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ABCDAIRE des drogues
 

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PHENCYCLIDINE

  • I Produits, origines, propriétés générales
  • II Historique
  • III Propriétés physiopharmacologiques
  • IV Toxicologie et effets adverses
  • V Considérations générales
  • VI Conclusion
  • VII Bibliographie

I Produits, origines, propriétés générales

La phencyclidine ou PCP, est une molécule de la famille des hallucinogènes, dont la consommation a été associée au plus grand nombre de perturbations connues tant somatiques que mentales, dues à un seul produit. Elle a d'ailleurs acquis rapidement parmi les toxicomanes une réputation à la hauteur des désagréments qu'elle provoque. La PCP est un produit de synthèse chimique et peut être fournie sous forme liquide ou sous forme solide (cristaux blancs). Elle se dissout très bien dans l'eau et dans l'alcool. Elle a un goût amer, et peut facilement être colorée pour être commercialisée sous forme de tablettes, pilules ou autres. Elle peut être sniffée, fumée ou ingérée, plus rarement injectée; fumée, elle est souvent mélangée en poudre à un « joint » ou des cigarettes sont trempées dans une solution de PCP. Son action est très rapide et dure plusieurs heures. Elle est commercialisée sous de nombreuses appellations dont la fameuse « poussière d'ange » (angel dust). Elle provoque diverses hallucinations principalement oculaires, et souvent des états d’agitation. Elle est de nos jours synthétisée dans des laboratoires clandestins, mais c'est une activité à risque tant à cause des dangers de la synthèse que de l'odeur des vapeurs qui « dénonce » les chimistes clandestins (1). La pureté des produits ainsi synthétisés va de 50 à 100%.

II Historique

La phencyclidine a été découverte en 1956 par des pharmacologistes de Parke-Davis (2). Elle a été vendue comme anesthésique injectable dès 1960, car à l’époque, ce produit présentait sur les autres anesthésiques l’avantage de ne pas provoquer de dépression cardiaque ou respiratoire (3, 4). Malheureusement, son utilisation chez l’humain fût rapidement interrompue, car plus de 10% des patients déliraient pendant des heures après la chirurgie. Elle continua sa carrière comme anesthésique vétérinaire jusqu’en 1979, date à laquelle elle fut interdite. Un autre produit dérivé de la PCP est désormais utilisé, la Kétamine. Dés l’année de mise sur le marché en tant qu’anesthésique, la substance fut utilisée dans un but récréatif et elle acquit rapidement une très mauvaise réputation, les utilisateurs ayant une tendance au comportement violent, ce qui n’est peut-être pas justifié (5). La consommation de PCP est de nos jours moins populaire, mais son marché et un fond de consommateurs subsistent. En Europe sa détention et son usage sont interdits.

III Propriétés physiopharmacologiques

Les activités pharmacologiques de la phencyclidine sont nombreuses. Ses effets anesthésiques et analgésiques, stimulants et déprimants, ne sont que l’expression des perturbations qu’elle exerce sur nombre transmetteurs et structures (6).

Ses effets sont assez semblables à ceux de la métamphétamine. Elle inhibe la recapture de la noradrénaline et de la dopamine. Elle libère les catécholamines, dépletant leurs stocks, active l’axe sympatho-adrénalien, se lie aux récepteurs cholinergiques centraux, a des propriétés cholinergiques et anticholinergiques périphériques, elle interfère avec certains sites nicotiniques dans l’;hippocampe, interfère avec le récepteur sigma aux opiacés responsable d’effets dysphoriques, bloque le canal ionique régulé par le récepteur NMDA sensible au glutamate (7).

Les effets correspondants sont, accélération du rythme respiratoire, tachycardie, élévation de la pression artérielle, salivation, diaphorèse, altération des perceptions sensorielles jusqu’aux hallucinations, effets dépressifs ou élévation du sentiment de bien être en fonction de la dose (sentiment d’invincibilité), sentiment d’ébriété, dysphorie, tremblement des extrémités, raideurs musculaires, incoordination des mouvements. L’usage chronique à faible dose provoque des troubles de l’apprentissage et de la mémoire et chez les adolescents des troubles hormonaux et du développement. Des difficultés d’élocution et pertes de poids ont été rapportées. De même ces consommateurs réguliers perdent les capacités motrices fines et la mémoire à court terme.

La PCP est bien absorbée quelle que soit la voie d’administration, orale, pulmonaire ou nasale. L’absorption cutanée est possible. 1 mg administré par voie orale donne une concentration plasmatique de 2,7 ng/ml et 1 mg administré par voie intraveineuse donne 2,9 ng/ml (8). Le maximum de concentration est atteint entre 1,5 et 2,5 heures après administration, les effets sont immédiats et durent environ 6 à 7 heures. La demi-vie est de 24 heures (9). La drogue est métabolisée et moins de 10% est excrétée intacte dans les urines (10). Moins de 50% des métabolites sont éliminés dans l’urine. La PCP, chez l’humain est détectable pendant 5 jours dans le plasma après consommation et au moins aussi longtemps dans l’urine.

C’est une substance entraînant la dépendance, pour laquelle existe une tolérance, et dont l’arrêt provoque des syndromes de sevrages rares et inconstants.

IV Toxicologie et effets adverses

A forte dose, les désordres provoqués chez les consommateurs chroniques s’amplifient avec, troubles du comportement, psychose toxique prenant des allures de schizophrénie, hallucinations et en fonction des individus, ataxie profonde, ou comportement violent.

