|
SOMMAIRE
Informations
sur :
AMPHÉTAMINES
CANNABIS
COCAINE
ECSTASY
ERYTHROPOIÉTINE
HEROINE
LSD
MESCALINE
PHENCYCLIDINE
PSILOCYBINE
STEROIDES
ANABOLISANTS
GLOSSAIRE
GENERAL
Reproduit avec
l'aimable autorisation du Pr. Trouvé (Toxidop)
|
|
|
AMPHÉTAMINES
I Produits,
origines, propriétés générales
La famille des
amphétaminiques regroupe des composés ayant des propriétés stimulantes
sur le système nerveux et des propriétés anorexigènes. L'amphétamine
est une substance synthétique, de la classe des phénylisopropylamines,
dont l'une des voies de synthèse possible utilise l'ephédrine comme
point de départ.
Les amphétamines
ont été depuis leur découverte proposées dans de multiples affections,
parfois de façon paradoxale (schizophrénie, myasthénie, migraine,
urticaire, mal de mer, dysménorrhée, traitement de la dépendance
à la morphine...).
Aujourd'hui,
l'amphétamine elle-même n'est plus utilisée, mais des molécules
dérivées, présentant moins d'effets secondaires néfastes sont proposées
dans de rares indications. La narcolepsie, maladie rare au cours
de laquelle les malades s'endorment de façon incontrôlée est l'une
de ces indications, ainsi que l'asthénie physique et intellectuelle
(Ordinator).
Comme traitement
du "syndrome d'hyperactivité de l'enfant", le methylphénidate (Ritalin)
présente peu d'effet anorexigène mais corrige les troubles de l'attention
(1, 2). Les effets toxiques à long terme sont assez controversés
et continuent d'être étudiés (3, 4). Enfin, l'inhibition de l'appétit
reste l'indication majeure: des molécules coupant l'appétit et dénuées
d'effets stimulants ont été mises au point: la fenfluramine (Pondéral),
la dexfenfluramine (Isoméride). Ces médicaments ont été mis en cause
dans la survenue d'hypertension artérielle pulmonaire (5,6).
II
Historique
L'amphétamine
a été synthétisée en 1935 par un étudiant en chimie du nom de Gordon
Allès. Au cours de ses recherches, dont l'objectif était de traiter
les symptômes de l'asthme, il synthétisa la benzédrine. Vendue comme
décongestionnant nasal sous forme d'inhalateurs, la benzédrine a
été commercialisée librement aux États Unis pendant les années 40.
Rapidement, les effets stimulants de ce produit sont devenus populaires,
en particulier dans le milieu étudiant. Malgré les modifications
apportées dans la formulation de ce produit, les abus ont continué
jusqu'à son interdiction en 1959.
L'amphétamine
a été utilisée massivement par les pilotes allemands, américains,
anglais et japonais au cours la 2ème guerre mondiale. En 1948, 5%
des japonais entre 16 et 25 ans étaient intoxiqués par l'amphétamine.
L'abus de l'amphétamine a été spectaculaire au cours des années
1960 dans le milieu des hippies, qui mélangeaient amphétamine et
L.S.D. L'injection intraveineuse d’amphétamine est apparue à cette
époque.
III Propriétés
physiopharmacologiques
Chez l'homme,
une prise orale de 10 à 30 mg provoque un état d'éveil, une augmentation
de la confiance en soi et de la concentration, une sensation de
bien être.
La structure
des amphétamines présente de grandes analogies avec celle des catécholamines,
substances endogènes assurant la transmission entre les neurones.
Les amphétamines se substituent aux catécholamines, les déplacent
de leur site de stockage et provoquent leur libération. De plus,
elles inhibent leur dégradation, ce qui contribue à augmenter leur
taux dans la fente synaptique. Administrées de façon répétées, les
amphétamines entraînent une déplétion en catécholamines.
Enfin, elles
augmentent la libération de l'acétylcholine dans le cortex et stimulent
le système réticulaire activateur (7).
La fenfluramine
agit principalement sur les neurones sérotoninergiques en stimulant
la libération et interférant avec la recapture de sérotonine, elle
provoque l'anorexie par stimulation des centres de la satiété localisés
dans l'hypothalamus (8).
L'amphétamine
peut être avalée, injectée, sniffée ou fumée. Les voies orales ou
intraveineuses sont les plus utilisées. Les doses peuvent atteindre
des niveaux très élevés car une tolérance rapide s'installe après
plusieurs prises: les utilisateurs d'amphétamine peuvent s'en injecter
plusieurs grammes par jours (9).
L'injection
intraveineuse produit un "flash" ou "rush" intense très recherché
par le toxicomane, associé à des effets dévastateurs sur l'ensemble
de l'organisme et en particulier sur le système nerveux.
Les amphétamines
sont rapidement absorbées par voie digestive. Après une dose de
10 à 25 mg, un pic plasmatique apparaît après 1 à 2 heures. L'absorption
est complète après 4 à 6 heures.
