|
Invité de Jean-Pierre
Elkabbach lundi 10 septembre sur Europe 1, Bernard Kouchner a jeté
une nouvelle fois un pavé dans la mare sur une éventuelle dépénalisation
de la consommation de stupéfiants.
A huit mois
de la présidentielle, le ministre délégué à la santé a relancé de
manière spectaculaire le débat sur l'usage des drogues. Bernard
Kouchner s'est prononcé clairement pour la dépénalisation, emboitant
le pas au conseil national du SIDA, qui proposait, le 6 septembre,
"l'abandon de l'incrimination pénale de l'usage personnel de stupéfiants
dans un cadre privé" Le ministre de la santé, ancien médecin, se
place avant tout sur le terrain sanitaire pour justifier sa position.
Il défend la politique dite de "réduction des risques", mise en
place par le gouvernement depuis 1999. Mais surtout, il souhaite
que le débat s'ouvre en France alors que la Suisse vient de dépénaliser,
après l'Allemagne, l'Italie, le Danemark, le Portugal ou encore
la Belgique.
Quel débat
?
Bernard Kouchner
souhaite en finir avec "les fantasmes" et miser sur "la transparence".
Mais la dangerosité du cannabis est-elle un fantasme ? Bernard Kouchner,
lors de son premier passage au ministère de la Santé, a commandé
un rapport à un médecin, le professeur Roques, qui classe la dangerosité
du cannabis loin derrière l'alcool.
Ce n'est en
tout cas pas l'avis des spécialistes, toxicologues et pharmacologues,
de réputation internationale. Ce rapport a été dénoncé par plus
de dix spécialistes dans un contre-rapport qui n'a pas bénéficié
du même écho médiatique. Ceux-ci contestent formellement, preuves
à l'appui, cette classification dont l'auteur est inconnu de la
communauté scientifique internationale. Ils stigmatisent " la lourde
responsabilité " de Bernard Kouchner, dans ce rapport qui banalise
la consommation de drogue par une désinformation manifeste.
Drogue et
délinquance
Du côté des
réactions politiques, le président du groupe DL à l'Assemblée, le
médecin Jean-François Mattéi dénonce "l'irresponsabilité du ministre".
Le député RPR des Alpes-Maritimes, Christian Estrosi, a jugé lundi,
dans un communiqué, que cette attitude "contribuera à renforcer
le commerce de la drogue qui se trouve, on le sait, à la base de
très nombreux faits de délinquance". Ce lien entre le trafic de
drogue et la délinquance est en effet largement sous-évalué par
les pouvoirs publics.
|
 |
Certains meurtriers
agissent sous l'emprise de stupéfiants. C'était le cas de Sid Ahmed
Rezala, le tueur en série du TGV Sud-Est.
Cet été, d'après
les tests des gendarmes, Stéphane Krauth, le meurtrier de Karine,
avait fumé 5 grammes de cannabis et bu des litres de bière. Mais
surtout, le crime organisé vit du trafic de drogue, en particulier
dans les banlieues "chaudes" des grandes villes de France.
Selon Xavier
Raufer, expert en criminologie, "La violence des quartiers de cette
France de ' non-droit ' est souvent présentée comme folklorique,
émanant d'un ' patriotisme de cité '. Les ' jeunes ' se défouleraient
par ennui ou goût du jeu. Cette vision des choses est tragiquement
fausse. La plupart des actes violents qu'on perpètre en ces lieux
vise en réalité à protéger un ' business ' ,au premier chef, celui
de la drogue, dont les profits se chiffrent en milliards de francs."
(Xavier Raufer, Alain Bauer, Violences et insécurité urbaines, PUF,
Que Sais-je, 1998, p. 44 )
La drogue
au volant
Enfin, à compter
du 1er octobre, la prise de stupéfiants fera l'objet d'un dépistage
systématique chez tous les conducteurs impliqués dans un accident
de la route mortel. Cette mesure répond à l'inquiétude des professionnels
de la sécurité routière devant l'accroissement des risques liés
à la prise de cannabis, d' amphétamines, d'héroïne et de cocaïne.
Idéologie
libertaire ou stratégie électorale ?
Comment, dans
ces conditions, alors même que les pouvoirs publics investissent
dans des campagnes publicitaires pour prévenir la consommation d'autres
substances nocives comme le tabac ou l'alcool, peut-on réclamer
la dépénalisation du cannabis ? Bernard Kouchner tente-t-il d'apporter
sa pierre à l'édification du programme du futur candidat socialiste
à l'Elysée ? S'agit-il d'une stratégie concertée d'un parti socialiste
en mal d'idées ?
Ce qui est sûr
c'est que le thème de la dépénalisation du cannabis est devenu,
pour la gauche libérale-libertaire, un symbole de progressisme et
de modernisme. Le message est envoyé principalement en direction
de la jeunesse, qui représente toujours un potentiel électoral non-négligeable.
Démagogie oblige !
Damien Meerman


|