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prévention
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ECLAIRAGE
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Enfance
Sans Drogue |
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B.P.
712, 92776 Boulogne-Billancourt. Contact : 01-48-28-08-69 |
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- Enfance Sans
Drogue est un collectif de mères de familles appartenant
au Mouvement Mondial des Mères et fondé par Marie-Christine
d'Welles
- Sophie Pélissié
du Rausas est présidente de Enfance Sans Drogue.
- Pour mieux
connaître leur action cliquez
ici
- Lire le manifeste
: http://entraide18.free.fr/manifeste.htm
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Pourquoi
votre enfant se drogue-t-il ?
3 raisons fondamentales
Par
Tony Anatrella, psychanalyste, auteur de "Non
à la société dépressive", Flammarion
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Quelle
prévention contre la drogue ?
Par Tony
Anatrella, psychanalyste |
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Pourquoi
votre enfant se drogue-t-il ? 3 raisons fondamentales.
Par
Tony Anatrella
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Préalable
: responsabilité individuelle et responsabilité sociale
" La toxicomanie
est une maladie: elle naît de la curiosité ou d'un état dépressif,
et entraîne des inhibitions et une neutralisation progressive des
fonctions essentielles de la vie psychique. Ainsi rencontre-t-on
souvent chez des toxicomanes une certaine passivité sociale mais
aussi une agressivité très active contre soi et les autres. C'est
pourquoi, dans les cas extrêmes, la toxicomanie débouche sur la
marginalisation, l'absentéisme scolaire ou professionnel et dans
la délinquance. Le toxicomane doute de lui et des autres et, dans
cette absence de confiance, il n'ose pas s'interroger sur lui-même,
il se méfie de ceux qui lui conseillent de se faire soigner. Il
a souvent peur de ce qui se passe en lui sans savoir nommer ce qu'il
ressent et s'en tient à la confusion de relations fusionnelles et
primitives pour lesquelles il n'est pas besoin de passer par le
langage parlé.
Certes, cet état de fait n'est pas volontaire, mais ressort précisément
à la régression causée par la drogue. La toxicomanie est donc
une pathologie, et qu'il faut traiter en tenant compte de la
profonde angoisse qu'elle révèle, ou qu'elle provoque et entretient:
c'est toujours un individu particulier que l'on soigne. La société
est certes loin d'être étrangère à ce mal puisque au lieu de favoriser
la construction des individus, les modèles qu'elle offre induisent
à la dispersion et à la pratique de conduites additives qui valorisent
l'état premier et évanescent des pulsions. Mais il ne faut pas
être exagérément déterministe; reconnaissons que les véritables
raisons de la toxicomanie se jouent à l'intérieur de chaque personnalité
et qu'il arrive que celle-ci soit prédisposée psychologiquement
à se laisser entraîner par la magie des produits.
Si les produits deviennent de plus en plus accessibles, si l'absence
d'idéaux ne fait que faciliter leur circulation, si, enfin, les
adultes ont considérablement aggravé la banalisation de la drogue,
il n'en reste pas moins vrai que la prise elle-même dépendra
toujours de l'individu qui choisit seul d'entrer dans cette interaction
avec le produit. C'est le toxicomane qui crée la toxicomanie et
non la société, sans quoi nous serions tous drogués...
Qu'on ne se méprenne pas sur nos propos. Cela n'ôte en rien à
la société les responsabilités qu'elle se doit de prendre pour combattre
le fléau. Les autorités ont le devoir de faire cesser la culture
des plantes qui servent à la fabrication des drogues, d'établir
une législation sévère contre les trafiquants, et surtout de l'appliquer,
bref, de tout mettre en oeuvre pour détruire les marchés. Mais si
la plupart des gouvernements souscrivent théoriquement à cette stratégie,
la pratique est tout autre, faute d'une réelle volonté politique!
Une chose est de lutter contre les réseaux de production de la drogue,
une autre de s'attaquer à la demande qui prend naissance dans les
besoins pour le moins problématiques de l'individu. C'est de cette
prédisposition qu'il sera ici question : faut-il y voir une carence
quelconque? Sans doute, mais encore devons-nous en déterminer l'origine?
