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SOMMAIRE
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sur :
AMPHÉTAMINES
CANNABIS
COCAINE
ECSTASY
ERYTHROPOIÉTINE
HEROINE
LSD
MESCALINE
PHENCYCLIDINE
PSILOCYBINE
STEROIDES
ANABOLISANTS
GLOSSAIRE
GENERAL
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COCAÏNE
- I Produits,
Origine, propriétés générales
- II Historique
- III Propriétés
pharmacologiques
- IV Propriétés
toxicologiques et effets adverses
- V Considérations
générales
- VI Conclusion
- VII Bibliographie
I Produits,
Origine, propriétés générales
La cocaïne est
un alcaloïde extrait de la feuille de l'arbre à coca. Il existe
au moins quatre espèces d'arbres à coca dont le plus commun est
Erythroxylum Coca Lam (1). Ces arbres (il serait plus juste de parler
d'arbustes de 1 m à 1,50 m) sont rencontrés partout le long de la
Cordillière des Andes, avec une prédominance en Colombie et au Pérou,
mais également au Brésil dans la vallée de l'Amazonie.
La feuille
vert foncé de ces arbustes contient des alcaloïdes (de 0,5 à 3%)
dont l'un est la cocaïne ; chez certaines espèces la cocaïne est
donc fort peu concentrée. Bien que poussant à l'état sauvage, l'arbre
à coca est cultivé, généralement entre 500 et 1500 m d'altitude
en climat humide. Certaines espèces acceptent la sécheresse. Il
semblerait que la culture soit également pratiquée à Java, à Ceylan,
en Inde, à Taiwan et en Indonésie. L'une des espèces sert à aromatiser
une boisson bien connue. La récolte des feuilles a lieu 2, 3 ou
4 fois par an et produit de 1 à 3 tonnes par hectare et ce, pendant
10 à 20 ans par plantation.
La cocaïne est
extraite de la feuille en trois étapes. La première a lieu sur le
site de production. Les feuilles hachées sont mises à macérer dans
l'eau et une base forte. Un solvant organique est ajouté (essence,
acétone, kérosène). Les feuilles sont retirées et de l'acide sulfurique
est ajouté, permettant la dissolution des alcaloïdes dans la phase
aqueuse. Le solvant organique est éliminé et la solution est alcalinisée
entraînant la précipitation des alcaloïdes. Cela donne une forme
de cocaïne connue sous le nom de "pâte à coca" (mélange de nombreux
alcaloïdes). De là, la pâte peut être traitée pour obtenir de la
"cocaïne base" ou de la cocaïne cristalline (chlorhydrate de cocaïne)
(poudre blanche) (2). La pâte peut contenir de 1 à 40% d'impuretés.
La pureté de la cocaïne saisie varie de 60 à 90%. Il est possible
de synthétiser la cocaïne, mais cela demande des moyens importants.
La cocaïne
peut être administrée par mastication des feuilles (habitude séculaire),
mais cette façon de procéder aboutit à des taux sanguins faibles
(3). Le chlorhydrate est sniffé, avec des quantités absorbées qui
peuvent être de l'ordre du gramme. Elle est utilisée comme anesthésique
de surface dans certaines chirurgies. Certains toxicomanes se l'injecte
par voie intraveineuse. L'application sur les muqueuses (anales,
vaginales) est également une bonne voie d'absorption, ce qui n'est
pas vrai pour l'application cutanée.
La cocaïne
peut être fumée, l'inhalation étant une méthode d'administration
pour laquelle les pics de concentration plasmatique atteints sont
comparables à ceux obtenus par voie intraveineuse. La pâte est fumée,
mais l'utilisation de crack (chlorhydrate de cocaïne précipité à
chaud en présence de bicarbonate de soude) est plus populaire (4).
Le nom de crack (caillou) vient du bruit produit par le précipité
(petits agrégats solides) lorsqu'il est chauffé pour être inhalé.
L'absorption intestinale de la substance étant bonne, le risque
pris par les trafiquants ingérant des boulettes (body packers) est
considérable (5). Bien évidemment la substance passe la barrière
foeto-placentaire de la mère vers son foetus.
