|
SOMMAIRE
Informations
sur :
AMPHÉTAMINES
CANNABIS
COCAINE
ECSTASY
ERYTHROPOIÉTINE
HEROINE
LSD
MESCALINE
PHENCYCLIDINE
PSILOCYBINE
STEROIDES
ANABOLISANTS
GLOSSAIRE
GENERAL
|
|
|
CANNABIS
I Produits,
origines, propriétés générales
Le cannabis
(cannabis sativa) est une plante que les botanistes considèrent
comme appartenant à une espèce non stabilisée. Elle est cultivée
afin de satisfaire à deux usages : production de fibres (de chanvre)
ou production de substance stupéfiante (cannabis, haschich, marijuana).
L'espèce à drogue contient un produit psychoactif : le delta-9-tétrahydrocannabinol
(D-9-THC (ou THC)) en une proportion d'au moins 1 à 2%. La variété
dite « à fibres » contient moins de 0,3% de D-9-THC.
Le chanvre
pousse également à l'état sauvage dans certaines parties du monde.
Sa culture est possible dans toutes les régions chaudes ou tempérées,
encore que l'absence d'une certaine intensité de chaleur et de lumière
soit préjudiciable à la concentration en produit psychoactif de
la variété à drogue. Les techniques modernes permettent la culture
en serre voire en appartement. Des sélections et manipulations génétiques
récentes ont permis d'obtenir des variétés très enrichies en produit
psychoactif (de 20 à 40% de D-9-THC, en Hollande).
Le cannabis
peut être préparé et utilisé sous diverses formes :
- Cannabis : plante, surtout feuilles
- Haschich : résine et sommités fleuries
- Kif : résine, feuilles et fleurs
- Marijuana
: feuilles et sommités fleuries
- Bhang : feuilles mûres séchées
les appellations
et habitudes variant selon les pays, ainsi que les concentrations
en substance psychoactive (D-9-THC), les feuilles en contenant de
2 à 8%, la résine de 6 à 40% et l'huile plus de 60%.
En ce qui concerne
la variété « à drogue », son usage, son trafic et sa production
sont interdits en France selon la loi 70-1320, modifiée par le nouveau
code de procédure pénale de 1994. Au plan international, le cannabis
fait partie de la liste des substances illicites définies par la
convention de l'ONU de 1961 et la convention de Vienne de 1971.
Toutefois, les semences correspondantes qui ne contiennent pas de
THC ne sont pas considérées comme stupéfiants. Le vide juridique
qui contribue à la diffusion prosélyte du cannabis rend nécessaire
la mise en place d'un système de contrôle spécifique des semences
aux niveaux national, international et européen.
II Historique
Les premières
utilisations décrites de la plante sont d'origine chinoise, il y
a plus de 5000 ans. Son utilisation s'est ensuite répandue à l'Inde,
au Moyen Orient, puis à l'Afrique. L'Egypte connut une importante
consommation correspondant à une longue période de déclin. Les effets
du cannabis et de ses dérivés impressionnèrent beaucoup Napoléon
Bonaparte lors de la campagne d'Egypte, qui dès lors interdit à
ses troupes la consommation de la substance. Le monde occidental
pris contact avec le cannabis vers 1840, lorsque Moreau de Tours
en décrivit assez précisément les effets. Baudelaire et Gautier
rapportèrent, à la même époque, le récit de leurs expériences au
sein du cercle des haschichins. Le produit apparut aux Etats Unis
en provenance du Mexique vers 1910, et fut interdit par le Marijuana
Tax Act de 1937. La relance de sa consommation eut lieu dans les
années 60.
Cette consommation
s'est ensuite graduellement généralisée à toute la planète depuis
1970, du fait notamment de l'application par certains pays de régimes
de tolérance qui vont au-delà de la législation déjà moins restrictive
à l'égard du cannabis que pour d'autres substances stupéfiantes.
