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Une étude
attentive du rapport Roques et de ses conclusions en ce qui
concerne le Cannabis décèle de nombreuses contradictions et
des silences cliniques qui remettent en cause les affirmations
péremptoires desdites conclusions sur la relative innocuité
du cannabis. Il faut noter, à ce propos qu'aucun médecin clinicien
qualifié n'a été invité à participer à cette étude.
Page
109 Analyse du chapitre XI - Le Cannabis
Il commence par un rappel des questions que pose l'usage du
cannabis, substance la plus utilisée par les jeunes pour ses
propriétés psychoactives, ce qui reflète la réalité actuelle
- Le
cannabis entraîne-t-il un risque de glissement vers les
drogues dures ?
- Quels
sont les risques à long terme de la consommation de cannabis
?
- Qu'en
est-il des propriétés thérapeutiques du cannabis ?
En toute
logique, la première question à se poser aurait du être :
quels sont les risques, à long terme, de la consommation du
cannabis ? La 1ere question en distinguant, avant même d'avoir
étudié les risques du cannabis, l'existence de drogues dures
présuppose, a contrario, que le cannabis est une drogue "
douce " ce qui n'est guère scientifique.
Page
109 chapitre XI 1 - Présentation des cannabinoïdes
" utilisé depuis des millénaires à des
fins récréationnelles ou thérapeutiques, le cannabis a été
progressivement retiré à cause de ses effets psychotropes
." Il eut été utile de préciser qu'il était utilisé aussi
à des fins de sujétion des individus que l'utilisation thérapeutique
était marginale du fait de ses maigres effets thérapeutiques
et de ses effets psychotropes nocifs. Preuve que ceux-ci sont
connus depuis longtemps et qu'il est curieux aujourd'hui de
les nier, les Chinois, dès le 2e millénaire avant JC, l'avait
retiré de leur pharmacopée parce que disaient-ils " cela
fait venir les démons ". Les auteurs semblent ignorer
que la tendance actuelle de demande de réintroduction du THC
en thérapeutique tient surtout à une action de lobbying qui
se conclut toujours par une demande de dépénalisation et de
légalisation de l'usage du cannabis. Or, quel rapport y a-t-il
entre le libre usage du cannabis à des fins de " défonce "
par les jeunes et l'usage anti émétique ou analgésique chez
des cancéreux ou des sidéens en phase terminale ?
Il n'est pas sérieux de commencer la présentation des cannabinoïdes
par ses effets thérapeutiques éventuels et citer le Dronabinol
aux USA quant on laisse ignorer qu'il a été testé avec 6 autres
classes de produits pour lesdits effets thérapeutiques et
qu'il arrive régulièrement en 7eme et dernière position pour
l'efficacité. Il eut été plus important de s'attacher aux
effets psychotropes sur la santé des jeunes consommateurs.
Il est plus important de noter qu'il est dit incidemment que
les substances cannabinoïdes présentes dans les feuilles sont
des hétérocycles très hydrophobes. Or, que lit-on page 7 du
rapport - chapitre II pharmacologie et toxicologie " bien
entendu les molécules très hydrophobes (tetrahydrocannabinol,
héroïne) entreront aisément dans les structures nerveuses
" et quelques lignes plus loin " plus le passage dans le
cerveau sera rapide plus le risque de neurotoxicité immédiat
sera élevé ".
Ainsi,
dès le début, le rapport Roques reconnaît la dangerosité neurotoxique
du cannabis au même titre que l'héroïne ou l'alcool.
Page
110 - conclusion du chapitre XI 1
se termine par le rappel d'une étude récente (?) sur une population
de 65 171 personnes qui aurait montré que le risque de mortalité
associé à la consommation de cannabis était plus faible que
celui associé à la consommation de tabac, or
- Le
tabac, comme le cannabis, n'a jamais tué un adolescent
- Le
risque de mortalité lié au tabac ne se concrétise que 25
à 60 ans plus tard. Or, la consommation de cannabis n'a
commencé à se généraliser que depuis 20 ans, donc, la morbidité
n'en sera évidente que dans 15 à 20 ans au plus tôt.