"
1ère
raison : Le divorce et l'instabilité
des familles, de l'abandon à la dépendance
" La famille
assume de moins en moins une fonction éducative auprès des enfants
et en particulier auprès des adolescents qui se retrouvent souvent
seuls pour traiter psychologiquement , moralement et spirituellement
les problèmes de la réalité. La famille éclatée (séparation, divorce,
etc.) assure difficilement et avec trop d'incertitude la socialisation
des enfants... "
" Un jeune toxicomane
de 24 ans exprimait ainsi sa difficulté à évoluer :
Je n'ai pas progressé parce que mon père - de par ce qu'il est
- ne m'y invite pas. Personne ne me demande de devenir adulte. Mon
père n'en est pas un et je n'ai jamais eu envie de m'identifier
à lui.
Si une famille offre une image stable, cohérente, avec des repères
clairs et une relation aimante, l'enfant a d'autant plus de chances
de fortifier sa personnalité. Dans la cassure du divorce il ne peut
plus s'appuyer sur ses parents et doit faire appel à ses propres
ressources qui risquent de lui faire défaut quand il devra se mettre
en oeuvre affectivement et sexuellement : c'est souvent à ce moment
qu'il développe des relations de dépendances. On oublie souvent
que plus un enfant aura pu s'appuyer sur ses parents et sur les
adultes en général, plus il sera par la suite autonome et bénéficiera
d'un sentiment de sécurité et de valeurs intérieures, d'autodétermination
et de constance. En revanche, plus l'enfant sera autonome précocement
et plus il est probable qu'il développera des conduites de dépendance,
qu'il cherchera à s'accrocher à des personnes ou à des produits,
faute d'avoir pu se construire dans une relation aux autres... "
" L'adolescent
attend clairement que ses parents réagissent; c'est même précisément
pour cela qu'il les éprouve. Une fille de 15 ans, rentrant d'une
soirée, raconta à ses parents que du " shit " avait été proposé
par deux jeunes, mais qu'elle-même, avec quelques autres, s'était
abstenue d'essayer. Comme sa mère lui faisait part de son intention
de téléphoner aux divers parents pour les informer de la situation,
l'adolescente manifesta son désaccord et menaça de ne plus lui faire
de confidences. Avec raison sa mère tint bon, lui rappelant sa responsabilité
d'adulte vis-à-vis des autres et l'impossibilité pour elle de garder
une information qui mettait en jeu la responsabilité éducative d'autres
parents. La jeune fille finit par acquiescer à ces arguments au
point d'ailleurs que, en racontant l'histoire, elle manifestait
même une certaine fierté devant le courage de sa mère, reconnaissant
que celle-ci avait eu raison d'intervenir dans une situation où
elle avait son mot à dire... "
2ème
raison : Le vide intérieur, absence
de sens et dépression
" Il faut
cependant ajouter que les parents ne sont pas systématiquement responsables
de la toxicomanie de leur enfant, même si parfois ils n'y sont
pas étrangers et qu'ils se culpabilisent parce que leur progéniture
ne cesse de leur reprocher leur attitude. La toxicomanie est aussi
la conséquence du déficit que vivent des adolescents lorsqu'ils
refusent de faire face aux tâches psychiques de leur âge. L'adolescence
suppose d'assumer les transformations de sa vie psychique et physique,
et non de s'en tenir aux modes de gratifications de l'enfance ou,
inversement, de jouer précocement à l'adulte dans l'illusion d'une
liberté sans limites. La névrose héroïque (croire que chacun
est son propre héros) du toxicomane traduit ce refus de grandir
fréquent à l'adolescence et rend compte en fait d'une incapacité
à ajuster envies et nécessités : si l'adolescent accepte assez
facilement ses envies, il lui reste à intégrer les nécessités. Pour
preuve la réplique " j'ai pas envie " qui revient souvent
dans sa bouche et à laquelle l'adulte doit répondre que ce n'est
pas une question d'envie mais plus simplement de nécessité, que,
par exemple, il y a un temps pour travailler, un autre pour se détendre.
