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L'action des mères pour une enfance sans drogue (ESD)

  • Enfance Sans Drogue est un collectif de mères de familles appartenant au Mouvement Mondial des Mères et fondé par Marie-Christine d'Welles
  • Sophie Pélissié du Rausas est présidente de Enfance Sans Drogue.
  • B.P. 712, 92776 Boulogne-Billancourt. Contact : 01-48-28-08-69

    - Une association de prévention pour aider les mères
    Par Sophie Pélissié du Rausas, présidente de Enfance sans drogue (ESD)
    - Des conviction fortes pour pour une action en vérité

    Alors c'est quoi la drogue ? De Marie-Christine d'Welles, fondatrice de ESD

Pourquoi votre enfant se drogue-t-il ?
3 raisons fondamentales

Par Tony Anatrella, psychanalyste, auteur de "Non à la société dépressive", Flammarion


Quelle prévention contre la drogue ?
Par Tony Anatrella, psychanalyste
 
 
Une association de prévention pour aider les mères
Par Sophie Pélissié du Rausas, présidente de Enfance sans drogue (ESD)
 

Nos enfants achètent du haschich aussi facilement que du pain à la boulangerie

Bon nombre d'entre nous pensons que "la drogue, ça n'arrive qu'aux autres" mais nous ne soupçonnons même pas la quantité et la dangerosité des produits qui sont à la portée de nos enfants. Leur consommation perturbe leur santé, leur scolarité, leur vie sociale, la vie de leur famille... Il est temps de réagir! Inversons le phénomène! Réveillons-nous! Attendons-nous qu'il y ait encore plus d'enfants en psychiatrie (schizophrénies liées à l'usage du cannabis, enfants "scotchés"...) pour agir ? Mais alors, combien ? A l'heure actuelle, il serait kamikaze de ne pas se sentir concerné. La drogue pénètre tous les milieux, quelles que soient les origines, les religions, l'endroit où l'on habite... Rester passif, c'est être coupable de non assistance à personne en danger.

L'objectif

Dès l'entrée au collège, informons nos enfants sur les produits qui, tôt ou tard, leur seront proposés. Ils doivent comprendre que le but est "Consommation Zéro". S'il n'y a plus de consommateurs, il n'y aura plus de dealers.

Un réseau de proximité solide : le relais le mères

Nos enfants appellent la personne qui leur fournit de la drogue le "copain qui dépanne", alors que nous qualifions cette personne de "dealer" la mise en place dû réseau de distribution des produits a été très étudiée. Elle se fait par le biais de ce qu'il y a de plus proche de nos enfants les autres enfants de leur classe ou de l'établissement (leurs "amis"). Il faut donc mettre en place un réseau parallèle aussi proche d'eux.

Qui mieux que sa maman est concerné par la santé et le bien-être d'un enfant ?

C'est pourquoi nous croyons au relais de mères pour informer et aider nos enfants. Le principe est simple organiser des réunions où une mère informée en informera 10 autres et ainsi de suite. Notre association procurera à chacune un petit document contenant notamment des fiches sur les produits. Ces réunions seront aussi des lieux d'échange où chacune pourra enrichir ses connaissances par les témoignages éventuels des autres. Une mère bien informée pourra dialoguer de manière pertinente avec son enfant. A cela s'ajoute un outil de communication entre parents et enfants le livre "Et si on parlait du haschich?" de Marie-Christine d'WeIIes aux Editions Presses de la Renaissance.

La drogue, deuxième source de revenus mondial après les armes, est un problème international. Etant membre du Mouvement Mondial des Mères (association créée en 1947, disposant d'un statut consultatif à I'ONU, I'UNESCO, I'UNICEF...) qui regroupe des associations dans le monde entier, notre association a des contacts privilégiés avec d'autres mères concernées par le problème de la drogue. Nous allons mettre en place un réseau MMM-ESD pour réfléchir ensemble aux actions que nous pourrions mener de concert.