- L'auteur
ne prend pas en compte la mortalité par accident de la route
chez les jeunes de 16 à 30 ans suite à usage de cannabis
- 14 à 17% des accidents (étude de la Gendarmerie de Bordeaux
1994)
- De
même, doivent être attribuées au cannabis, les morts par
Sida ou Hépatite C consécutives à la toxicomanie elle même
consécutive à l'initiation et l'escalade à partir du cannabis.
- La
mortalité n'est pas la seule conséquence nocive de l'usage
du cannabis, l'échec scolaire, la désinsertion scolaire,
l'exclusion sont les conséquences de l'usage du cannabis
qui, en 6 mois à 3 ans, entraîne chaque années 40 000 jeunes
vers une " mort sociale " qu'on ne peut ignorer, toutes
conséquences que n'apporte pas le tabac. L'interrogation
des cliniciens aurait permis aux auteurs du rapport d'éviter
de comparer des choses non comparables et d'en tirer d'autres
conclusions reflétant mieux la réalité.
Page
110 - Chapitre XI 2 - Analyse des données biologiques
Aspect biologique. Il est dit " Le THC provoque de nombreuses
réponses comportementales' mais on précise que 'les effets
euphorisants, relaxants, une facilitation des contacts interindividuels,
un accroissement des perceptions visuelles et auditives éventuellement
modifiées à haute dose ". Il est regrettable et réducteur
que l'énoncé des réponses comportementales s'arrête là. Il
eut été plus complet, voir plus honnête, d'ajouter que la
phase d'excitation sensorielle et affective s'accompagne de
désorientation avec perturbation des notions de temps et d'espace,
perte du sens du réel et du self-contrôle, puis déprime, inertie
et somnolence. Toutes réactions négatives d'autant plus fréquentes
avec l'apparition du cannabis hollandais le Nederweit à forte
teneur en THC - 20 à 30% - ou avec les modes de prise par
inhalations chauffées pénétrant plus rapidement le système
nerveux central.
Page
111 - Chapitre XI 3 - Données pharmacologiques
On y trouve confirmation de la forte hydrophobie du THC, donc
de sa pénétration rapide dans la circulation générale et le
cerveau, donc de la dangerosité neurotoxique du cannabis ?
Plus
loin, on peut lire " les effets psychiques du THC apparaissent
chez l'individu naïf 15 à 20 minutes après l'ingestion pulmonaire,
p/us tard chez les consommateurs fréquents, signe d'une légère
tolérance ". L'existence d'une tolérance au cannabis confirme
ce que nous constatons en clinique chez les jeunes usagers
réguliers de cannabis : augmentation progressive des doses
et de leur fréquence et, pour un sur deux, passage à d'autres
drogues et polytoxicomanie.
Page
112 - Il est dit aussi " l'une des caractéristiques
du THC est son affinité non spécifique pour les tissus lipides
dont les cannabinoïdes sont éliminés très lentement ".
Or, nous savons qu'en cas de stress, il y a fonte des graisses,
relargage de THC dans la circulation générale et pénétration
dans le système nerveux central avec les troubles du comportement
qui s'ensuivent, ce qui explique les accidents de la conduite
automobile le lendemain de la prise de " joint ".
Dans
les données pharmacologiques, le rapport fait aussi l'impasse
sur la demie vie longue du cannabis d'au moins 4 jours, ce
qui entraîne une imprégnation lente mais de plus en plus forte
de l'organisme chez les jeunes usagers plus ou moins réguliers
du cannabis.
Enfin,
il est spécieux de dire que pour ces raisons il est difficile
de fixer un taux acceptable dans le plasma et les urines comme
pour l'alcool. L'auteur semble oublier que la loi de 1970
interdisant l'usage du cannabis est toujours en vigueur, il
n'est donc pas nécessaire de fixer un taux et que les effets
du cannabis sur la coordination neuromotrice et la vigilance
sont incontestables. Si la commission avait interrogé les
gendarmes, elle aurait appris que contrôlant, à la sortie
des discothèques des jeunes en état clinique d'ivresse, ceux-ci
ont des Alcootests négatifs et la législation ne leur permet
pas de procéder à des recherches d'autres drogues, cannabis
compris, dans les urines, la salive ou la sueur. L'interdit
de l'usage de cannabis au volant, assorti de sanctions adéquates
- retrait de permis ou confiscation du véhicule - aurait pourtant
un effet préventif utile pour la sauvegarde de la vie d'un
nombre important de jeunes.