etc. Evidemment, dès lors que nombre d'éducateurs à travers certaines
pédagogies apprennent aux enfants à ne rechercher finalement que
leur plaisir immédiat, les données du problème sont faussées. Sans
le savoir, ils creusent le lit de la psychologie toxicomaniaque
qui vit avec l'idée d'un plaisir en soi artificiellement entretenu
par le produit. Quand les toxicomanes acceptent la psychothérapie,
il faut en premier lieu analyser, critiquer et resituer cette conception
du plaisir dans laquelle ils se dissolvent... "
" Confronté
aux incertitudes du monde extérieur (non seulement au chômage et
à la crise économique qui frustrent dans leur dignité les individus),
mais aussi et surtout à ses propres fluctuations, l'adolescent sera
une proie facile pour la toxicomanie. Souvent il se jugera comme
un junkie, c'est-à-dire un déchet : n'attendant rien, il ne lui
reste qu'à se perdre en lui-même, et le produit ingéré joue clairement
un rôle mortifère. D'autres fois, il laissera sa sensibilité
s'exacerber à fleur de peau, et le langage comme l'enrichissement
de la pensée feront une fois encore figure de parents pauvres. Il
ne sera question que d'éprouver les choses et l'on préférera "
je sens ", " j'ai envie de dire ", " je perçois " ou
encore - comble du flou et de l'imprécision - " je crois que
quelque part " à " je pense ". Il est vrai que "rien
ne vient à l'esprit qui ne soit passé par les sens " (Aristote)
mais, dans le paysage contemporain, la pensée formelle en vient
à être manifestement sous-développée faute de nourriture textuelle
et d'une véritable transmission culturelle, morale et religieuse.
A laisser croire que n'importe quelle production est culturelle
sous prétexte qu'elle est médiatique, on finit par entretenir des
confusions entre une production factuelle, éphémère, et une création
qui est durable et chargée d'une unité de sens... "
" L'éducation, c'est-à-dire la transmission d'une culture, conditionne
les structures profondes de la personnalité à qui elle fournit un
irremplaçable système de valeurs-attitudes. Il est indispensable
de se libérer des pédagogies de la spontanéité à la Rousseau qui,
sous prétexte que la société risque d'avoir une mauvaise influence
sur l'enfant, le livre à l'expression tous azimuts de ses pulsions.
C'est la meilleure façon de fabriquer des personnalités à caractère
psychotique qui se perdent dans l'imaginaire et refusent de grandir.
L'éducation a été prise au piège de cette illusion en délaissant
progressivement les pédagogies de l'intelligence au bénéfice de
celles de l'éveil. Plus dure est la chute, et comment pourrait-il
en être autrement dès lors que, pour développer la fonction psychique
de l'idéal et du sens des valeurs, on ne fait pas intervenir en
priorité l'intelligence? Sans compter le paradoxe qui veut qu'on
se plaigne d'une carence du sens moral dans le même temps où l'on
fait tout pour le tuer dans les mentalités... "
" Le jeune peut commencer à se droguer, et c'est souvent le cas,
pour des raisons psychopathologiques qui génèrent une dépression
symptomatique d'un manque d'intérêt à la vie présente et d'une absence
de signification à donner à l'avenir. Les failles du modèle adulte
favorisent aussi la déstabilisation de l'adolescent qui se voit
privé d'une quelconque possibilité de communication et par là-même
renvoyé à son isolement. Enfin, les carences de l'imaginaire
sont propices à toutes les dérives délirantes de la toxicomanie,
du spiritisme et de l'ésotérisme dont le langage abscons entretient
la confusion des esprits et le repli dans le magique plus que le
rationnel: " éveil à la réalité de notre dimension énergétique
", " ouverture à la capacité de ressentir la qualité des énergies
captées ", " évaluer le ressenti individuel et collectif des capacités
d'identification des énergies captées ". Ce vocabulaire schizoïde,
utilisé dans de nombreux groupes de thérapie relationnelle ou sexuelle,
confirme le basculement des psychologies dans l'éclatement interne.
