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Soyons clairs
: il n'est facile pour personne d'imaginer et de promouvoir une
campagne de lutte contre les drogues et de préventions des dépendances.
Aucun " plan triennal " ne peut être sûr d'être efficace véritablement.
De quelques bouches politiques que celui-ci provienne ! Chaque été,
l'Etat lance et revendique " une campagne média en presse ciblée
" (sic). Ainsi, dès juin 2001, nous avons vu paraître ça et là dans
les différentes colonnes de la " grande " presse quatre pages couleur
réalisées par cette célèbre agence de publicité qui inventa, pour
le meilleur, ou plutôt pour le pire, la formule " la force tranquille
".
L'utopie
de la maîtrise des drogues
La MILDT (Mission
Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie)
et le CFES (Comité Français d'Education pour la Santé) sont les
principaux maîtres d'oeuvre d'une étonnante campagne articulée sur
l'hypothétique idée-force d'une maîtrise possible de l'usage des
drogues par nos adolescents. Comme si ces derniers étaient adultes
avant l'heure et comme si tous les adultes eux-mêmes pouvaient maîtriser
leur usage de drogues !
II est indéniable
que près d'un jeune sur cinq déclare avoir fumer du cannabis au
moins dix fois pendant l'année et que cette déplorable banalisation
de l'usage est malheureusement une réalité. II est peut-être louable
d'écrire que " face aux drogues, plus les parents, les aînés et
les éducateurs sont attentifs, plus les risques de consommation
des jeunes sont limités ", mais il faut bien constater que nos gouvernants,
à force de subtilité, ou de frilosité (ou peut-être même de prudence
électorale), ont malheureusement oublié dans cette campagne qui
a coûté la bagatelle de 18 millions de francs, qu'aucun publiciste
ne pouvait espérer faire accepter par le grand public plusieurs
messages de prévention à la fois.
Or, à regarder
de près les quatre pleines pages qui nous sont proposées, nous constatons
que les messages illustrés ne sont plus pluriels, mais indéfinis
à force d'étre nombreux !
Cannabis
contre ordinateur ?
Prenons par
exemple l'affichette sur le cannabis...
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En prenant une
loupe (tous les caractères d'imprimerie sont petits !), nous relevons
un message essentiel : " Mélanger les substances c'est augmenter
les risques. " Un peu plus haut, nous déchiffrons " savoir plus,
risquer moins ". Encore un peu plus haut (gardez votre loupe s'il
vous plaît !) vous lisez : " il n y a pas de meilleure influence
que la vôtre "... Toujours plus haut, en caractère encore plus minuscules,
nous apprenons quelques chiffres sur la consommation du cannabis
en France. Encore un peu plus vers les nuages, nous découvrons l'argument
suivant : " A 17 ans, s'il s'isole, vous pensez qu'il veut garder
son jardin secret... à tort ou à raison ".
Tout cela est
bàti sur l'opposition, ô combien dialectique, d'un ordinateur et
d'une plantation de cannabis dissimulée dans un placard ouvert,
probablement situé dans une chambre d'étudiant. Sans doute veut-on
nous suggérer que l'addiction à l'ordinateur est à comparer à la
dépendance au joint ? Que de subtilité ! Que de messages en filigrane
! Tout cela laisse sans voix. Le ridicule n'est décidément pas publicitaire...
Ce que cache
la feuille de cannabis gouvernementale
En vérité, il
nous paraît évident que d'une manière plutôt hypocrite l'arbuste
cannabique gouvernemental nous prépare, en " moins pire ", à une
dépénalisation de l'usage du cannabis et, au pire, à une libéralisation
de toutes les drogues, suivie du message utopique : maîtrisez vos
consommations, chers camarades citoyens...
La MILDT qui
a sans doute eu un réel courage en décidant d'inclure les dépendances
alcoolique et tabagique aux toxicomanies illicites (cannabis, hérôïne,
cocâïne, ecstasy), n'est-elle pas en train de se fourvoyer à force
de vouloir ménager notre " belle jeunesse qui bientôt votera " ?
Oui, en présentant la consommation de haschich comme une banalité
sans conséquence, l'Etat et ses technocrates dispendieux font croire,
sous prétexte d'appel à la responsabilité, à notre jeunesse en mal
d'identité, qu'elle peut faire usage de stupéfiants sans tomber
trop souvent dans l'abus ou l'assuétude. Qui veut faire l'ange fait
la bête ! Qui veut faire le libérateur fait le bourreau !
Jean-Luc Maxence
est directeur du centre Didro à Paris
Pour
aller plus loin, lire l'interview de J.L. Maxence


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