Toujours
page 112 on peut lire " les cannabinoïdes sont capables
de moduler l'action de pratiquement tous les systèmes de neurotransmission
- DA, 5HT, GABA, Ach, opioïdes, etc ". N'est-ce pas une
preuve de la dangerosité du cannabis, fausse clé universelle
qui peut perturber le délicat équilibre de nos différents
systèmes de neurotransmission, ce qui explique les troubles
du comportement qu'on peut observer en clinique. Cette constatation
ne semble pas perturber les rapporteurs de la commission Roques
qui n'en tirent aucune conclusion.
Page
113 - paragraphe XI 5 Psycho pharmacologie des cannabinoïdes
La lecture de ce paragraphe est en contradiction totale avec
tout ce que nous avons pu constater depuis 25 ans d'étude
clinique de plusieurs milliers de jeunes usagers de cannabis
de 12 à 25 ans. En effet, qu'y trouve-t-on? " de faibles
perturbations sont observées dans l'aptitude à effectuer des
tâches coutumières plus ou moins complexes. Légère diminution
des performances psychomotrices et mnésiques. Ces effets sont
modulés par les doses et à haute concentration, des syndromes
de sédation, sensation de lourdeur et quelquefois états dépressifs
peuvent être observés. Bien que critiquables dans leur méthodologie
( ?) plusieurs études ont démontré que, durant la période
d'imprégnation à hautes doses, les facultés d'apprentissage
étaient légèrement altérées. Toutefois, les résultats sont
assez contradictoires, les plus forts consommateurs étant
les moins affectés. Aucune modification des possibilités d'abstraction
ni d'utilisation du vocabulaire n'a été observé. Il s'agit
plutôt d'altération de la mémoire à court terme. Bien que
ces effets semblent modestes et mériteraient d'être confirmés
par des études plus approfondies, ceci doit être pris en compte
chez les adolescents scolarisés. Néanmoins, il faut noter
qu'en dépit des modifications possibles des processus mnésiques
et d'appréciation altérée du temps souvent notées par les
usagers de cannabis, la qualité du travail effectué ne paraît
pas modifié. "
" De même, la consommation journalière à hautes doses de
cannabis durant de nombreuses années ne semble pas induire
de comportement de démotivation ou d 'absence de motivation
bien établie "
Ne pouvant
nier en totalité les troubles mnésiques, la diminution des
facultés d'apprentissage, 1'alteration de la notion de temps,
les auteurs demandent quand même que cela soit pris en compte
chez les adolescents scolarisés sans toutefois s'empêcher
de dire, en contradiction avec cela que les études qui le
disent sont critiquables dans leur méthodologie sans pouvoir
préciser sur quel point, et en ajoutant que les plus forts
consommateurs sont le moins affectés, ce qui est pour le moins
étonnant, et que les effets semblent modestes. Manifestement,
les auteurs du rapport et nous, n'avons pas connu et étudié
les mêmes types d'utilisateurs.
Le Pr
Roques semble avoir repris les conclusions de l'enquête ethnographique
d'utilisateurs de cannabis du Dr Ingold de 1996, enquête de
type boule de neige qui a privilégié l'étude des adultes utilisateurs
ludiques de cannabis. Ce genre d'utilisateurs ayant la chance
d'avoir un système de neurotransmission et des récepteurs
cérébraux génétiquement plus résistants aux effets de la drogue
peut, en effet, en faire un usage contrôle avec des effets
modestes sur son comportement. Il en est de même pour les
utilisateurs d'alcool.