Association apolitique et non confessionnelle

 
Des conviction fortes pour pour une action en vérité
Alors c'est quoi la drogue ? De Marie-Christine d'Welles, fondatrice de ESD
 

DANS CE LIVRE COURT ET ACCESSIBLE À TOUS, ÉCRIT SOUS FORME DE DIALOGUE, les questions du fils et les réponses de la mère sont des outils mis à la disposition de tous ceux qui veulent vraiment s'informer sur la drogue. Il s'adresse avant tout aux parents et aux jeunes qui, devant les différences de points de vue qui s'expriment quotidiennement, ne savent pas toujours quoi penser. Il est édité aux Presses de la Renaissance et coûte 49 F (80 pages)

Dans ce livre, elle cite Baudelaire, Olievenstein et surtout elle répond aux questions que les jeunes se posent aussi bien sur la nature même des drogues que sur leurs effets réels sur l'organisme et dans leur vie.

Pour donner un aperçu du livre, voici un passage dans lequel elle résume ses convictions: "Nous avons vu qu'apprendre à gérer une consommation de drogue, quelle qu'elle soit est totalement utopique. Seule l'abstinence obtient des résultats. Nous avons vu qu'il n'existe pas de drogue douce. Nous avons vu que remplacer une drogue illégale par une drogue légale est nocif non seulement pour l'individu, mais aussi pour la société."

Ceux qui veulent travailler à diffuser une information objective, trouveront dans ce livre les données essentielles sur les drogues, dont font aussi partie amphétamines, antidépresseurs, somnifères.

FORTE DE SES RENCONTRES AVEC PLUS DE 100 000 COLLÉGIENS ET LYCÉENS DURANT SES CONFÉRENCES DANS TOUTE LA FRANCE, Marie-Christine d'Welles est devenue spécialiste des questions de toxicomanie auprès des parents, des médecins, des hommes politiques, des institutions.

MARIE-CHRISTINE D'WELLES est fondatrice d'Enfance sans drogue, association membre du Mouvement mondial des mères. Elle est aussi administrateur de la Fédération nationale des associations de prévention de la toxicomanie, et présidente de l'Observatoire international de la psychiatrie. Son premier livre, "Et si on parlait du haschich" a connu un important succès (plus de 20 000 exemplaires vendus). Il est traduit en Allemagne et au Vietnam.

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Pourquoi votre enfant se drogue-t-il ? 3 raisons fondamentales.
Par Tony Anatrella
 

Préalable : responsabilité individuelle et responsabilité sociale

" La toxicomanie est une maladie: elle naît de la curiosité ou d'un état dépressif, et entraîne des inhibitions et une neutralisation progressive des fonctions essentielles de la vie psychique. Ainsi rencontre-t-on souvent chez des toxicomanes une certaine passivité sociale mais aussi une agressivité très active contre soi et les autres. C'est pourquoi, dans les cas extrêmes, la toxicomanie débouche sur la marginalisation, l'absentéisme scolaire ou professionnel et dans la délinquance. Le toxicomane doute de lui et des autres et, dans cette absence de confiance, il n'ose pas s'interroger sur lui-même, il se méfie de ceux qui lui conseillent de se faire soigner. Il a souvent peur de ce qui se passe en lui sans savoir nommer ce qu'il ressent et s'en tient à la confusion de relations fusionnelles et primitives pour lesquelles il n'est pas besoin de passer par le langage parlé.
Certes, cet état de fait n'est pas volontaire, mais ressort précisément à la régression causée par la drogue. La toxicomanie est donc une pathologie, et qu'il faut traiter en tenant compte de la profonde angoisse qu'elle révèle, ou qu'elle provoque et entretient: c'est toujours un individu particulier que l'on soigne. La société est certes loin d'être étrangère à ce mal puisque au lieu de favoriser la construction des individus, les modèles qu'elle offre induisent à la dispersion et à la pratique de conduites additives qui valorisent l'état premier et évanescent des pulsions. Mais il ne faut pas être exagérément déterministe; reconnaissons que les véritables raisons de la toxicomanie se jouent à l'intérieur de chaque personnalité et qu'il arrive que celle-ci soit prédisposée psychologiquement à se laisser entraîner par la magie des produits.
Si les produits deviennent de plus en plus accessibles, si l'absence d'idéaux ne fait que faciliter leur circulation, si, enfin, les adultes ont considérablement aggravé la banalisation de la drogue, il n'en reste pas moins vrai que la prise elle-même dépendra toujours de l'individu qui choisit seul d'entrer dans cette interaction avec le produit. C'est le toxicomane qui crée la toxicomanie et non la société, sans quoi nous serions tous drogués...
Qu'on ne se méprenne pas sur nos propos. Cela n'ôte en rien à la société les responsabilités qu'elle se doit de prendre pour combattre le fléau. Les autorités ont le devoir de faire cesser la culture des plantes qui servent à la fabrication des drogues, d'établir une législation sévère contre les trafiquants, et surtout de l'appliquer, bref, de tout mettre en oeuvre pour détruire les marchés. Mais si la plupart des gouvernements souscrivent théoriquement à cette stratégie, la pratique est tout autre, faute d'une réelle volonté politique! Une chose est de lutter contre les réseaux de production de la drogue, une autre de s'attaquer à la demande qui prend naissance dans les besoins pour le moins problématiques de l'individu. C'est de cette prédisposition qu'il sera ici question : faut-il y voir une carence quelconque? Sans doute, mais encore devons-nous en déterminer l'origine? "