Ces états psychotiques peuvent se maintenir très longtemps et entraîner les victimes jusqu’à l’automutilation, le suicide ou l’homicide.

Dans les intoxications aiguës, nausées et vomissements apparaissent, suivant d’une dépression de la respiration, du rythme cardiaque et de la pression artérielle. Les signes neurologiques incluant nystagmus, ataxie, hyperreflexivité, hyperthermie, convulsions et comas sont les suites logiques. Il est difficile de dire si la PCP est en elle-même réellement directement responsable de décès chez l’humain, car l’association de sa consommation avec d’autres substances est classique. Chez l’animal, après une poussée hypertensive, hyperthermique et des convulsions, un arrêt respiratoire survient associé à une très profonde dépression cardio-vasculaire (11).

La toxicité nécessite un traitement par l’halopéridol, et un lavage gastrique qui permet la récupération d’une bonne partie de la substance, car elle subit une forte recirculation entéro-hépatique (12). Les taux de PCP sanguins ne sont d’aucune aide au pronostic (13). De vagues atteintes neurologiques ont été décrites, toutefois cette substance possède un effet protecteur cérébral contre l’ischémie (14). Des rhabdomyolyses ainsi que des atteintes rénales surviennent chez 2 à 3 % des patients intoxiqués (15, 16).

V Considérations générales

La phencyclidine ou PCP est une substance hallucinogène qui perturbe de très nombreux systèmes dans l’organisme. Sa toxicité aiguë peut être grave, mais n’est pas comparable paradoxalement à la gravité que peut prendre sa toxicité chronique. Les désordres nerveux, mentaux et comportementaux longs et graves guettent le consommateur chronique. C’est une substance toxicomanogène qui entraîne tolérance et dépendance.

Pour toute observation ou question concernant ce texte ou la phencyclidine, envoyez un message électronique à l’adresse suivante : toxidop@ibt.univ-angers.fr ou téléphonez au 02 41 72 34 44.

VI Conclusion

La consommation de phencyclidine n’est pas très répandue, cette substance étant plus consommée aux USA qu’en Europe. Toutefois, les conséquences de sa consommation, particulièrement chronique, sont redoutables tant pour l’usager que pour les victimes des actes de violence dont il peut être l’auteur, justifiant en cela la mauvaise réputation de cette drogue. La réapparition de cette substance, synthétisée dans certains pays de l’Est, doit inciter à la vigilance.
R. TROUVÉ

VII Bibliographie

  1. KalirA., Sadeh S., Karoly H. et al. 1-Phenylcycloalkylamine derivatives, II. J. Med. Chem. 12: 473, 1969.
  2. Greifenstein F., Devault J., Yoshitake J. and Gajewski J. 1-arylcyclohexamine for anesthesia. Anesth. Analg. 37: 283-294, 1958.
  3. Chen G. and Weston G. The analgesic and anesthetic effect of 1-(1-phenylcyclohexyl)piperidine HCL on the monkey. Anesth. Analg. 39: 132-137, 1960.
  4. Collins V., Gorospe C., Rovenstine E. Intravenous non barbiturate, nonnarcotic analgesics: preliminary studies. I. Cyclohexylamines. Anesth. Analg. 39:302-306, 1960.
  5. Fauman B., Aldinger M., Fauman M., Rosen P. Psychiatric sequelae of phencyclidine abuse. Clin. Toxicol. 9:529-537, 1976.
  6. Petersen R. and Stillman R. Phencyclidine: an overview. In: Phencyclidine (PCP) Abuse: An appraisal. NIDA Research monograph 21. Petersen R. and Stillman R. eds, pg 1-17, NIDA, Rockville MD.
  7. Olney J., Price M., Salles K. et al. MK-801 powerfully protects against N-methyl aspartate neurotoxicity. Eur. J. Pharmacol. 141: 357-361, 1987.
  8. Cook C., Brine D., Jeffcoat R. et al. Phencyclidine disposition after intravenous and oral doses. Clin. Pharm. Ther. 31(5):635-641, 1982.
  9. Cook C., Brine D., Quin B. et al. Phencyclidine and phenylcyclohexene disposition after smoking phencyclidine. Clin. Pharm. Ther. 31(5):625-634, 1982.
  10. Wall M., Brine D., Jeffcoat R. et al. Phencyclidine metabolism and disposition in man following a 100 µg intravenous dose. Res. Com. in substance Abuse. 2:161-172, 1981.
  11. Davis W., Hackett K., Obrosky K. and Waters I. Factors in the lethality of IV phencyclidine in conscious dogs. Gen. Pharmacol. 22(4): 723-728, 1991.
  12. Aniline O. and Pitts F. Phencyclidine (PCP): a review and perspectives. CRC Crit. Rev. Toxicol. 10:145-177,1982.
  13. Poklis A., Graham M., and Maginn P. Phencyclidine and violent deaths in St Louis Missouri: a survey of medical examiners’ cases from 1977 to 1986. Am. J. Drug Alcohol Abuse. 16 (3&4):265-274, 1990.
  14. Balster R. The behavioral pharmacology of phencyclidine. Psychopharmacology: The third generation of progress. New York, Raven Press, 1987.
  15. Mc Carron MM., Schuylze B., Thompson GA. et al. Acute phencyclidine intoxication: clinical patterns, complications and treatments. Ann. Emerg. Med. 10:290-297, 1981.
  16. Hoogwerf B., Kern J., Bullock M., Comty C. Phencyclidine-induced rhabdomyolysis and acute renal failure. Clin. Toxicol. 14:47-53, 1979.