En revanche,
s'il avait étudié et suivi comme nous sur plusieurs années
des milliers de jeunes utilisateurs de cannabis de 12 à 18
ans, fumant plusieurs joints par jour, il aurait constaté
que chez 50% d'entre eux, s'installait en 6 mois à 3 ans,
une dépendance physique avec troubles sérieux du comportement,
désintérêt et inaptitude scolaire - redoublement de classe
et éviction progressive de l'institution, démotivation familiale
avec répercussion grave dans la vie de la famille, inertie,
démotivation sociale, état dépressif, repli sur soi, délire
confusionnel grave depuis l'apparition de cannabis à 20 à
30 % de THC, baisse de la conscience morale, escalade vers
la polytoxicomanie et auto exclusion de la vie en société,
bref une " mort sociale ". Le Pr Roques a omis qu'il a déclaré
page 12, dans le préambule de son rapport " que tous les
individus ne sont pas égaux devant le risque toxicomaniaque
".
Page
114 - Le rapport reprend le problème du retentissement
de l'usage du cannabis en termes de conduite automobile. Après
avoir dit que les résultats sont difficiles à interpréter,
alibi allégué depuis 10 ans par les différents Ministères
de la Santé et des Transports pour, sous la pression des Médias,
laisser dormir cet important problème, le rapport reconnaît
que " les études actuelles effectuées sur un nombre de
cas plus élevé pourrait contredire ces résultats minimisant
le rôle du cannabis ".
Le rapport
aurait pu citer une étude américaine portant sur 10 pilotes
professionnels confirmés qui, après avoir fumé 2 à 3 joints
sans en avoir été informés, ont commis, 24 heures après sur
simulateur de vol, des fautes graves de pilotage et d'atterrissage.
De même,
dans une étude en double aveugle en 1972, les sujets qui se
sont prêtés à l'expérience et qui n'avaient jamais utilisés
de cannabis au préalable, ont eu, au volant, une attention
et une concentration diminuées, des modifications de la motricité
et de la coordination, une difficulté à apprécier la situation
environnante gênant considérablement leur prise de décision
et les actions rapides, tous effets négatifs retrouvés 6 à
24 heures après l'usage de quelques joints. Le tout confirmé
par les enquêtes de police de la route, en France et à l'étranger,
qui ont montré que 14 à 17% des accidents de la route chez
les jeunes révèlent la présence de cannabis ce qui a amené
le Gouvernement allemand à demander le dépistage systématique
des drogues - cannabis compris - en cas d'accident corporel
sur la route. Enfin, quel intérêt de conclure par cette phrase
" il faut néanmoins relativiser le risque par rapport à
l'alcool qui reste beaucoup plus redoutable en terme d'accident
de la circulation. " Est-ce remettre en cause les risques
induits par l'alcool d'étudier les risques inhérents au cannabis
? Que l'alcool soit dangereux au volant, nous le savons puisqu'une
loi depuis 20 ans en sanctionne l'usage en conduite automobile.
Le problème étudié est celui de la nocivité du cannabis et
de l'utilité d'étendre à son usage les sanctions prévues pour
l'alcool.
Page
114 - paragraphe XI 5a - Cannabis - Etat psycho pathologique
Il est dit " la première consommation peut entraîner, dans
des cas rares, des états d'anxiété sévère type crise de panique
". Nous pouvons attester que cela est plus fréquent que ne
le croit le rapporteur et explique pourquoi certains jeunes
arrêtent dès les premiers joints, effrayés par cet état de
panique dans lequel ils se sont trouvés. De surcroît, avec
l'apparition du Nederweit nombreux sont les cliniciens qui
ont eu à traiter depuis ces dernières années des états de
délire confusionnels graves chez les jeunes de 16 à 20 ans
avec nécessité d'hospitalisation de 3 à 6 semaines. Nous connaissons
des cas de schizophrénie sans pouvoir dire avec certitude
s'ils ont été provoqués ou si leur apparition a été accélérée
ou révélée par l'usage du cannabis à forte dose.
Page
115 - Cannabis et fonctions cérébrales - neurotoxicité
Après avoir dit " la toxicomanie au cannabis n'entraîne pas
de neurotoxicité telle qu'elle a été définie au chapitre III
par des critères neuroanatomiques, neurochimiques et comportementaux
", affirmation qui n'est pas confirmée par une lecture attentive
du chapitre III, le rapport reconnaît que l'usage du cannabis
entraîne des modifications de l'activité cérébrale: " l'usage
intermittent produit des changements réversibles dans les
profils d 'onde alpha dans le cortex frontal probablement
en rapport avec les états de somnolence induits par le THC
", et plus loin " plusieurs études font état de variations
de la circulation cérébrale et du métabolisme dans certaines
régions cérébrales, en particulier dans le cervelet et le
cortex préfrontal ".