1ère raison : Le divorce et l'instabilité des familles, de l'abandon à la dépendance

" La famille assume de moins en moins une fonction éducative auprès des enfants et en particulier auprès des adolescents qui se retrouvent souvent seuls pour traiter psychologiquement , moralement et spirituellement les problèmes de la réalité. La famille éclatée (séparation, divorce, etc.) assure difficilement et avec trop d'incertitude la socialisation des enfants... "

" Un jeune toxicomane de 24 ans exprimait ainsi sa difficulté à évoluer :
Je n'ai pas progressé parce que mon père - de par ce qu'il est - ne m'y invite pas. Personne ne me demande de devenir adulte. Mon père n'en est pas un et je n'ai jamais eu envie de m'identifier à lui.

Si une famille offre une image stable, cohérente, avec des repères clairs et une relation aimante, l'enfant a d'autant plus de chances de fortifier sa personnalité. Dans la cassure du divorce il ne peut plus s'appuyer sur ses parents et doit faire appel à ses propres ressources qui risquent de lui faire défaut quand il devra se mettre en oeuvre affectivement et sexuellement : c'est souvent à ce moment qu'il développe des relations de dépendances. On oublie souvent que plus un enfant aura pu s'appuyer sur ses parents et sur les adultes en général, plus il sera par la suite autonome et bénéficiera d'un sentiment de sécurité et de valeurs intérieures, d'autodétermination et de constance. En revanche, plus l'enfant sera autonome précocement et plus il est probable qu'il développera des conduites de dépendance, qu'il cherchera à s'accrocher à des personnes ou à des produits, faute d'avoir pu se construire dans une relation aux autres... "

" L'adolescent attend clairement que ses parents réagissent; c'est même précisément pour cela qu'il les éprouve. Une fille de 15 ans, rentrant d'une soirée, raconta à ses parents que du " shit " avait été proposé par deux jeunes, mais qu'elle-même, avec quelques autres, s'était abstenue d'essayer. Comme sa mère lui faisait part de son intention de téléphoner aux divers parents pour les informer de la situation, l'adolescente manifesta son désaccord et menaça de ne plus lui faire de confidences. Avec raison sa mère tint bon, lui rappelant sa responsabilité d'adulte vis-à-vis des autres et l'impossibilité pour elle de garder une information qui mettait en jeu la responsabilité éducative d'autres parents. La jeune fille finit par acquiescer à ces arguments au point d'ailleurs que, en racontant l'histoire, elle manifestait même une certaine fierté devant le courage de sa mère, reconnaissant que celle-ci avait eu raison d'intervenir dans une situation où elle avait son mot à dire... "