Ces trois raisons dépressives - manque d'intérêt pour la vie, négation
de l'identification possible à des références et carences de l'intériorité
- favorisent un morcellement psychologique des individus pouvant
conduire à la drogue... "
3ème
raison : L'incitation et le laxisme
social, de la curiosité à la transgression
"Mais
il arrive aussi que sa prise intervienne tout bonnement à la suite
d'une proposition " conviviale ", par simple curiosité et
sous l'influence des autres. Dans ce contexte, la drogue revêt un
aspect ludique et pragmatique: il s'agit de passer un bon moment,
de " planer " une soirée en fumant du hasch. Si faibles soient-elles,
ces prises ne sont pas banales et, même si elles ne sont pas systématiquement
motivées par le besoin de combler des troubles psychiques, elles
ont néanmoins pour conséquence de ralentir les fonctions cérébrales
et handicapent la concentration, l'esprit de logique et de synthèse,
la mémoire, les réflexes, etc. "
" Expérimenter
" ce que ça fait " pour le plaisir d'expérimenter, pour se
lancer des défis et s'amuser. Ou trouver une alternative à la misère
du quotidien et d'un avenir sans horizon. L'une et l'autre motivation
justifie pareillement l'utilisation de ces produits illicites parce
que - et c'est essentiel à son " succès " - la drogue est
actuellement le seul lieu où l'adolescent éprouve la loi et l'interdit.
On l'a vu, les lois de régulation sociale, les règles morales
existent - elles n'ont d'ailleurs jamais été absentes - mais c'est
plutôt le sens éducatif et sa mise en pratique qui fait défaut !
Le manque de civisme qui consiste à voyager sans titre de transport,
à voler dans une grande surface ou encore à tricher dans sa vie
scolaire ou professionnelle n'entraîne pas la plupart du temps de
sanctions (fût-ce au seul titre d'un blâme moral). Pareille carence
du respect des règles communes et du sens des responsabilités altère
la qualité relationnelle d'une société, incite à la perversion.
Se sentir en faute, éprouver sa culpabilité, dès lors qu'elle est
réellement justifiée, témoigne d'une bonne santé psychique (évidemment,
la culpabilité morbide cultivée pour elle-même, de façon obsessionnelle
et névrotique n'a rien à voir avec une saine réflexion morale).
Mais quand on proclame qu'il ne faut pas " culpabiliser " ni " moraliser
" et, tout au contraire, qu'il faut " déculpabiliser " comme si
la loi n'existait pas, on fait oeuvre de pure démagogie: on ne le
dira jamais assez clairement, la culpabilité est inhérente à la
psychologie humaine. Quand on " interdit d'interdire"
et qu'on nie " l'esprit des lois ", on livre pieds et poings
liés l'adolescent à ses démons. Le "joint" ni le " pétard
" n'ont jamais été l'école de la liberté mais son asservissement.
Car la drogue focalise à elle seule la culpabilité qui ne parvient
plus à s'exprimer dans d'autres domaines, comme celui de la sexualité
qui se trouve curieusement libérée de toutes règles psychologiques,
sociales et morales.
Or, (…)
l'esprit des lois prend naissance dans la façon de concevoir la
signification sexuelle de sa relation à l'autre, de sorte qu'en
ne permettant pas à la culpabilité sexuelle de s'exprimer, celle-ci
se retourne contre l'individu entraînant une multitude de troubles
psychosomatiques, d'éventuelles conduites suicidaires, un intérêt
suspect pour le paganisme, la sorcellerie ou l'astrologie, les rituels
de possession et de guérison dont nous avait heureusement libéré
le christianisme. Il ne faut pas en conclure que l'adolescence est
l'âge de la transgression, ou que la loi a vocation à être transgressée,
comme on l'entend pourtant dire ici ou là.
L'adolescence est une période de maturation des nouvelles compétences
psychologiques de l'individu, de recherche de ses possibilités et
de ses limites. Quant à la loi (sociale et morale), elle rend possible
la vie en commun et permet à chacun d'éveiller sa liberté et sa
responsabilité. Il est donc curieux que l'on encourage dans les
esprits une relation morbide à la loi en promouvant prioritairement
la banalité de sa transgression. Si chacun est à lui-même la mesure
de sa propre liberté, on comprend que la drogue puisse être une
nourriture privilégiée pour compenser ce manque à être tout en se
détruisant de l'intérieur... "
"Non
à la société dépressive", Flammarion,
Paris, 1993, extraits

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Quelle
prévention contre la drogue ?
