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Suite de l'EDITO (2)

La dimension philosophique et
politique du film

Raphaël Stainville "Aux Etats-Unis, il y a un énorme silence sur le problème de la drogue... nous voulions réveiller les consciences "
Steven Soderbergh

Les propos du réalisateur de Traffic (lire l'interview) permettent de mieux cerner l'orientation politique et philosophique de son film. Il insiste beaucoup sur le fait que le problème de la drogue devrait concerner tout le monde. La politique antidrogue aux USA a été un échec, dit-il, parce qu'on a eu tort de croire ou de faire croire qu'il s'agissait seulement du problème de la police.
Or chaque famille représente une cible pour la drogue et chaque individu est une victime potentielle. On ne peut pas lutter contre les trafiquants si on ne lutte pas d'abord dans la société elle-même contre la dépendance aux drogues. L'offre n'existe pas sans la demande. Et la demande de drogue, avant d'être un délit est d'abord une détresse, la détresse d'un malade, privé de liberté, qui ne peut survivre sans sa dose...
Dans une interview à Libération, le réalisateur de " Traffic " confie : " certains parlent de légalisation mais ce n'est pas d'actualité aux Etats-Unis. En revanche je pense que l'on doit envisager la drogue comme un problème de santé et non un problème criminel. On n'emprisonne pas les alcooliques d'autant que ce sont toujours les noirs et les pauvres qui trinquent. " Soderbergh voit juste et on ne peut qu'être d'accord avec lui. Il faut développer des centres d'accueil et de soin pour les toxicos.

Mais faut-il pour autant abandonner toute criminalisation de la drogue ? Faut-il opposer prohibition des produits et soins aux toxicomnanes ?
Personnellement, après avoir vu le film, je ne crois pas que son auteur glisse dans le piège de conclusions aussi simplistes. Il faudrait beaucoup d'ignorance et de mauvaise foi pour croire que la légalisation des drogues supprimerait les trafiquants.

L'OICS, Organe international de contrôle des stupéfiants, dans son rapport de 1998 affirmait très lucidement ceci :
" §41. La culture illicite, de même que la production, la fabrication et le trafic illicites des drogues par des organisations criminelles nationales et internationales ont pris d'énormes proportions. Il est donc compréhensible que l'on se demande souvent s'il vaut encore la peine de dépenser de l'argent pour le contrôle des drogues et s'il ne serait pas plus économique de supprimer toute la réglementation sur ces produits, de renoncer à tout effort et de laisser aux forces du marché le soin de réguler la situation sans aucun coût pour la société.
L'Organe estime qu'une telle question n'a pas de sens car elle revient à se demander s'il est économique de prévenir les accidents de la route ou de traiter les maladies infectieuses. L'histoire a montré que le contrôle national et international des drogues est un moyen efficace de réduire le développement de la dépendance et que c'est donc le seul choix possible. "

A la lecture des propos du réalisateur, j'ajouterais cependant une critique. Il me semble que c'est la prévention, plus que les soins eux-mêmes, qui constitue en réalité le coeur du problème. Car la prévention s'effectue en amont de la drogue, elle s'adresse à ceux qui ne sont jamais passés à l'acte, à ceux qui ne sont pas encore toxicomanes et pour lesquels l'interdit social, sanctionné par une politique de pénalisation claire, constitue une protection déterminante. Avec une bonne politique de prévention, on évite ensuite de nombreux ravages humains ou sociaux et donc des soins à donner.

Or n'y a-t-il pas de meilleure prévention qu'un film comme " Traffic " ? La MILDT en France (Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la toxiconaie) ferait bien de prendre des leçons. Ma critique de Soderbergh est donc finalement aussi bien un éloge.

Damien Meerman

Lire aussi :
l'interview de Soderbergh
La critique du film
L
a revue de presse



 

 

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