Page
116 - paragraphe XI 5c - Tolérance et dépendance vis à vis
du cannabis
Après
avoir dit " les drogues sont généralement classées en fonction
de leur aptitude à générer des phénomènes de dépendance physique
ou psychique et considérées comme à risque s'ils répondent
à ces deux critères ", il est ajouté " le cannabis
a été placé dans ce groupe bien qu'il soit loin de produire
des effets comparables à ceux générés par l'héroïne, l'alcool
et le tabac ". Cette affirmation appelle plusieurs commentaires
:
- C'est
une erreur de réduire la toxicomanie à la seule dépendance.
Ce qui fait la gravité de la toxicomanie, c'est la dépendance
à un produit qui, par ses effets chimiques et neurobiologiques
spécifiques sur certains sites cérébraux entraîne des troubles
du comportement et une dégradation de la personnalité, ce
qui en exclut le tabac contrairement à l'affirmation ci-dessus
mais intègre l'héroïne, l'alcool et le cannabis.
- La
distinction " dépendance physique " et " dépendance psychique
" n'a aucun support scientifique c'est un héritage de l'analyse
psychiatrique qui attribuait une " dépendance physique "
aux drogues dont les effets de sevrage et de manque étaient
marqués de troubles physiques - contractures musculaires,
angoisse, transpiration - et une dépendance psychique aux
autres. Or, toute dépendance est physique ainsi que le dit
le rapport dès la première page " il est en effet désormais
bien établi que les effets engendrés par toutes ces molécules
s'expliquent par leur liaison à des récepteurs biologiques
spécifiques situés dans le système nerveux central et les
effets toxiques par un recrutement excessif de ces mêmes
récepteurs. D'autre part, notre activité psychique est subordonnée
à un support physique, l'interactivité des récepteurs des
cellules cérébrales cognitives et des centres de la mémoire
".
- L'absence
de syndrome de sevrage sévère dans le cas d'arrêt du cannabis
s'explique par son élimination lente, ce que confirme le
rapport. Mais cela ne réduit en rien sa nocivité. L'élimination
lente du produit (on retrouve du cannabis dans les urines
21 jours après sa prise) entraîne un stockage insidieux
de THC dans l'organisme des jeunes qui consomment régulièrement
du cannabis, avec une modification lente de leur comportement,
c'est ce qui fait du cannabis la drogue piège par excellent
des adolescents.
Page
117 - Il est erroné de dire " qu'il est bien établi
(sans préciser par qui) que la très grande majorité des consommateurs
de ce produit ne l'utilisent qu'occasionnellement et peuvent
cesser définitivement sans grande difficulté. " Les auteurs
méconnaissent totalement la dépendance très grande subie (environ
40 000 jeunes de 15 à 18 ans chaque année). D'ailleurs, après
avoir fait œtte affirmation, ils sont obligé, quelques lignes
plus loin, de reconnaître que " le débat sur les risques de
dépendance a été relancé ces deux dernières années par la
mise en évidence directe de 2 paramètres prédictifs d'un risque
d'addiction. " La libération de Dopamine dans le N Accumbus
induit par l'administration de THC que cette libération est
antagonisée par la naxolone, semblant donc contrôlée par la
stimulation du système opioïde.
Page
118. Il est dit " la dérive vers les drogues dures
(gateway theory) après consommation chronique du THC ne semble
pas étayée par les résultats d'expériences récentes chez l'animal
" et plus loin " chez l'homme, les études épidémiologiques
donnent des résultats contradictoires selon la manière dont
les résultats sont présentés et interprétés "'.. Plus
loin encore " D'autres études montrent que la consommation
de drogues dures à la suite de celle du cannabis est surtout
le fait de minorités de jeunes de milieux défavorisés venant
d'environnements sociaux et familiaux, en échec scolaire et
en contact avec des trafiquants d'héroîne et de cocaïne
". Ces affirmations successives sont contredites par l'étude
la réalité sur le terrain
- des
5000 toxicomanes que j'ai traités ou interrogés durant ces
20 dernières années, 95% m'ont déclaré qu'ils ne seraient
pas devenus héroïnomanes ou polytoxicomanes s'ils n'avaient,
un jour, rencontré le cannabis. Donc, le cannabis est bien
la porte d'entrée principale en toxicomanie pour les adolescents.