Par Tony Anatrella |
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La mode actuelle est aux méthodes comportementalistes dont l'argument
principal est de croire qu'il suffit d'expliquer rationnellement
et de proposer des produits de substitution pour convaincre quelqu'un
de modifier ses conduites. Quoique efficaces dans certains cas bien
précis, elles ne tiennent pas compte de l'histoire subjective de
l'individu et font l'impasse sur les délais psychologiques nécessaires
à une " guérison " psychique. Et ce ne sont pas non plus des slogans
peaufinés par des agences de communication ou des films publicitaires
réalisés par le dernier cinéaste en vogue qui feront reculer la
toxicomanie; un clip n'a jamais atteint un drogué qui s'en moque.
La prévention qui est uniquement centrée sur la question de la
drogue manque sa cible: elle sert à se donner bonne conscience et
à éviter de regarder en face la dissolution de nombreux jeunes,
perdus pour la société - tout cela à grand renfort de budgets colossaux
pendant que de nombreux éducateurs travaillent avec des moyens de
plus en plus réduits.
Nous limiterons
notre propos au traitement social de la drogue et donc à la question
de la prévention. Nous ne parlerons pas des perspectives thérapeutiques
ni de la réinsertion sociale des toxicomanes qui débouche, dans
bien des cas, sur des résultats encourageants.
La drogue a brisé des vies sans jamais apporter le bonheur qu'elle
était censée promettre! Suffit-il de brandir cette menace pour dissuader
ses utilisateurs? La peur pas plus que la culpabilité ne sont des
arguments, surtout auprès de jeunes qui sont spontanément attirés
pas ce dernier interdit social. La prévention, qui ne parle que
de drogue, qui s'en tient à en décrire les différentes sortes et
délivrer des informations pharmaceutiques, médicales ou économiques,
provoque l'effet inverse de l'objectif qu'elle recherche. Un tel
propos serait même plutôt incitatif pour les personnalités les plus
fragiles!
Le slogan
" La drogue, parlons-en " nous paraît sous cet angle très
révélateur de l'actuelle politique de prévention. Souvent utilisé
de façon incantatoire, il vise dans un premier temps à inviter au
dialogue entre parents et enfants -intention louable quand on sait
combien l'utilisation d'un produit est symptomatique d'un manque
de dialogue. Cependant la drogue ne saurait être l'objet d'une communication
interfamiliale, sauf évidemment en cas d'urgence et quand la pratique,
déjà installée, nécessite l'intervention de spécialistes ou d'associations.
Alors, bien évidemment, les parents doivent eux aussi se manifester.
Combien de fois avons-nous entendu des adolescents nous dire
: " Mes parents, les profs ne me disent rien, ils ne voient rien
" ! Et il est clair que, si le dialogue ne préexiste
pas, la communication ne commencera pas avec la drogue. Il faut
donc que l'échange se construise quotidiennement depuis l'enfance.
Néanmoins, c'est une erreur de penser que parents et enfants peuvent
parler de tout; les questions intimes, en effet - sexualité, émotions,
fantasmes, sentiments vis-à-vis du père ou de la mère - ne sont
pas faciles à traiter. Un adulte apte à incarner une réelle symbolique
paternelle et qui sait dire non quand il le faut peut alors se révéler
essentiel pour soutenir une personnalité dans son envol vers l'autonomie.
C'est dire
combien la prévention qui n'est centrée que sur la drogue peut passer
à côté du problème. Pourquoi cet échec des pouvoirs publics?
Une pudeur, pour ne pas dire une inhibition, les empêche, semble-t-il,
de penser les vraies causes de la toxicomanie: le désarroi de
l'adolescent face à ses mutations psychiques, les échecs scolaires,
la fausse égalité d'un lycée ouvert à tous et qui, après avoir
constaté ses limites, laisse aux universités faire une sélection
d'autant plus mal vécue qu'elle est tardive, le contexte inhumain
et indigne des cités édifiées sans souci d'urbanisme dans les années
60, l'instabilité du lien familial, l'immaturité des modèles
ambiants, la démission des adultes et l'absence de formations
intellectuelle, civique, morale et religieuse dignes de ce nom.