Elle passe très
facilement la barrière hématoencéphalique et s'accumule au niveau
du cortex et du cerveau antérieur. Sa fixation aux protéines plasmatiques
est faible (22%).
La demi-vie
de l'amphétamine ou de la métamphétamine est d'environ 12 heures.
45% de la dose est éliminée inchangée dans les urines.
L'amphétamine est excrétée dans la salive où la concentration est
la même que dans le plasma. Le volume de distribution est relativement
grand (de 3 à 5 l/kg) (10) .
Les niveaux
tissulaires sont très difficiles à interpréter en raison de la tolérance:
les taux sanguins de méthamphétamine chez les personnes décédées
par intoxication amphétaminique varient de moins de 1mg/l à plus
de 14 mg/l. Comme pour la cocaïne, la mort peut survenir avec des
taux sanguins très faibles ou très élevés.
La drogue se
concentre dans le foie, le muscle squelettique et le lait maternel.
La demi-vie de l'amphétamine est plus longue chez le foetus que
chez la mère, et l'abus maternel d'amphétamine est associé à une
diminution du poids, de la taille, du diamètre crânien du nouveau-né,
ainsi qu'à des modifications du comportement de l'enfant (11)
IV Toxicologie
et effets adverses
Toxicité neurologique:
à dose élevée, les amphétamines induisent une psychose proche de
celle induite par la cocaïne, ne s'accompagnant pas d'un obscurcissement
de la conscience (12). Il s'agit d'une psychose ressemblant à la
schizophrénie paranoïde (les antischizophréniques en sont d'ailleurs
un traitement efficace) aboutissant parfois à des accidents mortels.
L'hallucination tactile est un phénomène caractéristique de la psychose
aux stimulants: les sujets se regardent la peau et se grattent,
persuadés qu'on y a introduit des poux ou des vers. Ce phénomène
est également observé chez les singes ayant reçu de l'amphétamine
ou de la cocaïne (13).
Toxicité cardiovasculaire:
la cardiotoxicité des amphétamines est due essentiellement au taux
élevé de catécholamines circulantes et ressemble à l'intoxication
cocaïnique: modification de l'ECG: (arythmies ventriculaires, troubles
de la repolarisation) et poussées hypertensives. Des cas d'infarctus
du myocarde sont décrits (14, 15).
Toxicité pulmonaire:
les artériopathies thromboemboliques sont les complications respiratoires
les plus fréquentes. Elles se rencontrent après injections intraveineuses
de tablettes de drogue broyées (16). Les éléments insolubles (amidon
de maïs, fibres de coton, cellulose) sont piégés dans la microcirculation
pulmonaire.
La consommation
chronique d'amphétamines par voie intraveineuse entraîne des fibroses
pulmonaires et des maladies pulmonaires obstructives pouvant être
mortelles.
Les dérivés
amphétaminiques anorexigènes sont soupçonnés d'induire, même à dose
thérapeutique, hypertension artérielle pulmonaire et dépression
respiratoire.
Toxicité rénale:
des cas d'insuffisance rénale aiguë ont été rapportés (17). La présence
de ces substances dans le sang produit des modifications du métabolisme
et du transfert de fluides.
Tolérance et
sevrage: l'intoxication chronique par de fortes doses d'amphétamines
engendre des troubles hallucinatoires surtout auditifs, de l'agitation,
des insomnies, de l'anorexie avec perte de poids, et surtout des
complications psychiatriques avec recherche et consommation de drogue.
Une tolérance très marquée se développe rapidement (18), puisque
des prises de doses allant jusqu'à 1,7 g peuvent ne pas être accompagnées
d'accidents aigus graves. Les symptômes de sevrage à la suite d'intoxication
chronique par les amphétamines se traduisent par une dépression
avec tendance au suicide, une anxiété et des insomnies sévères (19).
Ces symptômes, illustrés par des modifications de l'EEG ne se normalisent
qu'après 2 mois d'abstinence.
Il a été montré
chez l’animal que l’administration conjointe d’un modulateur calcique
(Flunarizine) et d’atropine permet de contrôler les effets de l’administration
d’une dose létale d’amphétamine (20).
V Considérations
générales
L'utilisation
par voie intraveineuse chez les toxicomanes est associée à des infections
bactériennes et virales. La mort par surdose est relativement rare
en raison de la tolérance.
La consommation
simultanée d'autres drogues, dont l'alcool, peut avoir des conséquences
tragiques. Certains morphinomanes se servent d'amphétamines pour
intensifier l'effet de la morphine. Des alcooliques et des barbituromanes
les utilisent pour combattre leur dépression.
L'amphétamine
est également utilisée sous forme de comprimés dans les boites de
nuit, dans les mêmes conditions que la MDMA (ecstasy), amphétaminique
de synthèse aux propriétés stimulantes et hallucinogènes (voir la
fiche sur l’ecstasy). Au cours des "rave parties", les conditions
de prise d'amphétaminiques peuvent intensifier dramatiquement leurs
effets délétères, en particulier l'effet hyperthermique (21). De
plus, le nombre d'accidents de la route lié à l'usage de ces produits
est en constante progression.