III Propriétés
physiopharmacologiques
Le cannabis
contient plusieurs centaines de molécules identifiées. Parmi les
molécules ayant une activité biologique, l'on distingue le D-9-THC
composé psychoactif principal (1), le D-8-THC, composé psychoactif
très secondaire, le cannabidiol (CBD), le cannabinol (CBN) et les
cannabigerol, cannabicyclol et cannabichromène, ces derniers étant
très peu actifs (2).
Le D-9-THC est
à la fois un psychostimulant et un psychodépresseur dont les effets
se rapprochent de ceux des hallucinogènes (3).Il
perturbe le fonctionnement du système nerveux central en provoquant
une ébriété, en détériorant la vigilance, la mémorisation, les capacités
psychomotrices, et la perception du temps (4,5). Il présente des
interactions avec d'autres produits tels que les amphétamines, l'alcool,
les barbituriques et les opiacés.
C'est une substance
très lipophile, qui se stocke dans les graisses (6). Sa demi-vie
moyenne est de 96 heures (4 jours), ce qui signifie qu'une utilisation
périodique à une semaine d'intervalle aboutit à une accumulation
de la substance. Il faut plus d'un mois pour éliminer complètement
de l'organisme toute trace de substance après une seule utilisation.
Elle peut être rapidement libérée des graisses en cas de stress.
La biodisponibilité par inhalation (fumée) est de 20% et de 5 à
6% par ingestion (solide ou liquide).
Le D-9-THC
entraîne tolérance et dépendance comme l'ont prouvé divers travaux
récents. Aceto (7) a démontré chez l'animal la possibilité de provoquer
un syndrome de sevrage avec des signes physiques importants. Ce
syndrome masqué par la très longue demi-vie de la substance, montre
l'inadéquation de certains points de vue considérant la dépendance
au D-9-THC comme étant uniquement psychique, ce qui de toute façon
n'a plus de sens en physiopharmacologie moderne.
Le D-9-THC
agit dans l'organisme en se fixant sur des récepteurs (8) baptisés
CB1 et CB2 dont le ligand naturel est l'anandamide (9).
Il a été montré
que le D-9-THC produit le même effet que l'héroïne sur la transmission
dopamine-dépendante dans une structure cérébrale nommée nucleus
accumbens. Cet effet peut être inhibé par un antagoniste du D-9-THC
mais également par un antagoniste aux opiacés (naloxone) (10). De
même, le taux de corticolibérine, une hormone impliquée dans la
médiation du "mal être" et des conséquences affectives négatives
suivant un sevrage de la cocaïne, des opiacés ou de l'alcool, est
également augmenté suite à un sevrage d'un analogue synthétique
du D-9-THC provoqué par administration d'un antagoniste du THC (11).
Ceci ne permet pas à coup sûr de dire que la consommation de THC
peut entraîner une adaption neurohormonale dont la conséquence serait
une vulnérabilité du consommateur de cannabis vis à vis d'autres
substances toxicomanogènes, mais permet de renforcer le doute quant
à la supposée innocuité de la consommation de cannabis (12).
IV Toxicologie
et effets adverses
La toxicité
aiguë était considérée jusqu'à maintenant comme faible, toutefois
il semble que la disponibilité de produits à haute teneur en D-9-THC,
suite aux sélections génétiques, entraîne désormais des cas de psychoses
aiguës graves (paranoïa) dont certaines apparaissent difficilement
réversibles (13,14).
- Le D-9-THC
entraîne tachycardie et toxicité cardiaque, mais cette dernière
n'est observée qu'à dose élevée (15,16), sa toxicité pulmonaire
est très supérieure à celle du tabac (17),
- il perturbe
les débits sanguins et l'utilisation du glucose dans certaines
zones cérébrales (18),
- il déprime
le système immunitaire, amoindrissant les défenses de l'organisme
(19),
- il favorise
l'apparition de certains types de cancers, de la langue, de la
mâchoire et du poumon rarement rencontrés chez les sujets jeunes
(20),
- il exerce
sa toxicité sur le système de reproduction en altérant la forme
et le nombre de spermatozoïdes chez l'homme et en provoquant des
variations des taux d'hormones sexuelles, entraînant une perturbation
des cycles menstruels chez la femme (21,22),
- il est foetotoxique
et comme d'autres composés du cannabis, il traverse la barrière
foetoplacentaire, son usage pendant la grossesse entraîne généralement
un poids corporel des nouveaux nés inférieur à la moyenne, sa
foetotoxicité pourrait d'ailleurs être beaucoup plus grave que
soupçonnée jusqu'à maintenant (23,24),
- des actions
sur le fonctionnement du génome ont été décrites, leurs conséquences
potentielles pourraient être graves mais restent difficiles à
apprécier au vu des connaissances actuelles.