2ème raison : Le vide intérieur, absence de sens et dépression

" Il faut cependant ajouter que les parents ne sont pas systématiquement responsables de la toxicomanie de leur enfant, même si parfois ils n'y sont pas étrangers et qu'ils se culpabilisent parce que leur progéniture ne cesse de leur reprocher leur attitude. La toxicomanie est aussi la conséquence du déficit que vivent des adolescents lorsqu'ils refusent de faire face aux tâches psychiques de leur âge. L'adolescence suppose d'assumer les transformations de sa vie psychique et physique, et non de s'en tenir aux modes de gratifications de l'enfance ou, inversement, de jouer précocement à l'adulte dans l'illusion d'une liberté sans limites. La névrose héroïque (croire que chacun est son propre héros) du toxicomane traduit ce refus de grandir fréquent à l'adolescence et rend compte en fait d'une incapacité à ajuster envies et nécessités : si l'adolescent accepte assez facilement ses envies, il lui reste à intégrer les nécessités. Pour preuve la réplique " j'ai pas envie " qui revient souvent dans sa bouche et à laquelle l'adulte doit répondre que ce n'est pas une question d'envie mais plus simplement de nécessité, que, par exemple, il y a un temps pour travailler, un autre pour se détendre. etc. Evidemment, dès lors que nombre d'éducateurs à travers certaines pédagogies apprennent aux enfants à ne rechercher finalement que leur plaisir immédiat, les données du problème sont faussées. Sans le savoir, ils creusent le lit de la psychologie toxicomaniaque qui vit avec l'idée d'un plaisir en soi artificiellement entretenu par le produit. Quand les toxicomanes acceptent la psychothérapie, il faut en premier lieu analyser, critiquer et resituer cette conception du plaisir dans laquelle ils se dissolvent... "

" Confronté aux incertitudes du monde extérieur (non seulement au chômage et à la crise économique qui frustrent dans leur dignité les individus), mais aussi et surtout à ses propres fluctuations, l'adolescent sera une proie facile pour la toxicomanie. Souvent il se jugera comme un junkie, c'est-à-dire un déchet : n'attendant rien, il ne lui reste qu'à se perdre en lui-même, et le produit ingéré joue clairement un rôle mortifère. D'autres fois, il laissera sa sensibilité s'exacerber à fleur de peau, et le langage comme l'enrichissement de la pensée feront une fois encore figure de parents pauvres. Il ne sera question que d'éprouver les choses et l'on préférera " je sens ", " j'ai envie de dire ", " je perçois " ou encore - comble du flou et de l'imprécision - " je crois que quelque part " à " je pense ". Il est vrai que "rien ne vient à l'esprit qui ne soit passé par les sens " (Aristote) mais, dans le paysage contemporain, la pensée formelle en vient à être manifestement sous-développée faute de nourriture textuelle et d'une véritable transmission culturelle, morale et religieuse. A laisser croire que n'importe quelle production est culturelle sous prétexte qu'elle est médiatique, on finit par entretenir des confusions entre une production factuelle, éphémère, et une création qui est durable et chargée d'une unité de sens... "

" L'éducation, c'est-à-dire la transmission d'une culture, conditionne les structures profondes de la personnalité à qui elle fournit un irremplaçable système de valeurs-attitudes. Il est indispensable de se libérer des pédagogies de la spontanéité à la Rousseau qui, sous prétexte que la société risque d'avoir une mauvaise influence sur l'enfant, le livre à l'expression tous azimuts de ses pulsions. C'est la meilleure façon de fabriquer des personnalités à caractère psychotique qui se perdent dans l'imaginaire et refusent de grandir. L'éducation a été prise au piège de cette illusion en délaissant progressivement les pédagogies de l'intelligence au bénéfice de celles de l'éveil. Plus dure est la chute, et comment pourrait-il en être autrement dès lors que, pour développer la fonction psychique de l'idéal et du sens des valeurs, on ne fait pas intervenir en priorité l'intelligence? Sans compter le paradoxe qui veut qu'on se plaigne d'une carence du sens moral dans le même temps où l'on fait tout pour le tuer dans les mentalités... "

" Le jeune peut commencer à se droguer, et c'est souvent le cas, pour des raisons psychopathologiques qui génèrent une dépression symptomatique d'un manque d'intérêt à la vie présente et d'une absence de signification à donner à l'avenir. Les failles du modèle adulte favorisent aussi la déstabilisation de l'adolescent qui se voit privé d'une quelconque possibilité de communication et par là-même renvoyé à son isolement. Enfin, les carences de l'imaginaire sont propices à toutes les dérives délirantes de la toxicomanie, du spiritisme et de l'ésotérisme dont le langage abscons entretient la confusion des esprits et le repli dans le magique plus que le rationnel: " éveil à la réalité de notre dimension énergétique ", " ouverture à la capacité de ressentir la qualité des énergies captées ", " évaluer le ressenti individuel et collectif des capacités d'identification des énergies captées ". Ce vocabulaire schizoïde, utilisé dans de nombreux groupes de thérapie relationnelle ou sexuelle, confirme le basculement des psychologies dans l'éclatement interne.
Ces trois raisons dépressives - manque d'intérêt pour la vie, négation de l'identification possible à des références et carences de l'intériorité - favorisent un morcellement psychologique des individus pouvant conduire à la drogue... "

