de cette structure : 1 400 francs par jour et par personne,
de longs délais d'admission - au minimum une semaine : " On leur
demande aussi d'assouplir leur critère d'entrée. A chaque fois,
nos observations sont restées lettre morte. Nous avons pourtant
travaillé ensemble sur ce projet et ils semblaient d'accord. "
Le dialogue semble rompu. " C'est l'issue de quatre années de
conflit, explique Thierry Michard, éducateur spécialisé depuis dix
ans dans ce centre. Il y a une volonté délibérée de la Ddass de
nous faire fermer. "
Certes, la
structure n'était pas favorable aux produits de substitution : "
Finalement, nous avions tort. reconnaît l'éducateur. Nous recevons
actuellement sept personnes sur dix sous Subutex. On les aide éventuellement
à en finir avec ce produit et à mieux gérer leur dosage. "
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La subvention
de 49 millions de francs versée chaque année est donc sur la sellette.
En cas de fermeture du Bois des Loges, cette somme serait toutefois
versée à d'autres centres chargés de la toxicomanie en Seine-Maritime,
promet le Dr Jelfroy. Mais les drogués seraient privés d'un lieu
privilégié pour se ressourcer et reprendre goût à la vie. Et contrairement
aux accusations de la Ddass, les résidents ne semblent pas vraiment
malheureux.
Ce jour-là,
Bernard était en cuisine. Au menu : tartiflette et salade. Sur le
mur, un panneau affiche les attributions des uns et des autres pour
la semaine. À tour de rôle, les hôtes se partagent les taches ménagères,
les courses. Levés à 8 heures, ils alternent dans la matinée poterie
ou menuiserie. Sur les étagères du séjour sont exposées leurs œuvres.
La vaisselle mais aussi les tables et les chaises ont été réalisées
par les résidents, tout comme les tableaux exposés. Les toxicomanes
peuvent rester six mois au Bois des Loges, mais en général la moyenne
du séjour ne dépasse pas trois mois. A leur arrivée, ils choisiront
l'éducateur avec lequel ils s'entretiendront pendant leur s'entretiendront
pendant leur séjour. Ce principe paraît déplaire à la Ddass, qui
estime que c'est l'inverse qui devrait prévaloir.
Ici, l'espoir
d'un avenir meilleur a repris corps chez des personnes tombées dans
la spirale infernale de la drogue. Jean, 40 ans, graphiste, toxicomane
depuis l'âge de 24 ans, se remet lentement de ses années de galère.
Au centre depuis quatre mois et demi, il espère enfin s'en sortir.
Pendant deux ans, il a utilisé le Subutex comme une drogue "
Un paravent pour masquer les émotions, pas la douleur. Je cachais
un mal-être en le sniffant, mais cela ne résolvait rien. Je suis
venu pour faire un travail en profondeur. Et la méthode est bonne
", juge-t-il. Lui aussi voit d'un mauvais œil la fermeture :
" Ça n'a pas de sens. J'ai fait plusieurs séjours dans d'autres
centres. Sans succès. C'est seulement ici que j'ai pris conscience
des mécanismes dans lesquels je m'étais laissé piéger. "
Même écho de
Sébastien, 28 ans, résident depuis six mois " Grâce au travail
de réflexion que j'ai réalisé sur moi-même, j'ai arrêté de fuir.
J'ai pris conscience que le produit était une béquille. " Il
dénonce lui aussi le Subutex qui ne fait qu'entretenir le lien avec
la drogue. Chaque jour, des courriers de soutien arrivent au Bois
des Loges. Aussi bien des témoignages faisant autorité dans le secteur
qu'une pétition signée par tous les habitants des Loges inhabituel.
Chacun s'indigne de la menace de fermeture. La Ddass devait prendre
sa décision en fin de semaine.


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