L'objet du débat ne devrait pas être la drogue, mais l'apprentissage
de la vie, de la qualité de l'existence conjugale des parents, le
réel souci d'une formation, la transmission d'une morale et d'une
foi. Nous perdons notre temps àparler de la drogue; elle n'est
qu'un cache-misère, un faux-semblant qui nous évite de parler d'autre
chose et surtout de penser un projet éducatif plus cohérent dont
les objectifs devraient s'articuler autour de quelques principes
communs à tous. Les familles, premières responsables de l'éducation,
devraient pouvoir se faire aider par diverses institutions avec
lesquelles elles oeuvreraient de concert, avec un même état d'esprit,
car dans cette tâche tous les partenaires sociaux sont indispensables.
Tandis que les campagnes de prévention sont centrées sur des objets
partiels et symptomatiques. Il s'agit en fait d'une banale thérapeutique
de l'urgence qui, en outre, fonctionne à contretemps car "
parler de la drogue " finit par donner une légitimité aux produits.
" La drogue
fait partie de la vie, chacun a ses trucs préférés. La drogue c'est
normal puisqu'on en parle. Ne pas en parler prouverait que ça n'existe
pas. " Voilà ce que nous disait une lycéenne de 17 ans. Raisonnement
paradoxal sans doute, mais qui traduit bien toute l'ambiguïté de
la prévention. Qu'on parle de la drogue ne devrait pas lui donner
un quelconque caractère normatif! Mais c'est pourtant à ce résultat
qu'aboutissent la plupart des campagnes. Nombreux sont ceux qui
pensent que " la drogue est un tabou dont il faut parler pour
la combattre et la réduire ". Etrange détournement des mots!
La drogue n'est pas un tabou. Quant à ce besoin systématique de
s'affranchir des tabous, il est pour le moins pervers. On l'a vu,
les tabous humanisent et sont nécessaires à la survie des hommes
et des sociétés. Cette notion de tabou, appliquée à la drogue, a
moins trait à l'anxiété d'6tre privé de drogues qu'à la peur de
reconnaître ses manques et ses insuffisances. L'interdit, il est
dans le refus d'aborder son intériorité autrement que par des additifs.
Ce qui triomphe ici, c'est une formidable peur de soi, et la fortune
que connaissent aujourd'hui les scénarios d'épouvante - littéraires
ou cinématographiques - ne font qu'orchestrer ouvertement notre
peur intérieure.
Pour le toxicomane,
la peur est aussi peur de l'autre mais, comme la communication et
la présence d'autrui lui sont malgré tout nécessaires, il y substitue
le compagnonnage avec la drogue censé combler ce grand vide. Mais
c'est à une régression de sa personnalité qu'il aboutit: il a tôt
fait de se maintenir dans des états infantiles qui ne sont plus
de son âge. Freud a décrit, dans Pulsions et destins des pulsions,
le type de communication établi par l'enfant quand il s'empare de
ce dont il a besoin pour se développer ou au contraire le rejeter
:
Le Moi-plaisir originaire désire s'introjecter tout ce qui est bon
et rejeter hors de lui tout ce qui est mauvais. Pour lui, le mauvais,
l'étranger au Moi, ce qui se trouve en dehors, sont tout d'abord
identiques.
Malgré sa relation fusionnelle puis narcissique, le jeune enfant
a quand même un accès objectif à la réalité qui ne sera définitif
que lorsqu'il pourra accepter les objets différents de lui et distinguer
par lui-même ceux dont il a besoin. Il fera donc l'expérience de
la satisfaction à la mesure de sa maturation, et c'est dans la réalité,
et non pas à l'intérieur de lui, qu'il pourra engager sa relation
avec ces objets. Chez le toxicomane, ce fonctionnement psychique
est perturbé puisqu'il ne parvient pas à accepter la réalité (école,
famille, sexualité, morale, etc.), et laisse la porte ouverte à
la peur, voire à des conduites suicidaires. Tout lui devient occasion
de penser que la société est mauvaise et que la vie ne vaut pas
la peine d'être vécue.
" Je me
drogue parce que la vie est galère! " A ce slogan on répond
par un autre largement diffusé il y a quelques années par tous les
médias: " La drogue c'est de la merde! " et qui s'inscrivait
sur l'image sordide d'un w.-c. A l'époque, ce discours sadique-anal
fit beaucoup parler sans qu'on se rende compte qu'il renvoyait le
toxicomane à des mécanismes psychologiques identiques aux siens.