3ème raison : L'incitation et le laxisme social, de la curiosité à la transgression

"Mais il arrive aussi que sa prise intervienne tout bonnement à la suite d'une proposition " conviviale ", par simple curiosité et sous l'influence des autres. Dans ce contexte, la drogue revêt un aspect ludique et pragmatique: il s'agit de passer un bon moment, de " planer " une soirée en fumant du hasch. Si faibles soient-elles, ces prises ne sont pas banales et, même si elles ne sont pas systématiquement motivées par le besoin de combler des troubles psychiques, elles ont néanmoins pour conséquence de ralentir les fonctions cérébrales et handicapent la concentration, l'esprit de logique et de synthèse, la mémoire, les réflexes, etc. "

" Expérimenter " ce que ça fait " pour le plaisir d'expérimenter, pour se lancer des défis et s'amuser. Ou trouver une alternative à la misère du quotidien et d'un avenir sans horizon. L'une et l'autre motivation justifie pareillement l'utilisation de ces produits illicites parce que - et c'est essentiel à son " succès " - la drogue est actuellement le seul lieu où l'adolescent éprouve la loi et l'interdit. On l'a vu, les lois de régulation sociale, les règles morales existent - elles n'ont d'ailleurs jamais été absentes - mais c'est plutôt le sens éducatif et sa mise en pratique qui fait défaut ! Le manque de civisme qui consiste à voyager sans titre de transport, à voler dans une grande surface ou encore à tricher dans sa vie scolaire ou professionnelle n'entraîne pas la plupart du temps de sanctions (fût-ce au seul titre d'un blâme moral). Pareille carence du respect des règles communes et du sens des responsabilités altère la qualité relationnelle d'une société, incite à la perversion. Se sentir en faute, éprouver sa culpabilité, dès lors qu'elle est réellement justifiée, témoigne d'une bonne santé psychique (évidemment, la culpabilité morbide cultivée pour elle-même, de façon obsessionnelle et névrotique n'a rien à voir avec une saine réflexion morale).
Mais quand on proclame qu'il ne faut pas " culpabiliser " ni " moraliser " et, tout au contraire, qu'il faut " déculpabiliser " comme si la loi n'existait pas, on fait oeuvre de pure démagogie: on ne le dira jamais assez clairement, la culpabilité est inhérente à la psychologie humaine. Quand on " interdit d'interdire" et qu'on nie " l'esprit des lois ", on livre pieds et poings liés l'adolescent à ses démons. Le "joint" ni le " pétard " n'ont jamais été l'école de la liberté mais son asservissement. Car la drogue focalise à elle seule la culpabilité qui ne parvient plus à s'exprimer dans d'autres domaines, comme celui de la sexualité qui se trouve curieusement libérée de toutes règles psychologiques, sociales et morales.
Or, (…) l'esprit des lois prend naissance dans la façon de concevoir la signification sexuelle de sa relation à l'autre, de sorte qu'en ne permettant pas à la culpabilité sexuelle de s'exprimer, celle-ci se retourne contre l'individu entraînant une multitude de troubles psychosomatiques, d'éventuelles conduites suicidaires, un intérêt suspect pour le paganisme, la sorcellerie ou l'astrologie, les rituels de possession et de guérison dont nous avait heureusement libéré le christianisme. Il ne faut pas en conclure que l'adolescence est l'âge de la transgression, ou que la loi a vocation à être transgressée, comme on l'entend pourtant dire ici ou là.
L'adolescence est une période de maturation des nouvelles compétences psychologiques de l'individu, de recherche de ses possibilités et de ses limites. Quant à la loi (sociale et morale), elle rend possible la vie en commun et permet à chacun d'éveiller sa liberté et sa responsabilité. Il est donc curieux que l'on encourage dans les esprits une relation morbide à la loi en promouvant prioritairement la banalité de sa transgression. Si chacun est à lui-même la mesure de sa propre liberté, on comprend que la drogue puisse être une nourriture privilégiée pour compenser ce manque à être tout en se détruisant de l'intérieur... "

