|
"Aux
Etats-Unis, il y a un énorme silence sur le problème de la drogue...
nous voulions réveiller les consciences "
Steven Soderbergh
Les propos du
réalisateur de Traffic (lire l'interview)
permettent de mieux cerner l'orientation politique et philosophique
de son film. Il insiste beaucoup sur le fait que le problème de
la drogue devrait concerner tout le monde. La politique antidrogue
aux USA a été un échec, dit-il, parce qu'on a eu tort de croire
ou de faire croire qu'il s'agissait seulement du problème de la
police.
Or chaque famille représente une cible pour la drogue et chaque
individu est une victime potentielle. On ne peut pas lutter contre
les trafiquants si on ne lutte pas d'abord dans la société elle-même
contre la dépendance aux drogues. L'offre n'existe pas sans la demande.
Et la demande de drogue, avant d'être un délit est d'abord une détresse,
la détresse d'un malade, privé de liberté, qui ne peut survivre
sans sa dose...
Dans une interview à Libération, le réalisateur de " Traffic " confie
: " certains parlent de légalisation mais ce n'est pas d'actualité
aux Etats-Unis. En revanche je pense que l'on doit envisager la
drogue comme un problème de santé et non un problème criminel. On
n'emprisonne pas les alcooliques d'autant que ce sont toujours les
noirs et les pauvres qui trinquent. " Soderbergh voit juste
et on ne peut qu'être d'accord avec lui. Il faut développer des
centres d'accueil et de soin pour les toxicos.
Mais faut-il
pour autant abandonner toute criminalisation de la drogue ? Faut-il
opposer prohibition des produits et soins aux toxicomnanes ?
Personnellement, après avoir vu le film, je ne crois pas que son
auteur glisse dans le piège de conclusions aussi simplistes. Il
faudrait beaucoup d'ignorance et de mauvaise foi pour croire que
la légalisation des drogues supprimerait les trafiquants.
|
 |
L'OICS, Organe
international de contrôle des stupéfiants, dans son rapport de 1998
affirmait très lucidement ceci :
" §41. La culture illicite, de même que la production, la fabrication
et le trafic illicites des drogues par des organisations criminelles
nationales et internationales ont pris d'énormes proportions. Il
est donc compréhensible que l'on se demande souvent s'il vaut encore
la peine de dépenser de l'argent pour le contrôle des drogues et
s'il ne serait pas plus économique de supprimer toute la réglementation
sur ces produits, de renoncer à tout effort et de laisser aux forces
du marché le soin de réguler la situation sans aucun coût pour la
société.
L'Organe estime qu'une telle question n'a pas de sens car elle
revient à se demander s'il est économique de prévenir les accidents
de la route ou de traiter les maladies infectieuses. L'histoire
a montré que le contrôle national et international des drogues est
un moyen efficace de réduire le développement de la dépendance et
que c'est donc le seul choix possible. "
A la lecture
des propos du réalisateur, j'ajouterais cependant une critique.
Il me semble que c'est la prévention, plus que les soins eux-mêmes,
qui constitue en réalité le coeur du problème. Car la prévention
s'effectue en amont de la drogue, elle s'adresse à ceux qui ne sont
jamais passés à l'acte, à ceux qui ne sont pas encore toxicomanes
et pour lesquels l'interdit social, sanctionné par une politique
de pénalisation claire, constitue une protection déterminante. Avec
une bonne politique de prévention, on évite ensuite de nombreux
ravages humains ou sociaux et donc des soins à donner.
Or n'y a-t-il
pas de meilleure prévention qu'un film comme " Traffic " ? La MILDT
en France (Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue
et la toxiconaie) ferait bien de prendre des leçons. Ma critique
de Soderbergh est donc finalement aussi bien un éloge.
Damien
Meerman
Lire aussi :
l'interview de Soderbergh
La critique du
film
La
revue de presse


|