La cocaïne est
un anesthésique, une substance diminuant la faim (machée) mais aussi
sous ses diverses formes l'une des pires substances toxicomanogènes
existantes, largement consommée dans certains pays.
Comme pour
d'autres substances, son trafic, sa détention et son usage sont
interdits par la loi 70-1320, modifiée par le nouveau code de procédure
pénale de 1994.
Elle figure
sur la liste couverte par la Convention des Stupéfiants de l'ONU
de 1961 et de Vienne (1971).
II Historique
L'arbre à coca
est principalement localisé en Amérique du Sud, mais de la cocaïne
a été retrouvée dans des momies égyptiennes agées de plus de 3 000
ans. Le premier contact "moderne" avec la plante et les habitudes
millénaires de mastications des indiens, date de la conquête des
espagnols dans les années 1500. Ils furent surpris du fait que les
indiens consommaient peu de nourriture et firent la relation avec
ces habitudes masticatoires (Monardes) (6). Pendant longtemps, personne
ne s'intéressa vraiment à la coca, puis Hooker en 1835 publia un
article contenant une traduction d'un livre de Poeppig dans lequel
ce dernier comparait les masticateurs de feuilles aux utilisateurs
d'opium et mettait en garde contre l'usage de coca. Ceci fut confirmé
par Von Tschudi (7), et celui-ci initia le processus qui devait
mener à l'isolement de la cocaïne par Niemann en 1860 (8). Pendant
douze ans le produit sombra dans l'oubli jusqu'à ce qu'un article
du Lancet décrive des propriétés "stimulantes et narcotiques". Le
produit fut utilisé pour créer des boissons stimulantes: le vin
Mariani par exemple (9). Parke Davis vendit un extrait semi-purifié
en 1880 et beaucoup de firmes pharmaceutiques l'utilisèrent comme
additif à nombre préparations.
En 1884, Freud
publia son fameux article sur la cocaïne "Über Coca" (10). Köller
découvrit ses propriétés anesthésiques locales (11) (1884). La substance
fut recommandée pour traiter la dépendance à la morphine (préparation
"Theriaki"). Un an après, les premiers cas d'effets toxiques furent
publiés et cela s'amplifia jusqu'au début des années 1900. Le premier
article décrivant la modification des myocytes fut publié en 1888
(12). Les techniques de détection furent mises au point en 1887.
Bien que Freud signala par la suite que la cocaïne n'était certainement
pas la "substance merveilleuse" qu'il avait cru pouvoir recommander,
il fut vivement critiqué (13), de nombreux décès survinrent suite
à la consommation de produit pur (poudre), que les personnes dépendantes
préfèraient aux préparations du commerce.
De 1925 à 1975,
peu de choses furent rapportées. Les USA avait par deux fois mis
des restrictions (Pure food act 1906 et Harrison Narcotic Act de
1914) mais l'utilisation fut réellement freinée par l'apparition
d'une autre catégorie de substances toxicomanogènes : les amphétamines.
Depuis 1977, le trafic, l'utilisation et les décès dus à l'utilisation
de cocaïne sont en augmentation constante (14).
III Propriétés
pharmacologiques
La cocaïne est
classée parmi les sympathomimétiques indirects c'est à dire les
substances capables d'activer jusqu'à un certain point ou de reproduire
les signes d'activation du système sympathique.
La cocaïne
a une demi-vie assez courte et est assez rapidement éliminée de
la circulation. La demi-vie est de l'ordre de 40 minutes (la littérature
donne une fourchette de 18 à 190 minutes) (15). La clairance d'élimination
est d'environ 2 l/min pour un volume de distribution de 132 l (2
l/kg). Les estérases hépatiques et pseudocholinestérases plasmatiques
dégradent la cocaïne.En l'absence d'alcool, ses métabolites principaux
sont la benzoylecgonine(BEG) et l'ecgonine methyl ester (EME). Les
demi-vies de ces substances sont plus longues (6 h et 4 h) ce qui
rend la détection de l'utilisation de la substance encore possible
après 24 h (16). En présence d'alcool se forme un dérivé particulier,
toxique, le cocaéthylène(17).