V Considérations
générales
La toxicité
et les types de risques encourus à la consommation du cannabis sont
d'autant plus élevés que les doses absorbées sont importantes et
fréquentes. La consommation régulière de cannabis n'entraîne pas
obligatoirement le passage vers la consommation de drogues plus
dangereuses, mais c'est un facteur favorisant dont il faut tenir
compte, particulièrement chez les adolescents.
Le D-9-THC
freine l'activité du système sympathique (25) et peut être à ce
titre considéré comme un dopant en médecine sportive, comparable
par exemple à certains bêtabloquants ou à certaines benzodiazépines.
Au même titre et en considérant en plus tous les effets connus de
la substance, dont l'ébriété et la distorsion spatio-temporelle,
la consommation de cannabis peut rendre inapte à certaines tâches
: conduite automobile ou d'autres véhicules ou machines nécessitant
une attention soutenue (26,27,28).
Le point de
vue exprimé dans cette fiche est conservateur en ce sens qu'il s'appuie
sur des faits scientifiques et médicaux établis et référencés. Les
actions pharmacologiques ou toxiques décrites récemment, non vérifiées
dans au moins deux expérimentations différentes, ont été laissées
au conditionnel et feront l'objet de futures mises à jour. Pour
toute observation ou question concernant ce texte ou le cannabis,
envoyez un message électronique à l'adresse suivante : toxidop@ibt.univ-angers.fr
VI Conclusion
La consommation
de cannabis entraîne tolérance et dépendance, et peut avoir pour
conséquences en fonction des doses consommées et fréquences de consommation,
la simple ébriété passagère, le déclenchement d'une psychose aiguë,
ou le passage à une consommation régulière (toxicomanie) avec à
terme tous les risques encourus décrits ci-dessus.
R. TROUVÉ
VII Bibliographie
- Gaoni Y.,
Mechoulam R., Isolation, structure and partial synthesis of an
active component of hashish. J. Amer. Chem. Soc., 86 ; 1646-1647,
1964.
- Turner C.E.,
Hadley K., Constituents of cannabis sativa L. 11 : absence of
cannabidiol in an african variant. J. Pharm. Sci., 63 (2) 251,
1973.
- Isbell H.,
Gorodetsky G.W., Jasinski D., Claussen U., Spulak F., Korte F.,
Effects of (-) delta 9 trans-tetrahydrocannabinol in man. Psycho-pharmacologia,
11 ; 184-188, 1967.
- Moreau J.,
Du hashish et de l'aliénation mentale, 1845.
- Schwartz
R.H., Gruenewald PJ, Klitzner M. et al, Short-term memory impairment
in cannabis-dependent adolescents. Am. J Dis Child., 143 : 1214-19,
1989.
- Lemberger
L., Silberstein S.D., Axelrod J., Kopin I.J., Marihuana : studies
on the disposition and metabolism of delta-9-tetrahydrocannabinol
in man, Science, 170 ; 1320-1322, 1970.
- Aceto M.D.,
Scates S.M., Lowe J.A., Martin B.R., Dependence on D-9-tetrahydrocannabinol
: studies on precipitated and abrupt withdrawal. J.P.E.T., 278
: 1290-1295, 1996.
- Devane W.A.,
Dysarz F.A., III, Jonhson M.R., Melvin L.S., Howlett A.C., Mol.
Pharmacol., 34, 605-613, 1988.
- Devane W.A.
et al, Science 258, 1946-1949, 1992.