"Non à la société dépressive", Flammarion, Paris, 1993, extraits

 

 
Quelle prévention contre la drogue ?
Par Tony Anatrella


La mode actuelle est aux méthodes comportementalistes dont l'argument principal est de croire qu'il suffit d'expliquer rationnellement et de proposer des produits de substitution pour convaincre quelqu'un de modifier ses conduites. Quoique efficaces dans certains cas bien précis, elles ne tiennent pas compte de l'histoire subjective de l'individu et font l'impasse sur les délais psychologiques nécessaires à une " guérison " psychique. Et ce ne sont pas non plus des slogans peaufinés par des agences de communication ou des films publicitaires réalisés par le dernier cinéaste en vogue qui feront reculer la toxicomanie; un clip n'a jamais atteint un drogué qui s'en moque. La prévention qui est uniquement centrée sur la question de la drogue manque sa cible: elle sert à se donner bonne conscience et à éviter de regarder en face la dissolution de nombreux jeunes, perdus pour la société - tout cela à grand renfort de budgets colossaux pendant que de nombreux éducateurs travaillent avec des moyens de plus en plus réduits.

Nous limiterons notre propos au traitement social de la drogue et donc à la question de la prévention. Nous ne parlerons pas des perspectives thérapeutiques ni de la réinsertion sociale des toxicomanes qui débouche, dans bien des cas, sur des résultats encourageants.
La drogue a brisé des vies sans jamais apporter le bonheur qu'elle était censée promettre! Suffit-il de brandir cette menace pour dissuader ses utilisateurs? La peur pas plus que la culpabilité ne sont des arguments, surtout auprès de jeunes qui sont spontanément attirés pas ce dernier interdit social. La prévention, qui ne parle que de drogue, qui s'en tient à en décrire les différentes sortes et délivrer des informations pharmaceutiques, médicales ou économiques, provoque l'effet inverse de l'objectif qu'elle recherche. Un tel propos serait même plutôt incitatif pour les personnalités les plus fragiles!

Le slogan " La drogue, parlons-en " nous paraît sous cet angle très révélateur de l'actuelle politique de prévention. Souvent utilisé de façon incantatoire, il vise dans un premier temps à inviter au dialogue entre parents et enfants -intention louable quand on sait combien l'utilisation d'un produit est symptomatique d'un manque de dialogue. Cependant la drogue ne saurait être l'objet d'une communication interfamiliale, sauf évidemment en cas d'urgence et quand la pratique, déjà installée, nécessite l'intervention de spécialistes ou d'associations. Alors, bien évidemment, les parents doivent eux aussi se manifester. Combien de fois avons-nous entendu des adolescents nous dire : " Mes parents, les profs ne me disent rien, ils ne voient rien " ! Et il est clair que, si le dialogue ne préexiste pas, la communication ne commencera pas avec la drogue. Il faut donc que l'échange se construise quotidiennement depuis l'enfance. Néanmoins, c'est une erreur de penser que parents et enfants peuvent parler de tout; les questions intimes, en effet - sexualité, émotions, fantasmes, sentiments vis-à-vis du père ou de la mère - ne sont pas faciles à traiter. Un adulte apte à incarner une réelle symbolique paternelle et qui sait dire non quand il le faut peut alors se révéler essentiel pour soutenir une personnalité dans son envol vers l'autonomie.

