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L'EDITO

La drogue sur le net :
quelle prévention ?
Janvier 2001

Raphaël Stainville Un grand quotidien national (le Figaro) a publié le 26 décembre un article sur le rôle joué par Internet dans l'information sur les drogues. L'auteur de l'article s'inquiète de l'apologie illicite des drogues menée par de nombreux sites qui se présentent comme de véritables guides pratiques de la culture et de la consommation de cannabis. Il est encore trop tôt pour connaître l'impact de ce prosélytisme au sein de la jeunesse, habituée à surfer sur le web.

Cependant l'auteur constate l'ampleur que prend en France la consommation de cannabis. Selon une étude récente menée par l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT), un tiers des jeunes français ont déjà expérimenté le cannabis. Parmi ceux-ci, la moitié en consomme régulièrement (10 fois et plus au cours des 12 derniers mois).

L'apologie des drogues sur le net ne peut donc qu'amplifier un tel phénomène. Et si la traque des réseaux pédophiles et néo-nazis sur le net est une bonne chose, on est en droit d'attendre la même détermination concernant les réseaux de la drogue.

Deux approches différentes de la prévention

Parmi les site consacrés à la prévention, l'article du Figaro signale l'existence de deux sites proposant des approches différentes, voire opposées de la question. Il s'agit du site gouvernemental de la Mildt, d'une part, et du site drogue-danger-debat, d'autre part (quel honneur !). Que dit l'article ? En voici un extrait :

"La Mission interministérielle de lutte contre la toxicomanie (MILDT) passe à l'offensive sur le Net. Alors que vient d'être lancé le second volet de sa campagne " Drogues savoir plus risquer moins ", comprenant plusieurs spots télévisuels ainsi qu'une brochure en vente dans les kiosques, son site Internet (www.drogue.gouv.fr) s'étaye. Au programme une masse d'informations considérable sur les différentes drogues, leurs usages et les dépendances qu'elles provoquent.

Le Net vecteur d'une information préventive et dissuasive ? Tout un chacun aimerait y croire. Aujourd'hui, certains estiment qu'il sert davantage les dealers " branchés ", qui profitent des failles juridiques internationales, que leurs victimes. Fort heureusement, passer à l'acte n'est pas chose simple. Les sites qui se livrent à de tels trafics changent fréquemment d'adresse, ou se cachent derrière d'autres sites faisant office d'écrans.

Pour certains, comme les éditeurs du site de l'association Drogue-danger-débat (www.drogue-danger-debat.org ), la question est loin d'être réglée. Cette dernière, pour qui le débat se situe en amont, s'insurge contre la campagne actuellement menée par le gouvernement à travers son espace web. Elle lui reproche le fatalisme de son approche."

 

 

Maîtriser la consommation ?

En guise de commentaire, ajoutons quelques précisions. Le fatalisme que nous refusons est celui qui renonce à une politique d'éradication des drogues. Or la Mildt entend avant tout " dédramatiser " la consommation des drogues : ni répression, ni prévention mais information. Partant du constat qu' " une société sans drogue ça n'existe pas ", elle se propose d'apprendre aux jeunes à " maîtriser " des consommations théoriquement interdites.

Il y a quelques années, on avait inventé la distinction drogues douces - drogues dures pour une meilleure acceptation sociale du cannabis. Aujourd'hui la propagande officielle va plus loin puisqu'elle incite implicitement à la consommation en faisant miroiter la possibilité d'une toxicomanie maîtrisée, responsable et adulte. On appelle cela : "politique de réduction des risques" mais il s'agit, en clair, d'un tremplin vers la dépénalisation.

Bâtir un monde sans drogue

A l'inverse, nous affirmons que le combat contre la drogue, loin d'être perdu, n'a pas encore eu lieu, faute de réelle volonté politique. Nous pensons que les études scientifiques qui démontrent depuis longtemps la dangerosité des drogues dites "douces" n'ont pas été prises en compte par les responsable politiques.

En juin 1998, le directeur du programme des Nations unies pour le contrôle international des drogues (PNUCID, chargé de financer les programmes anti-drogue), Pino Arlaccchi, déclarait devant les représentants des 185 Etats membres : " Un monde sans drogue, c'est possible (...) A la veille du nouveau millénaire, nous avons la possibilité sans précédant de bâtir un monde sans drogue : nous avons une base économique de connaissances et d'expertises, de nouvelles technologies sophistiquées, et la volonté unie des gouvernements du monde. " Et il ajoutait : " la notion que la consommation de drogues est une sorte de droit de l'homme est immorale "

Le phénomène de la toxicomanie n'est pas une fatalité à gérer, mais un fléau qui dégrade la personne humaine et qui nécessite qu'on lui oppose non seulement des instruments, des programmes et des structures, mais surtout une volonté politique forte, exprimée sans ambiguité.

Damien Meerman

Lire aussi les propos de David Douillet qui affirme : "la marche arrière est envisageable"



 

 

DISCUSSION

Dominique Morin, ancien toxicomane, répond à vos questions.
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