C'est un psychostimulant
majeur, elle excite le système nerveux central, particulièrement
les centres nerveux psychiques et sensoriels ; elle excite les centres
bulbaires. Elle peut entraîner des convulsions. C'est un anesthésique
local qui insensibilise les terminaisons nerveuses, muqueuses et
cutanées ; elle coupe aussi la conduction dans les troncs nerveux.
La cocaïne a également un effet anorexigène.
Elle inhibe
le recaptage des catécholamines, deplétant leurs stocks, principalement
au niveau nerveux. Elle potentialise leurs effets et inhibe les
effets d'autres sympathomimétiques indirects (amphétamine, éphédrine).
Elle provoque tachycardie (suivie de bradycardie chez l'animal),
hypertension, vasoconstriction intense et mydriase. La libération
de norepinéphrine provenant des fuites synaptiques dues à l'inhibition
de recaptage ne peut expliquer plus de 3% du taux circulant de cette
hormone sous imprégnation cocainique. L'élévation du taux de catécholamines
circulantes, sous cocaïne à une autre source : la surrénale. Les
effets de la cocaïne miment certains effets de l'angiotensine II,
hormone qui médie ceux de la cocaïne (hypertension, vasoconstriction,
abolition du baroréflexe) (18).
Les propriétés
vasculaires et nerveuses de la cocaïne (hors effets anesthésiques)
sont bloquées par certains inhibiteurs calciques, les inhibiteurs
d'enzyme de conversion (de l'angiotensine I en angiotensine II,
kininase 2) et par certains antagonistes des récepteurs à l'angiotensine
(19).
De nombreux
dérivés synthétiques sont utilisés médicalement comme anesthésiques
de surface et de conduction (lidocaïne, procaïne, etc...).
C'est une substance
entrainant une forte dépendance (dépendance dont l'établissement
est associé à la forme consommée et au mode de consommation. Elle
produit des signes de sevrages moins intenses que ceux produits
par les opiacés, mais une dépression et des signes d'irritabilité
peuvent s'installer.
La cocaïne est
lipophile et traverse facilement la barrière hématoencéphalique.
Elle se fixe sur de nombreux sites (récepteurs ?) dans le système
nerveux central, mais aussi dans le coeur, dans le foie, les reins,
les surrénales (20, 21). Elle passe également dans le lait des mères
allaitantes. Il a été décrit une fixation directe sur les récepteurs
à la dopamine.
IV Propriétés
toxicologiques et effets adverses
Les effets toxiques
sont principalement liés à la dérégulation du fonctionnement du
système sympathique. Il a été dit et écrit, et cela se produit encore
régulièrement(22), que les effets toxiques de la cocaïne étaient
dus à la perturbation du métabolisme des catécholamines. Ceci n'est
que très partiellement vrai, le système rénine-angiotensine étant
également perturbé de façon majeure. Il vaut donc mieux appréhender
la toxicité de la cocaïne de façon globale par une dérégulation
générale du système sympathique, ou de systèmes interférant avec
ce dernier.
La cocaïne
provoque des ischémies généralisées, entraînant convulsions et infarctus
du myocarde, des hypertensions massives favorisant la survenue de
défaillances cardiovasculaires. Au niveau tissulaire des nécroses
sont retrouvés ainsi que des signes de surcharge cellulaire en calcium
(23, 24). Les décès peuvent survenir en quelques minutes. Quelquefois,
un oedème pulmonaire est associé. Des hypertrophies ventriculaires
gauches sont courantes, ainsi que des lésions des valvules et vaisseaux.
