ETAT DES LIEUX
Les acteurs
Les dossiers
Histoire du débat
Les enjeux
philosophiques
     
ECLAIRAGES
Abcdaire des drogues
Les drogues et les substituts
Votre enfant et la drogue
Toxicomanie et sida
Accompagner les toxicomanes
Que dit la loi ?
Toxicomanie et dopage
Tabac
     
ALLER PLUS LOIN
Plan du site
Des liens
La bibliographie
Nous écrire
Vous êtes ici : Accueil > Eclairage > Les drogues et les substituts
ECLAIRAGE
Le scandale du Subutex
Par Jean-Luc Maxence, directeur de Centre Didro


Traitement à la méthadone : "La voie de la facilité"
Par George Baudraz, directeur de Toulourenc à Genève
 
Le scandale du Subutex
Par Jean-Luc Maxence
 

Se taire n’est plus possible, n’en déplaise aux prétendus médecins spécialisés dans la prise en charge des toxicomanes, lesquels ont joué les vierges éplorées quand ils ont appris la mise en examen d’une de leurs collègues pour prescription abusive de Subutex, un médicament de substitution à l’héroïne.

En fait, ce qui est remis en cause, ou plutôt remise à la question de la réalité concrète, c’est l’efficacité réelle, au plan thérapeutique, de la buprénorphine (Subutex, laboratoires Schering-Plough), laquelle peut être prescrite par les médecins de ville. En effet, Subutex, analgésique, agoniste partiel de la morphine, se présente sous forme de comprimés malheureusement solubles que plus de 5O pour cent des usagers de drogue qui se le font prescrire prennent par voie intraveineuse ! Cette pratique du « shoot » au Subutex est l’origine d’abcès aux points d’injection, ayant parfois entraîné des amputations des doigts ou même de la main .

Ainsi, contrairement à ce que veulent nous faire croire tous ceux qui ont des intérêts a faire passer ce dérivé de la morphine pour la pilule-miracle pouvant résoudre toute héroïnomanie, Subutex peut devenir un danger public pour les usagers de drogue… C’est pourquoi, en dépit des « tests » et des « enquêtes épidémiologiques » « globalement positifs », tous paradoxalement sponsorisés par le laboratoire Schering-Plough, qui est en quelque sorte juge et parti, il nous a semblé urgent de dénoncer Subutex au nom d’une pratique quotidienne de l’accueil de jeunes toxicomanes, pratique remontant à plus de quinze ans, au nom surtout d’observations impartiales nées du souci obstiné de refuser de constater sans protester que la soin aux toxicomanes tombe en désuétude progressive « dans une économie qui transforme rapidement la science en source de profits » comme l’écrit justement Daniel S. Greenberg dans le fameux Washington Post.

Ne nous leurrons pas, et surtout ne trompons pas les jeunes usagers dépendants qui viennent nous demander de l’aide, le comportement des chercheurs financés dans leurs recherches par l’industrie pharmaceutique laisse rêveur. Ainsi le très sérieux JAMA (Journal of the American Medical Association) , publiant une étude sociologique au sujet de l’attitude des chercheurs sponsorisés par l’industrie pharmaceutique, n’a pas hésité à affirmer que les résultats montrent que la sponsorisation d’analyses économiques de médicaments par les firmes pharmaceutiques « entraîne une moindre probabilité de voir des résultats défavorables être signalés ». Il ajoute même une précision : « 5 pour cent, contre 38 pour cent pour les études non sponsorisées… » On le pressent alors sans peine, l’impartialité de Schering-Plough par rapport à Subutex laisse à désirer ! Quand la Santé est ainsi « sous la coupe » de l’économique, le péril semble grand. Alors le devoir de tout intervenant en toxicomanie qui se respecte, est de dénoncer une telle manipulation. C’est le sens même de cet article.

« Par Apollon, Asclipios, Hygié et Panacée » constituent les premiers mots du fameux serment d’Hippocrate que tout médecin et pharmacien devraient connaître par cœur et surtout méditer aujourd’hui, devant une plaquette de Subutex , le caducée à la main ! Asclipios, dieu de la médecine, tenait devant lui le caducée, cette baguette entourée de serpents enlacés, reptiles de la vie et/ou de la mort, pouvant apporter tour à tour la mort et la vie, le venin pouvant devenir vaccin ou restant venin mortel, le poison pouvant devenir potion guérisseuse ou ciguë de Socrate.

Tel est l’enjeu de ce début de millénaire . Il fait heureusement partie des droits du citoyen non médecin de dénoncer avec violence les pratiques des dealers en blouse blanche que sont parfois les généralistes de ville aux prises avec les prescriptions de buprénorpine… Avec Subutex, ces droits sont des devoirs, indéniablement.
Source : www.didro.net

 
Traitement à la méthadone : "la voie de la facilité"
Par George Baudraz

 

" En choisissant d'accepter les traitements à long terme à la méthadone, la société a choisi la voie de la facilité, tant sur le plan financier que sur les plans thérapeutique et social. Choisir de mettre sous dépendance la plus grande partie de la population toxicomane, c'est se débarrasser du besoin de comprendre les raisons qui poussent cette population à la déviance. Pire, c'est officialiser et entretenir leur dépendance. L'Etat a choisi de laisser à la médecine le soin de diffuser cette drogue.

[...] Il a ainsi évité, pendant de nombreuses années, de mettre sur pied une politique en matière de toxicomanie et n'a eu, de ce fait, aucun projet financier à présenter pour un domaine qui n'était absolument pas électoraliste.

[...] Les toxicomaes reçoivent chaque jour leur dose et vont docilement au travail ou chercher une rente qui leur est beaucoup plus facilement accordée, dans la plupart des cas, parce qu'ils " font l'effort de suivre un traitement médical "... Le médecin cantonal annoncera fièrement que les " problèmes liés à la toxicomanie diminuent à Genève et le médecin privé, dont le cabinet travaille exclusivement avec une clientèle de toxicomanes, refuse d'avoir l'objectivité de reconnaître qu'avec la méthadone, il gagne bien sa vie...

[...] A-t-on le droit de laisser [le toxicomane] devenir cet infirme condamné " à terme non défini " à être tributaire d'un produit homologué comme " opiacé de synthèse " qui, par exemple, l'empêche de partir en vacance à l'étranger, l'oblige " à terme non défini " à uriner dans un gobelet deux fois par semaine, le condamne à " venir prendre sa dose tous les jours en présence du médecin ".

[...] On ne peut plus justifier les traitements à la méthadone dès l'instant ou la notion de dépendance physique ou psychique au " médicament " est considérée comme contraire et paradoxale à la notion de traitement de toxicomane. C'est la raison qui explique que les auteurs de textes justifiant ces " traitements " ne développent que peu ou pas du tout cette notion de dépendance peu valorisante pour une thérapie.

[...] Il est temps que nous refusions de devenir tous responsables d'un énorme trafic qui ne servirait qu'à nous donner bonne conscience sur le dos de ceux que l'on appelle trop facilement toxicos... "

"Des dealers en blouse blanche ?", in Psychotropes, Montréal, Vol 1, n°3, printemps-été 1984