C'est dire combien la prévention qui n'est centrée que sur la drogue peut passer à côté du problème. Pourquoi cet échec des pouvoirs publics? Une pudeur, pour ne pas dire une inhibition, les empêche, semble-t-il, de penser les vraies causes de la toxicomanie: le désarroi de l'adolescent face à ses mutations psychiques, les échecs scolaires, la fausse égalité d'un lycée ouvert à tous et qui, après avoir constaté ses limites, laisse aux universités faire une sélection d'autant plus mal vécue qu'elle est tardive, le contexte inhumain et indigne des cités édifiées sans souci d'urbanisme dans les années 60, l'instabilité du lien familial, l'immaturité des modèles ambiants, la démission des adultes et l'absence de formations intellectuelle, civique, morale et religieuse dignes de ce nom. L'objet du débat ne devrait pas être la drogue, mais l'apprentissage de la vie, de la qualité de l'existence conjugale des parents, le réel souci d'une formation, la transmission d'une morale et d'une foi. Nous perdons notre temps àparler de la drogue; elle n'est qu'un cache-misère, un faux-semblant qui nous évite de parler d'autre chose et surtout de penser un projet éducatif plus cohérent dont les objectifs devraient s'articuler autour de quelques principes communs à tous. Les familles, premières responsables de l'éducation, devraient pouvoir se faire aider par diverses institutions avec lesquelles elles oeuvreraient de concert, avec un même état d'esprit, car dans cette tâche tous les partenaires sociaux sont indispensables. Tandis que les campagnes de prévention sont centrées sur des objets partiels et symptomatiques. Il s'agit en fait d'une banale thérapeutique de l'urgence qui, en outre, fonctionne à contretemps car " parler de la drogue " finit par donner une légitimité aux produits.

" La drogue fait partie de la vie, chacun a ses trucs préférés. La drogue c'est normal puisqu'on en parle. Ne pas en parler prouverait que ça n'existe pas. " Voilà ce que nous disait une lycéenne de 17 ans. Raisonnement paradoxal sans doute, mais qui traduit bien toute l'ambiguïté de la prévention. Qu'on parle de la drogue ne devrait pas lui donner un quelconque caractère normatif! Mais c'est pourtant à ce résultat qu'aboutissent la plupart des campagnes. Nombreux sont ceux qui pensent que " la drogue est un tabou dont il faut parler pour la combattre et la réduire ". Etrange détournement des mots! La drogue n'est pas un tabou. Quant à ce besoin systématique de s'affranchir des tabous, il est pour le moins pervers. On l'a vu, les tabous humanisent et sont nécessaires à la survie des hommes et des sociétés. Cette notion de tabou, appliquée à la drogue, a moins trait à l'anxiété d'6tre privé de drogues qu'à la peur de reconnaître ses manques et ses insuffisances. L'interdit, il est dans le refus d'aborder son intériorité autrement que par des additifs. Ce qui triomphe ici, c'est une formidable peur de soi, et la fortune que connaissent aujourd'hui les scénarios d'épouvante - littéraires ou cinématographiques - ne font qu'orchestrer ouvertement notre peur intérieure.

Pour le toxicomane, la peur est aussi peur de l'autre mais, comme la communication et la présence d'autrui lui sont malgré tout nécessaires, il y substitue le compagnonnage avec la drogue censé combler ce grand vide. Mais c'est à une régression de sa personnalité qu'il aboutit: il a tôt fait de se maintenir dans des états infantiles qui ne sont plus de son âge. Freud a décrit, dans Pulsions et destins des pulsions, le type de communication établi par l'enfant quand il s'empare de ce dont il a besoin pour se développer ou au contraire le rejeter :

Le Moi-plaisir originaire désire s'introjecter tout ce qui est bon et rejeter hors de lui tout ce qui est mauvais. Pour lui, le mauvais, l'étranger au Moi, ce qui se trouve en dehors, sont tout d'abord identiques.


Malgré sa relation fusionnelle puis narcissique, le jeune enfant a quand même un accès objectif à la réalité qui ne sera définitif que lorsqu'il pourra accepter les objets différents de lui et distinguer par lui-même ceux dont il a besoin. Il fera donc l'expérience de la satisfaction à la mesure de sa maturation, et c'est dans la réalité, et non pas à l'intérieur de lui, qu'il pourra engager sa relation avec ces objets. Chez le toxicomane, ce fonctionnement psychique est perturbé puisqu'il ne parvient pas à accepter la réalité (école, famille, sexualité, morale, etc.), et laisse la porte ouverte à la peur, voire à des conduites suicidaires. Tout lui devient occasion de penser que la société est mauvaise et que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue.