- Réduire
l'escalade aux drogues dures à une minorité de jeunes de
milieux défavorisés, c'est méconnaître que la toxicomanie
des jeunes s'est développé de 1960 à 1980, période du boom
économique sans chômage des jeunes, ignorer que les jeunes
des milieux aisés et du triangle d'or - Passy, Neuilly,
Auteuil, sont d'autant plus exposés à l'escalade qu'ils
ont un pouvoir d'achat plus grand et que les trafiquants
d'héroïne, cocaïne, LSD, etc le savent et sont présents
auprès de cette clientèle. Cette affirmation reprend tout
simplement les clichés misérabilistes d'une certaine presse
et de sociologues orientés. Plus
sérieux est la position de l'ex Premier Ministre de Suède
Ingvar Carlsson qui, dans un appel aux européens, déclarait
en 1995 " le risque d'escalade est trop grand pour que
nous le prenions ", énonçant ainsi un principe de précaution
cher aux écologistes quand il s'agit de la pollution de
l'air, de l'eau, du sol où des aliments et qu'ils oublient
curieusement quand il s'agit de la pollution du cerveau
des enfants.
Page
113 - Chapitre XI 5 d - Effets sur le système respiratoire
Le rapport reconnaît les risques cancérigènes
du cannabis. " En effet, les mêmes concentrations
de substances cancérigènes - phénol, nitrosamines, substances
polyaromatiques, etc) sont retrouvées dans la fumée provenant
des cigarettes ou des joints (rapport de la British medicale
association 97) ". Mais, les auteurs se croient obligés
d'ajouter in fine " néanmoins, il n'existe pas d'étude
épidémiologique démontrant que l'association cannabis/tabac
est un facteur de risque supérieur au tabac seul pour l'incidence
du cancer pulmonaire et l'insuffisance respiratoire chronique
".
Cette
affirmation omet deux évidences :
- L'absorption
de deux produits dangereux entraîne forcément un risque
plus grand qu'un produit seul
- L'usage
du cannabis ne s est banalisé que depuis 20 ans, donc nous
allons assister à l'augmentation des cancers du poumon,
chez les fumeurs de cannabis dans les 20 prochaines années.
Pages
119 - 120 Chapitre XI 5 e - cannabis et système immunitaire
Il est dit " les études effectuées sur cellules et in vivo
démontrent qu'à des doses largement supérieures à celles utilisées
à des fins récréatives, les cannabinoïdes perturbent le système
immunitaire "
- L'auteur
ne précise pas les doses utilisées à des fins récréatives.
- Il
semble ignorer que des dizaines de milliers de jeunes prennent
régulièrement 6 à 10 joints par jour ce qui dépasse largement
les doses récréatives auxquelles il fait référence.
- Encore
faut-il ajouter que les jeunes utilisent du cannabis à dosage
de plus en plus concentré en THC.
Pages
121 - 122 - Effets du cannabis sur les systèmes endocriniens
et les fonctions de reproduction.
On constate, alors que le rapport procède par affirmations
péremptoire quand il veut démontrer l'innocuité, en revanche
dés qu'il cite des travaux prouvant les effets nocifs du cannabis,
par exemple sur les organes et les fonctions de reproduction
tant chez l'homme que chez la femme, la multiplication des
réserves et précautions telles que " résultats à prendre
avec prudence " ou " demande d'études supplémentaires
", etc...
Pages
126 - Recommandations
Il est affirmé, dès le 1er paragraphe " le cannabis ne
possède aucune neurotoxicité telle qu'elle est définie au
chapitre III. De ce point de vue, le cannabis se différencie
complètement de 1'alcool, de la cocaïne et des psychostimulants
ainsi que de certains médicaments utilisés à des fins toxicomaniaques.
