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Se taire n’est
plus possible, n’en déplaise aux prétendus médecins spécialisés
dans la prise en charge des toxicomanes, lesquels ont joué les vierges
éplorées quand ils ont appris la mise en examen d’une de leurs collègues
pour prescription abusive de Subutex, un médicament de substitution
à l’héroïne.
En fait, ce
qui est remis en cause, ou plutôt remise à la question de la réalité
concrète, c’est l’efficacité réelle, au plan thérapeutique, de la
buprénorphine (Subutex, laboratoires Schering-Plough), laquelle
peut être prescrite par les médecins de ville. En effet, Subutex,
analgésique, agoniste partiel de la morphine, se présente sous forme
de comprimés malheureusement solubles que plus de 5O pour cent des
usagers de drogue qui se le font prescrire prennent par voie intraveineuse
! Cette pratique du « shoot » au Subutex est l’origine d’abcès aux
points d’injection, ayant parfois entraîné des amputations des doigts
ou même de la main .
Ainsi, contrairement
à ce que veulent nous faire croire tous ceux qui ont des intérêts
a faire passer ce dérivé de la morphine pour la pilule-miracle pouvant
résoudre toute héroïnomanie, Subutex peut devenir un danger public
pour les usagers de drogue… C’est pourquoi, en dépit des « tests
» et des « enquêtes épidémiologiques » « globalement positifs »,
tous paradoxalement sponsorisés par le laboratoire Schering-Plough,
qui est en quelque sorte juge et parti, il nous a semblé urgent
de dénoncer Subutex au nom d’une pratique quotidienne de l’accueil
de jeunes toxicomanes, pratique remontant à plus de quinze ans,
au nom surtout d’observations impartiales nées du souci obstiné
de refuser de constater sans protester que la soin aux toxicomanes
tombe en désuétude progressive « dans une économie qui transforme
rapidement la science en source de profits » comme l’écrit justement
Daniel S. Greenberg dans le fameux Washington Post.
Ne nous leurrons
pas, et surtout ne trompons pas les jeunes usagers dépendants qui
viennent nous demander de l’aide, le comportement des chercheurs
financés dans leurs recherches par l’industrie pharmaceutique laisse
rêveur. Ainsi le très sérieux JAMA (Journal of the American Medical
Association) , publiant une étude sociologique au sujet de l’attitude
des chercheurs sponsorisés par l’industrie pharmaceutique, n’a pas
hésité à affirmer que les résultats montrent que la sponsorisation
d’analyses économiques de médicaments par les firmes pharmaceutiques
« entraîne une moindre probabilité de voir des résultats défavorables
être signalés ». Il ajoute même une précision : « 5 pour cent, contre
38 pour cent pour les études non sponsorisées… » On le pressent
alors sans peine, l’impartialité de Schering-Plough par rapport
à Subutex laisse à désirer ! Quand la Santé est ainsi « sous la
coupe » de l’économique, le péril semble grand. Alors le devoir
de tout intervenant en toxicomanie qui se respecte, est de dénoncer
une telle manipulation. C’est le sens même de cet article.
« Par Apollon,
Asclipios, Hygié et Panacée » constituent les premiers mots du fameux
serment d’Hippocrate que tout médecin et pharmacien devraient connaître
par cœur et surtout méditer aujourd’hui, devant une plaquette de
Subutex , le caducée à la main ! Asclipios, dieu de la médecine,
tenait devant lui le caducée, cette baguette entourée de serpents
enlacés, reptiles de la vie et/ou de la mort, pouvant apporter tour
à tour la mort et la vie, le venin pouvant devenir vaccin ou restant
venin mortel, le poison pouvant devenir potion guérisseuse ou ciguë
de Socrate.
Tel est l’enjeu
de ce début de millénaire . Il fait heureusement partie des droits
du citoyen non médecin de dénoncer avec violence les pratiques des
dealers en blouse blanche que sont parfois les généralistes de ville
aux prises avec les prescriptions de buprénorpine… Avec Subutex,
ces droits sont des devoirs, indéniablement.
Source : www.didro.net
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" En choisissant
d'accepter les traitements à long terme à la méthadone, la société
a choisi la voie de la facilité, tant sur le plan financier que
sur les plans thérapeutique et social. Choisir de mettre sous dépendance
la plus grande partie de la population toxicomane, c'est se débarrasser
du besoin de comprendre les raisons qui poussent cette population
à la déviance. Pire, c'est officialiser et entretenir leur dépendance.
L'Etat a choisi de laisser à la médecine le soin de diffuser cette
drogue.
[...] Il a ainsi
évité, pendant de nombreuses années, de mettre sur pied une politique
en matière de toxicomanie et n'a eu, de ce fait, aucun projet financier
à présenter pour un domaine qui n'était absolument pas électoraliste.
[...] Les toxicomaes
reçoivent chaque jour leur dose et vont docilement au travail ou
chercher une rente qui leur est beaucoup plus facilement accordée,
dans la plupart des cas, parce qu'ils " font l'effort de suivre
un traitement médical "... Le médecin cantonal annoncera fièrement
que les " problèmes liés à la toxicomanie diminuent à Genève et
le médecin privé, dont le cabinet travaille exclusivement avec une
clientèle de toxicomanes, refuse d'avoir l'objectivité de reconnaître
qu'avec la méthadone, il gagne bien sa vie...
[...] A-t-on
le droit de laisser [le toxicomane] devenir cet infirme condamné
" à terme non défini " à être tributaire d'un produit homologué
comme " opiacé de synthèse " qui, par exemple, l'empêche de partir
en vacance à l'étranger, l'oblige " à terme non défini " à uriner
dans un gobelet deux fois par semaine, le condamne à " venir prendre
sa dose tous les jours en présence du médecin ".
[...] On ne
peut plus justifier les traitements à la méthadone dès l'instant
ou la notion de dépendance physique ou psychique au " médicament
" est considérée comme contraire et paradoxale à la notion de traitement
de toxicomane. C'est la raison qui explique que les auteurs de textes
justifiant ces " traitements " ne développent que peu ou pas du
tout cette notion de dépendance peu valorisante pour une thérapie.
[...] Il est
temps que nous refusions de devenir tous responsables d'un énorme
trafic qui ne servirait qu'à nous donner bonne conscience sur le
dos de ceux que l'on appelle trop facilement toxicos... "
"Des dealers
en blouse blanche ?", in Psychotropes, Montréal,
Vol 1, n°3, printemps-été 1984
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