Cela n'a d'ailleurs pas empêché bon nombre de jeunes de sniffer
de la colle en rigolant sous les affiches du métro. Pis, le jeune
homme de 18 ans, qui avait été la vedette du film publicitaire,
a été écroué après avoir été pris en flagrant délit lors d'un cambriolage
où il cherchait à se procurer l'argent nécessaire à l'achat de doses
d'héroïne. Le même garçon, quatre ans auparavant, jetait à la face
des Français des paquets de drogue dans la cuvette des toilettes,
cependant qu'une voix off affirmait " la drogue c'est de la merde!
". Notre propos n'est évidemment pas de porter un jugement sur
ce drame sans en connaître les raisons exactes mais de nous interroger
sur la pertinence de campagnes coûteuses, annoncées à grand renfort
de tapage médiatique, et dont les résultats sont des plus aléatoires.
Une démarche efficace, affirment certains, serait de fabriquer un
documentaire fiction, mettant en scène la vie d'un toxicomane, prisonnier
de sa recherche incessante du produit, sa souffrance, sa solitude,
ses chutes dans la délinquance, la maladie et parfois dans une mort
absurde.
Autrement dit,
montrer la réalité de l'expérience comme, déjà, certains anciens
toxicomanes devenus écrivains l'ont fait dans des romans ou autobiographies.
A cet égard le récit de l'expérience éthylique de A. Buffet a eu
plus d'effets sur certains alcooliques que les campagnes de prévention
officielles. Le problème de la drogue se joue au coeur de l'individu,
c'est lui qui décide de se droguer, et c'est à lui de vouloir s'en
sortir. Sans cette motivation individuelle, suscitée bien sûr par
l'environnement, il est difficile de se guérir de la dépendance.
Mais pour diverses raisons la société n'est pas à même de créer
ces motivations et il ne suffit pas de libéraliser pour sortir d'un
mécanisme qui a des racines profondes. Dans plusieurs pays, comme
la Suisse, les expériences libérales ont d'ailleurs abouti à des
échecs dramatiques puisqu'on a pu y assister en direct à la mort
médicalisée de nombreux jeunes qui venaient se piquer dans le parc
du Platzspitz à Zurich où ils pouvaient acheter, échanger et consommer
des produits en toute liberté. On a depuis fermé le parc qu'on s'efforce
maintenant de remettre en état pour le public... D'autres pays
ont proposé de prescrire de la morphine et de l'héroïne aux drogués.
Cette toxicomanie sous contrôle médical n'est pas beaucoup plus
efficace. Mieux vaut laisser se développer, chez le toxicomane qui
souffre trop de sa dépendance, le désir de guérir au lieu de lui
servir ses doses à domicile. On a aussi vu des juges dépénaliser
la consommation de produits illicites sous le prétexte qu'ils n'étaient
pas réellement dangereux et se rendre ainsi coupable de démission
morale. Il serait absurde de légaliser la drogue alors que le drogué
est avant tout un malade. Nous n'avons pas à donner du plaisir (quel
plaisir?) à un toxicomane en tolérant qu'il s'injecte l'héroïne
qui le conduira progressivement à la mort. La drogue n'est ici que
le signe d'une absence de sens, et notre société tolère le plus
important suicide juvénile de l'histoire. La toxicomanie n'est pas
une fatalité. Se résigner à cette conduite en lui apportant une
reconnaissance légale et sociale serait l'acte consacrant la société
dépressive, tel Saturne tuant ses enfants. C'est le sens ultime
de cette accusation lancée à la société: " Nous nous droguons
et vous ne dites rien! " Une société qui n'a rien à dire, rien
à transmettre, rien à apprendre, et qui renvoie les individus à
eux-mêmes selon cette formule désolidarisante: " C'est ton problème!
" La drogue stigmatise, plus que jamais, une société dépressive
qui accepte de laisser des individus se retrancher en eux-mêmes
et se cacher pour mourir dans le plaisir de la souffrance..."
"Non
à la société dépressive", Flammarion,
Paris, 1993, extraits

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