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L'EDITO

LA NOUVELLE CAMPAGNE DE PREVENTION DE LA MILDT : 18 MILLIONS DE FRANCS, POURQUOI ?
juillet 2001

Raphaël Stainville Soyons clairs : il n'est facile pour personne d'imaginer et de promouvoir une campagne de lutte contre les drogues et de préventions des dépendances. Aucun " plan triennal " ne peut être sûr d'être efficace véritablement. De quelques bouches politiques que celui-ci provienne ! Chaque été, l'Etat lance et revendique " une campagne média en presse ciblée " (sic). Ainsi, dès juin 2001, nous avons vu paraître ça et là dans les différentes colonnes de la " grande " presse quatre pages couleur réalisées par cette célèbre agence de publicité qui inventa, pour le meilleur, ou plutôt pour le pire, la formule " la force tranquille ".

L'utopie de la maîtrise des drogues

La MILDT (Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie) et le CFES (Comité Français d'Education pour la Santé) sont les principaux maîtres d'oeuvre d'une étonnante campagne articulée sur l'hypothétique idée-force d'une maîtrise possible de l'usage des drogues par nos adolescents. Comme si ces derniers étaient adultes avant l'heure et comme si tous les adultes eux-mêmes pouvaient maîtriser leur usage de drogues !

II est indéniable que près d'un jeune sur cinq déclare avoir fumer du cannabis au moins dix fois pendant l'année et que cette déplorable banalisation de l'usage est malheureusement une réalité. II est peut-être louable d'écrire que " face aux drogues, plus les parents, les aînés et les éducateurs sont attentifs, plus les risques de consommation des jeunes sont limités ", mais il faut bien constater que nos gouvernants, à force de subtilité, ou de frilosité (ou peut-être même de prudence électorale), ont malheureusement oublié dans cette campagne qui a coûté la bagatelle de 18 millions de francs, qu'aucun publiciste ne pouvait espérer faire accepter par le grand public plusieurs messages de prévention à la fois.

Or, à regarder de près les quatre pleines pages qui nous sont proposées, nous constatons que les messages illustrés ne sont plus pluriels, mais indéfinis à force d'étre nombreux !

Cannabis contre ordinateur ?

Prenons par exemple l'affichette sur le cannabis...

En prenant une loupe (tous les caractères d'imprimerie sont petits !), nous relevons un message essentiel : " Mélanger les substances c'est augmenter les risques. " Un peu plus haut, nous déchiffrons " savoir plus, risquer moins ". Encore un peu plus haut (gardez votre loupe s'il vous plaît !) vous lisez : " il n y a pas de meilleure influence que la vôtre "... Toujours plus haut, en caractère encore plus minuscules, nous apprenons quelques chiffres sur la consommation du cannabis en France. Encore un peu plus vers les nuages, nous découvrons l'argument suivant : " A 17 ans, s'il s'isole, vous pensez qu'il veut garder son jardin secret... à tort ou à raison ".

Tout cela est bàti sur l'opposition, ô combien dialectique, d'un ordinateur et d'une plantation de cannabis dissimulée dans un placard ouvert, probablement situé dans une chambre d'étudiant. Sans doute veut-on nous suggérer que l'addiction à l'ordinateur est à comparer à la dépendance au joint ? Que de subtilité ! Que de messages en filigrane ! Tout cela laisse sans voix. Le ridicule n'est décidément pas publicitaire...

Ce que cache la feuille de cannabis gouvernementale

En vérité, il nous paraît évident que d'une manière plutôt hypocrite l'arbuste cannabique gouvernemental nous prépare, en " moins pire ", à une dépénalisation de l'usage du cannabis et, au pire, à une libéralisation de toutes les drogues, suivie du message utopique : maîtrisez vos consommations, chers camarades citoyens...

La MILDT qui a sans doute eu un réel courage en décidant d'inclure les dépendances alcoolique et tabagique aux toxicomanies illicites (cannabis, hérôïne, cocâïne, ecstasy), n'est-elle pas en train de se fourvoyer à force de vouloir ménager notre " belle jeunesse qui bientôt votera " ? Oui, en présentant la consommation de haschich comme une banalité sans conséquence, l'Etat et ses technocrates dispendieux font croire, sous prétexte d'appel à la responsabilité, à notre jeunesse en mal d'identité, qu'elle peut faire usage de stupéfiants sans tomber trop souvent dans l'abus ou l'assuétude. Qui veut faire l'ange fait la bête ! Qui veut faire le libérateur fait le bourreau !

Jean-Luc Maxence est directeur du centre Didro à Paris

Pour aller plus loin, lire l'interview de J.L. Maxence

 



 

 

DISCUSSION

Dominique Morin, ancien toxicomane, répond à vos questions.
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