Pour toute observation
ou question concernant ce texte ou l’amphétamine, envoyez un message
électronique à l’adresse suivante : toxidop@ibt.univ-angers.fr
VI Conclusion
L'amphétamine
et ses dérivés sont caractérisés par leur considérable pouvoir toxicomanogène.
La plupart des
médicaments apparentés aux amphétamines présentent des risques non
négligeables d'induction de tolérance et dépendance. La réglementation
actuelle restreint considérablement leur emploi.
La consommation
chronique d'amphétamine à forte dose peut être extrêmement destructrice.
Elle fait entrer le toxicomane dans un cycle d'excitation maniaque
suivie de dépression intense, associé à de nombreux accidents médicaux
et psychiatriques.
M. SITBON
VII
Bibliographie
- Buncher
PC., Attention-deficit/hyperactivity disorder: a diagnosis for
the '90s. Nurse Practitioner, 21(6):43-6, 52, 54 passim; quiz
63-5, 1996.
- Scahill
L. Lynch K., The use of methylphenidate in children with attention-deficit
hyperactivity disorder. Journal of Child & Adolescent Psychiatric
Nursing. 7(4):44-7, 1994 Oct-Dec.
- Dunnick JK.
Hailey JR., Experimental studies on the long-term effects of methylphenidate
hydrochloride. Toxicology, 103(2):77-84, 1995.
- Roberts
SM. Harbison RD. Roth L. James RC., Methylphenidate-induced hepatotoxicity
in mice and its potentiation by beta-adrenergic agonist drugs.
Life Sci., 55(4):269-81, 1994.
- Ferrari E.
Drai E. Jourdan J. Sanchez B. Baudouy M. Morand P., Severe pulmonary
hypertension complicating a long treatment with dexfenfluramine.
Arch. Malad. Coeur Vais., 87(2):285-6, 1994.
- Pouwels
H., Smeets J., Cheriex E., Pulmonary hypertension and fenfluramine
Eur. Respir. J., :606-607, 1990.
- Seiden LS.,
Sabol KE., Ricaurte GA., Amphetamine: effects on catecholamine
systems and behavior Ann. Rev. Pharm. and Tox., 33:639-677, 1993.
- Samanin
R., Garattini S., Neurochemical mechanism of action of anorectic
drugs Pharmacol. and Toxicol., 73(2)63-8, 1993.
- Baberg HT.
Nelesen RA. Dimsdale JE., Amphetamine use: return of an old scourge
in a consultation psychiatry setting. Am. J. Psychiatry, 153(6):789-93,
1996 Jun.
- Cook CE.
Jeffcoat AR. Hill JM. Pugh DE. Patetta PK. Sadler BM. White WR.
Perez-Reyes M., Pharmacokinetics of methamphetamine self-administered
to human subjects by smoking S-(+)-methamphetamine hydrochloride.
Drug Metabolism & Disposition, 21(4):717-23, 1993.
- Middaugh
LD., Prenatal amphetamine effects on behavior: possible mediation
by brain monoamines. Ann. New York Acad.Sci., 562:308-18, 1989.
- Flaum M.
Schultz SK., When does amphetamine-induced psychosis become schizophrenia?
Am. J. Psychiatry, 153(6):812-5, 1996.
- Ricaurte
GA., McCann UD., Neurotoxic amphetamine analogs: effects in monkeys
and implications for humans Ann. New York Acad.Sci., 648:371-382,
1992.
- Huang CN.
Wu DJ. Chen KS., Acute myocardial infarction caused by transnasal
inhalation of amphetamine. Jap. Heart J., 34(6):815-8, 1993.
- Ragland
AS. Ismail Y. Arsura EL., Myocardial infarction after amphetamine
use. Am. Heart J., 125(1):247-9, 1993.
- Lewman LV.,
Fatal pulmonary hypertension from intravenous injection of methylphenidate
(Ritalin) tablets. Hum. Pathol., 3(1):67-70, 1972.
- Bakir AA.
Dunea G., Drugs of abuse and renal disease. [Review] [46 refs]
Current Opinion in Nephrology & Hypertension, 5(2):122-6, 1996
Mar.
- Brauer LH.
Ambre J. De Wit H., Acute tolerance to subjective but not cardiovascular
effects of d-amphetamine in normal, healthy men. J. Clin. Psychopharm.,
16(1):72-6, 1996 Feb.
- Lago JA.
Kosten TR., Stimulant withdrawal Addiction, 89(11):1477-81, 1994.
- Trouvé R.,
Kypson A., Sitbon M., Latour C. et Nahas G., Intoxication grave
par amphétamine: une nouvelle approche. J. Tox. Clin. Exp.,9 (3),
p.210,1989.
- Callaway
CW. Clark R.F., Hyperthermia in psychostimulant overdose Ann.Emerg.
Med., 24(1):68-76, 1994.
|