Il est couramment observé les atteintes suivantes :
- des crises
épileptiques, convulsions, agitations avec délire, syndrome neuroleptique
malin (25),
- désordres
neurologiques et psychiatriques (paranoïa) (26),
- attaques
cérébrales, hémorragies cérébrales (27),
- des sclérodermies
(28),
- des atteintes
pulmonaires, infections, inflammations, atteintes vasculaires,
bronchiolites, barotraumas (29),
- atteintes
du parenchyme, atteintes gastrointestinales (ischémiques) (30),
- atteintes
hépatiques (nécroses) (31),
- atteintes
rénales (infarctus, nécroses) (32),
- atteintes
sanguines (effets plaquettaires), altérations hormonales (33),
- atteintes
immunitaires, certainement d'origine centrale (34).
D'autres signes
existent :
- perforation
du septum nasal (sniffage entraînant la nécrose de la cloison)
(35),
- trace des
injections (dues aux contaminants comme pour l'héroïne),
- kératites
(dues au fait que l'anesthésie de la cornée provoquée par les
fumées de crack fait supporter des traumatismes ou corps étrangers
qui sinon, seraient douloureux) (36),
- érosion
dentaire.
Bien que la
placenta protège partiellement le foetus par son activité cholinestérasique,
les concentrations chez le foetus peuvent être supérieures à celles
observées chez sa mère. D'autre part, la génération de BEG est beaucoup
plus faible chez le foetus, ce qui explique peut être les taux importants
de cocaïne retrouvés dans les jours qui suivent la naissance (déstockage
?). Il a été montré un poids de naissance plus faible que la normale
et des pertes de foetus par hémorragie rétroplacentaire (37).
Les overdoses
et morts brutales sont dues à deux causes : effets anesthésiques
de la substance chez des sujets naifs, ou mort par activation brutale
du système sympathique avec convulsions et/ou défaillance cardiaque.
Les convulsions peuvent être contrôlées avec du Diazepam ; la défaillance
cardiaque doit être traitée par inhibiteur calcique (Nitrendipine,
Nicardipine, Nifedipine, Diltiazem, Flunarizine) éventuellement
par la Nimodipine et en aucun cas par le Vérapamil ou équivalent.
Les inhibiteurs d'enzyme de conversion sont également efficaces
mais d'action lente. Il ne faut jamais employer : les béta-bloquants,
les alpha-bloquants ou combinaison mixte alpha-beta. Ces molécules
sont inefficaces, ou seulement partiellement efficaces, elles potentialisent
les effets délétères de certaines catécholamines et n'entravent
pas ou peu les effets dûs à l'Angiotensine II. L'administration
de dérivés nitrés est discutée, mais discutable, car elle ne peut
constituer un traitement unique comme dans le cas des anticalciques
(38, 39).
V Considérations
générales
La cocaïne
est une substance qui est variablement répandue en fonction des
pays et des classes consommatrices, elle est longtemps restée la
drogue des milieux aisées tant en Europe qu'aux Etats-Unis. Aux
USA, dès 1986 avec l'apparition du crack, vendu à très bas prix,
elle est devenue la drogue des classes défavorisées voire très défavorisées.
L'épidémie est restée contenue en Europe, mais le fait que les USA
durcissent leur position et qu'elle constitue une drogue refuge
pour certains toxicomanes à l'héroïne traités par méthadone, est
inquiétant. C'est la première substance vendue à très bas prix (politique
du supermarché) par les trafiquants et revendeurs, phénomène qui
invalide la théorie des légalisateurs (drogue de qualité, contrôlée
par l'état, à bas prix). Elle touche dans les pays consommateurs,
des enfants de 4 à 5 ans et des signes cliniques graves ont été
décrits chez des nourissons fumeurs passifs de crack.
Pour toute
observation ou question concernant ce texte ou la cocaïne, envoyez
un message électronique à l¹adresse suivante : toxidop@ibt.univ-angers.fr
VI Conclusion
La cocaïne est
une substance entraînant une forte dépendance, très répandue et
utilisée à diverses fins. Sa consommation entraîne des signes très
variés, allant des états paranoïaques à la mort par overdose. Les
accidents sont devenus très courant particulièrement en Amérique
du Nord et du Sud. Elle doit être considérée comme un intoxicant
majeur, contrairement à l'opinion largement répandue depuis quelques
années.
R. TROUVÉ
VII Bibliographie
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