- Cette
affirmation est en contradiction avec les 19 pages consacrées
au cannabis ou il est dit
- Que
le cannabis est hydrophobe, que de ce fait il passe rapidement
dans la circulation générale et le cerveau, facteur de neurotoxicité
d'après le rapport lui-même.
- Qu'il
est lipophile et de ce fait est stocké dans les graisses
de l'organisme, facteur d'imprégnation lente.
- Que
du fait de sa demie vie longue, il a une élimination lente
- facteur d'imprégnation insidieuse de l'organisme de l'adolescent.
- Qu'il
entraîne des troubles comportementaux, des troubles mnésiques,
des troubles de l'apprentissage, qu'il est cancérigène.
- La lecture
du paragraphe III - pages 9 à 34- intitulé " Activation
des systèmes hédoniques, données récentes, les mécanismes
neurobiologiques " n'apporte aucune confirmation de cette
affirmation péremptoire.
A plusieurs
reprises, tout au long de ce paragraphe, le THC est cité au
même titre que les autres drogues ainsi page 113 " la plupart
des substances renforçantes y compris l'alcool et le THC pouffait
également agir par l'intermédiaire d'une augmentation des
opioïdes endogènes ". page 22 " l'utilisation chronique
de l'ensemble des drogues (héroïne, alcool, cocaïne, THC),
conduit comme le stress à une augmentation de libération de
CRF. Les glucocorticoïdes libérés activeraient la voie Da
mesolimbique en augmentant la synthèse de Da et altérant son
métabolisme et sa recapture. " Pages 22 et 23 " d'après
les données obtenues sur des modèles animaux, la concentration
intra cellulaire de CRF mesuré par microdyalise augmente dans
l'amygdale lors du sevrage à l'alcool et à l'héroïne et participe
sans doute aux effets anxiogènes. Un phénomène semblable a
été récemment décrit avec le THC ce qui a conduit a stigmatiser
le danger possible d'une extension de la consommation de cannabis
aux drogues dures telles que cocaïne et héroïne ".
Une seule
distinction est faite en page 112 où il est dit " il est
important de noter que les effets dépressifs, les troubles
obsessionnels compulsifs, les personnalités antisociales et
l'anxiété sont retrouvés avec une très forte incidence chez
les sujets dépendants à l'héroïne, à l'alcool et la cocaïne.
Il existe donc de très nombreux facteurs de vulnérabilité.
" Le cannabis n'est pas cité.
Or, la
connaissance clinique des jeunes utilisateurs réguliers de
cannabis montre les mêmes troubles du comportement ainsi que
nous l'avons déjà expliqué. D'autre part, ces troubles cités
comme facteurs de vulnérabilité ne sont, en fait, que la conséquence
de l'usage de ces drogues. La preuve en est qu'ils disparaissent
après sevrage et abstinence. Donc, la lecture du paragraphe
III ne confirme absolument pas l'affirmation qui exonère le
cannabis de neurotoxicité. On pourrait penser que le rédacteur
s'est trompé de paragraphe et qu'il a voulu faire référence
au paragraphe IV intitulé " neurotoxicité centrale des
substance à risque d'abus ".
Mais,
ce paragraphe traite exclusivement du MDMA. De même, on ne
peut se référer au paragraphe V intitulé " Usage des substance
psychoactives et troubles psychiques ". Tous les troubles
et critères énumérés peuvent être appliqués aux jeunes usagers
dé cannabis, par exemple; Critère d'abus d'une substance :
- Utilisation
répétée d'une substance conduisant à l'incapacité des obligations
majeures - à l'école, au travail
- Utilisation
répétée d'une substance dans des situations ou cela peut
être physiquement dangereux (par ex. lors de la conduite
d'une voiture)
- Problèmes
judiciaires répétés liés à l'utilisation d'une substance
- Utilisation
de la substance malgré des problèmes interpersonnels ou
sociaux - dispute avec le conjoint ou les parents à propos
des conséquences de l'intoxication, agressivité.
