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Cannabis : contrevérités dangereuses
Dix experts (*) en toxicologie stigmatisent " la lourde responsabilité " du rapport Roques, commandé par Bernard Kouchner, qui banalise la consommation de drogue.

Le rapport remis par le professeur Bernard Roques, neuro-pharmacologue, sur commande de M. le docteur Bernard Kouchner, secrétaire d'Etat à la santé, sur les problèmes posés par la dangerosité des drogues au niveau des mécanismes physiopathologiques, est un rapport très bien documenté, qui fait suite à ceux déjà existants, remis par l'Académie de médecine et l'Académie des sciences. Néanmoins, comment les experts du rapport Roques ont-ils pu conclure que le cannabis est moins dangereux que le tabac et qu'il possède une toxicité générale faible ? Alors qu'il est indiscutable.

Trois faits établis

1. Qu'une consommation occasionnelle de cannabis entraîne (ce qui n'est pas le cas avec le tabac) :

  • a. - Une perturbation des mécanismes d'attention et de la mémoire immédiate (ivresse cannabique) ;
  • b. - Une modifications des perceptions sensorielles (vision, ouïe...) ;
  • c. - Des sensations " ébrieuses " et des troubles du comportement (euphorie, désinhibition).

Ces trois points expliquent, chez les conducteurs de véhicule, une augmentation des risques d'accident. Rappelons pour mémoire que, dans une étude nationale récente, nous avons trouvé du cannabis dans le sang de 16 % des conducteurs impliqués dans un accident mortel (ce qui bien évidemment n'a jamais été le cas avec une consommation régulière ou occasionnelle de cigarettes, puisque la nicotine du tabac est un excitant du système nerveux central). La fumée de cannabis, beaucoup plus irritante que celle du tabac, entraîne une irritation oculaire bien reconnaissable et connue des utilisateurs de cannabis. De plus, son mode d'absorption, avec blocage prolongé de la respiration pour favoriser la pénétration de l'agent psychoactif, entraîne également une plus grande absorption des agents cancérigènes bien identifiés et de plus, plus nombreux.

2. Qu'une consommation régulière, même modérée, est un facteur indéniable d'échec scolaire (par suite des problèmes de mémorisation et de fixation de l'attention) pouvant entraîner une désocialisation et une dépersonnalisation.

3. Qu'un usage régulier et important peut être responsable d'une diminution des défenses immunitaires (augmentant le risque de survenue d'infections) et de l'altération des mécanismes de la fécondation : blocage de la production des spermatozoïdes chez l'homme et de l'ovulation chez la femme.

Ces troubles de la reproduction ont été prouvés chez un groupe de seize consommateurs de cannabis en 1990, même si cela n'a pas encore fait l'objet d'une étude épidémiologique.

Danger pour les jeunes
Contrairement aux " joints des années 70 " d'origine marocaine (titrant environ 7 % en Delta 9 tétrahydrocannabinol), aujourd'hui le cannabis hollandais titre de 20 % à 40 % d'agent psychoactif, devenant ainsi un hallucinogène puissant, dont les effets rappellent ceux de l'acide lysergique (LSD).

Rappelons que la bibliographie cite des cas où des enfants ayant mangé des mégots de " joints " trouvés au sol ont présenté des signes d'intoxication, avec instabilité à la marche, labilité émotionnelle, nystagmus, tremblements, accélération de la fréquence cardiaque, conjonctives injectées de sang.

Au vu des éléments cités ci-dessus, qui atteignent principalement la jeunesse, contrairement au tabac (80 % des usagers interpellés ont moins de 26 ans) et du fait que tous les experts s'accordent à reconnaître qu'une très grande majorité des consommateurs d'héroïne ont commencé par une consommation de cannabis, même si fort heureusement tous les consommateurs ne passent pas à l'héroïne (faits vérifiés dans tous les pays occidentaux), on voit mal, dans ces conditions, par quel raisonnement logique envisager une libéralisation du cannabis, sous prétexte d'une comparaison de ses effets avec les effets d'autres drogues, dont la toxicité est déjà très bien connue depuis longtemps sur les gros consommateurs.

Ce rapport est dangereux car il aboutit diffuser, dans l'opinion publique, une contrevérité concernant le cannabis. En s'opposant aux conclusions des experts internationaux réunis les 20 et 21 mars 1998 à New York, il n'est pas prêt d'obtenir un consensus scientifique international.

Quoi qu'il en soit, les signataires ne partagent en aucun cas, ni la présentation ni les conclusions de ce rapport, qui entraîne par ailleurs une lourde responsabilité, prise par les auteurs, vis-à-vis de l'usage du cannabis par la jeunesse de notre pays.



 

Docteur Patrick Mura, practicien hospitalier, laboratoire de biochimie et de toxicologie, CHU Poitiers.

Docteur Gilbert Pepin, expert en pharmacologie et toxicologie agréé par la Cour de cassation, laboratoire Toxlab Paris.
Professeur Jean Pierre Anger, professeur des universités, unité Inserm 456, laboratoire de toxicologie, Rennes.
Docteur Marc Deveaux, maître de conférence, practicien hospitalier; Institut de médecine légale de Lille, pharmacie de la maison d'arrêt de Loos.
Docteur Pascal Kintz, maître de conférence, practicien hospitalier, Institut de médecine légale, laboratoire de toxicologie, Strasbourg.
Docteur Jean Pierre Goulle, practicien hospitalier, centre hospitalier régional, laboratoire de pharmacocinétique, de toxicologie et de biologie, Le Havre.
Professeur Gérard Lachatre, professeur des universités et practicien hospitalier, service de pharmacologie et toxicologie, CHU Limoges.
Professeur Alain pineau, professeur des universités, laboratoire de toxicologie, Nantes.
Professeur Alain Priou, professeurs des universités, laboratoire de toxicologie, faculté de médecine et de pharmacie, Poitiers.
Professeur Jean-Jacques Vallon, professeur des universités et practicien hospitalier, laboratoire de toxicologie, CHU Lyon.

 

 
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