- Tanda G.,
Pontieri E., Di Chiara G., Cannabinoid and heroin activation of
mesolimbic dopamine transmission by a common mu1 opioid receptor
mechanism. Science 276, 2048-2050, 1997.
- De Fonseca
F.R., Carrera M.R., Navarro M, Koob G., Weiss F. Activation of
corticotropin-releasing factor in the limbic system during cannabinoid
withdrawal. Science 276, 2050-2054, 1997.
- Wickelgren
I. Marijuana : Harder than though ? Science 276, 1967-1968, 1997
- Negrete J.,
Cannabis and schizophrenia, Br J. Addiction, 34, 349-351.
- Andreasson
S., Allebeck P., Engstrom A. et al, Cannabis and schizophrenia
; a longitudinal study of swedish conscripts. The Lancet, 2 :
1483-85, 1987.
- Jonhson S.,
Domino E.F., Some cardiovascular effects of marihuana smoking
in normal volunteers, Clin. Pharmacol. Ther., 12 ; 762-786, 1971.
- Trouvé R.,
Nahas G., Latour C., Effects and interactions of natural cannabinoids
on the isolated heart. In "Marihuana" 84. Proceedings of the Oxford
Symposium on Cannabis, 347-357, August 1984. Edited by D.H. Harvey,
IRL Press.
- Taylor F.M.,
Marijuana as a potential respiratory tract carcinogen : A retrospective
analysis of a community hospital population. Southern Med J.,
81 : 1213-1216, 1988.
- Wolkow N.D.,
Gillepsi H., Mullani N. et al, Use of positron emission tomography
to investigate the action of marihuana in the human brain. In
"First International Colloquium on Illicit Drugs". Advances in
the Biosciences, Nahas G. and Latour C. ed. Oxford : Pergamon
Press, 3-11, 1991.
- Hollister
L.E., Marijuana and Immunity. J. of Psychoactive Drugs, Vol 24
(2), 159-164, Apr-Jun. 1992.
- Donald P.J.,
Marijuana and upper aerodigestive tract malignancy in young patients.
In "First International Colloquium on Illicit Drugs". Advances
in the Biosciences, Nahas GG and Latour C., ed, Oxford : Pergamon
Press, 39-54, 1991.
- Kolodny R.C.,
Masters W.H., Kolodner A.B. Toro G., Depression of plasma testosterone
levels after chronic intensive marihuana use. N.E.J.M., 290, 872-874,
1974.
- Hembree
W.C., Zeidenberg P., Nahas G.G., Marihuana effects upon human
gonadal function in Marihuana : Chemistry, Biochemistry and Cellular
Effects, G.G. Nahas, W.D.M. Paton and J. Idanpaan-Heikkila (eds),
Springer-Verlag, New York.
- Zuckerman
B., Frank D.A, Hingson R. et al, Effects of maternal marihuana
and cocaine use on fetal growth. New Engl J Med, 762-768, 1989.
- Fried P.A.,
Watkinson B., 36 and 48 month neurobehavioral follow up of children
prenatally exposed to marihuana cigarettes and alcohol. Developmental
and Behavioral Pediatrics, 11 ; 49-58, 1990.
- Ishac E.J.N.,
Jiang L., Lake K.D., Varga K., Abood M.E., Kunos G., Inhibition
of exocytotic noradrenaline release by presynaptic cannabinoid
CB1 receptors on peripheral sympathetic nerves. Br. J. Pharmacol.,
118, 2023-2028, 1996.
- Zimmerman
E.G., Yeager E.P., Soares J.R. et al, Measurement of D-9-tetrahydrocannabinol
(THC) in whole blood samples from impaired drivers. J. Forensic
Sci, 28 ; 957-962, 1983.
- Williams
A.G., Peat M.A., Crouch D.J. et al, Drugs in fatally injured young
male drivers. Public Health Rep, 100 ; 19-25, 1985.
- Leirer V.O,
Yesavage J.A, Marihuana cary-over effects on aircraft pilot performance.
Aviation, Space & Environmental Medicine, 62 : 221-227, 1991.
|