Au 2eme
paragraphe des recommandations, il est affirmé, " outre
leur neurotoxicité, ces substances induisent des altérations
comportementales très sévères et une dangerosité sociale dans
le cas de l'alcool et de l'héroïne qui ne sont jamais retrouvés
pour le cannabis ". Ces troubles ne sont pas retrouvés
chez les adultes utilisateurs ludiques qui ont la chance d'avoir
des cellules cérébrales résistantes aux effets du cannabis
- comme c'est le cas pour des centaines de milliers d'adultes
utilisateurs excessifs d'alcool - En revanche, ces troubles
sérieux du comportement existent chez de nombreux jeunes utilisateurs
de cannabis aux cellules cérébrales plus réceptives au cannabis.
Page 127 - autre affirmation qui suscite une correction "
Compte tenu de l'usage fréquent du cannabis dans la période
d'âge scolaire et bien que cet usage ne semble pas conduire
à des échecs scolaires plus nombreux ou à une perte de motivation,
il est souhaitable que la population scolarisée soit informé
e de ces effets particuliers du cannabis (altération temporaire
des fonctions mnésiques, défaut d'attention, somnolence) ".
Le souhait est louable mais nettement insuffisant. La mise
en garde doit être explicite car le danger est plus grand
et plus fréquent que ne semblent en avoir conscience les auteurs
du rapport. C'est l'usage du cannabis qui, à partir de la
4eme entraîne d'abord le redoublement de classe, puis la démotivation,
le désintérêt et la régression des résultats scolaires et
enfin l'auto éviction de l'institution, donc un avenir hypothéqué.
Toujours
page 127 - Après avoir dit qu'aucune étude épidémiologique
n'a été entreprise pour comparer les difficultés d'abandon
des monoconsommations de cannabis, d'alcool et de tabac',
le rapporteur affirme sans preuve que l'évolution de celle-ci
en fonction de l'âge démontre que le cannabis est le moins
addictif Une telle affirmation démontre seulement une méconnaissance
totale de l'évolution des jeunes utilisateurs de cannabis.
Pour avoir suivi des dizaine de milliers de jeunes de 13 à
18 ans depuis 22 ans, nous avons constaté le caractère très
addictif du cannabis ce qui en fait la drogue piège par excellence
des adolescents et la porte d'entrée en toxicomanie.
Page
128 Enfin, en conclusion, à propos de l'utilisation potentielle
du cannabis en thérapeutique, le rapport Roques, reprenant
un rapport d'experts de la British Medical Association en
1997 conclut " au caractère anecdotique des vertus thérapeutiques
du cannabis. Ce qui correspond à la réalité ". On peut
s'interroger alors sur les raisons qui l'ont conduit à consacrer
un quart de chapitre (pages 109/110, 123, 124, 125) aux effets
antiémétiques chez les cancéreux en chimiothérapie et aux
effets analgésiques chez les sidéens en phase terminale, et
l'intérêt que cela pouvait représenter pour l'étude de la
dangerosité du produit par ses effets psychotropes chez les
adolescents. Ou bien voulait-on ainsi justifier l'appellation
préétablie de " cannabis drogue douce ", ce que confirme la
dernière phrase des conclusions puisqu'après avoir cité l'avis
de la British Medical Association, l'auteur ne peut s'empêcher
d'ajouter une affirmation sans preuve maintes fois exprimée
déjà " les cannabinoïdes utilisés depuis très longtemps
par un nombre élevé de consommateurs n'ont pas donné lieu
à des effets toxiques majeurs et qu'ils se comportent comme
de remarquably safe drugs with a side effect profile superior
to many drugs used for the same indications " .
Combien
d'années encore, combien de générations sacrifiées faudra-t-il
pour faire comprendre à l'auteur et à ceux qui pensent comme
lui l'erreur grave qu'ils commettent en cherchant à exonérer
à tout prix le cannabis de sa nocivité au mépris des évidences
cliniques confirmées par les études scientifiques de ces dix
dernières années, dont le rapport de l'Académie de Médecine
en 1996 et son avis de Mai 1998, et le rapport de l'Académie
des sciences de mars 1997.
Lire aussi :
Le
contre-rapport Roques, signé par une dizaine de scientifiques
de renommée internationale.
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