" Je me drogue parce que la vie est galère! " A ce slogan on répond par un autre largement diffusé il y a quelques années par tous les médias: " La drogue c'est de la merde! " et qui s'inscrivait sur l'image sordide d'un w.-c. A l'époque, ce discours sadique-anal fit beaucoup parler sans qu'on se rende compte qu'il renvoyait le toxicomane à des mécanismes psychologiques identiques aux siens. Cela n'a d'ailleurs pas empêché bon nombre de jeunes de sniffer de la colle en rigolant sous les affiches du métro. Pis, le jeune homme de 18 ans, qui avait été la vedette du film publicitaire, a été écroué après avoir été pris en flagrant délit lors d'un cambriolage où il cherchait à se procurer l'argent nécessaire à l'achat de doses d'héroïne. Le même garçon, quatre ans auparavant, jetait à la face des Français des paquets de drogue dans la cuvette des toilettes, cependant qu'une voix off affirmait " la drogue c'est de la merde! ". Notre propos n'est évidemment pas de porter un jugement sur ce drame sans en connaître les raisons exactes mais de nous interroger sur la pertinence de campagnes coûteuses, annoncées à grand renfort de tapage médiatique, et dont les résultats sont des plus aléatoires. Une démarche efficace, affirment certains, serait de fabriquer un documentaire fiction, mettant en scène la vie d'un toxicomane, prisonnier de sa recherche incessante du produit, sa souffrance, sa solitude, ses chutes dans la délinquance, la maladie et parfois dans une mort absurde.

Autrement dit, montrer la réalité de l'expérience comme, déjà, certains anciens toxicomanes devenus écrivains l'ont fait dans des romans ou autobiographies. A cet égard le récit de l'expérience éthylique de A. Buffet a eu plus d'effets sur certains alcooliques que les campagnes de prévention officielles. Le problème de la drogue se joue au coeur de l'individu, c'est lui qui décide de se droguer, et c'est à lui de vouloir s'en sortir. Sans cette motivation individuelle, suscitée bien sûr par l'environnement, il est difficile de se guérir de la dépendance. Mais pour diverses raisons la société n'est pas à même de créer ces motivations et il ne suffit pas de libéraliser pour sortir d'un mécanisme qui a des racines profondes. Dans plusieurs pays, comme la Suisse, les expériences libérales ont d'ailleurs abouti à des échecs dramatiques puisqu'on a pu y assister en direct à la mort médicalisée de nombreux jeunes qui venaient se piquer dans le parc du Platzspitz à Zurich où ils pouvaient acheter, échanger et consommer des produits en toute liberté. On a depuis fermé le parc qu'on s'efforce maintenant de remettre en état pour le public... D'autres pays ont proposé de prescrire de la morphine et de l'héroïne aux drogués. Cette toxicomanie sous contrôle médical n'est pas beaucoup plus efficace. Mieux vaut laisser se développer, chez le toxicomane qui souffre trop de sa dépendance, le désir de guérir au lieu de lui servir ses doses à domicile. On a aussi vu des juges dépénaliser la consommation de produits illicites sous le prétexte qu'ils n'étaient pas réellement dangereux et se rendre ainsi coupable de démission morale. Il serait absurde de légaliser la drogue alors que le drogué est avant tout un malade. Nous n'avons pas à donner du plaisir (quel plaisir?) à un toxicomane en tolérant qu'il s'injecte l'héroïne qui le conduira progressivement à la mort. La drogue n'est ici que le signe d'une absence de sens, et notre société tolère le plus important suicide juvénile de l'histoire. La toxicomanie n'est pas une fatalité. Se résigner à cette conduite en lui apportant une reconnaissance légale et sociale serait l'acte consacrant la société dépressive, tel Saturne tuant ses enfants. C'est le sens ultime de cette accusation lancée à la société: " Nous nous droguons et vous ne dites rien! " Une société qui n'a rien à dire, rien à transmettre, rien à apprendre, et qui renvoie les individus à eux-mêmes selon cette formule désolidarisante: " C'est ton problème! " La drogue stigmatise, plus que jamais, une société dépressive qui accepte de laisser des individus se retrancher en eux-mêmes et se cacher pour mourir dans le plaisir de la souffrance..."

"Non à la société dépressive", Flammarion, Paris, 1993, extraits