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La suite de L'EDITO (3)

La revue de presse de
"TRAFFIC"

Raphaël Stainville AU COEUR DE LA NUIT

Un divertissement passionnant mais angoissant parce qu'il raconte avec autant d'authenticité évidente que d'énergie les problèmes que posent sur le terrain la lutte contre le commerce de la drogue. La complexité de l'intrigue, le rythme en temps réel imposé aux péripéties clefs, la façon qu'ont les comédiens de vivre les événements comme une routine parfois mortelle: tout donne la sensation d'un reportage sans parti pris ni concession.

Soderbergh nous met en face d'un fléau qui menace l'espèce humaine. Il nous montre comment le mal s'y prend et qui le combat. Surtout pourquoi la victoire n'est jamais que partielle, provisoire, aléatoire. Et comme au strict niveau cinématographique la réalisation est une merveille d'imagination et de mouvement, il s'agit là d'une production qui marque à la fois le septième art et l'histoire de notre temps. Ce qui n'arrive pas tous les jours. (...)

Il semble que rien ne puisse arrêter le déferlement du mal. Et pourtant... Pourtant la victoire du mieux reste possible. La preuve? Ici démontrée par un flic qui n'a pas tout à fait cédé à la tentation, là par une ado qui tente de s'arracher au paradis artificiel. Il ne s'agit pas d'un happy end. Simplement d'une vague lueur qui tremblote au cœur de la nuit.
Claude Baignères, Le Figaro, mercredi 07 mars 2001

STEVEN SODERBERGH FAIT PARLER LA POUDRE

(…) Du cinéma classique, Soderbergh a retenu la précision d'un scénario sans zones d'ombre, où chacun est immédiatement identifiable, tant physiquement que professionnellement ou psychologiquement. Mais, tournant autant que possible caméra à la main et en lumière naturelle, quoique avec une dominante bleue pour l'Ohio ou brune pour le désert mexicain, il impose un regard documentaire tout à fait moderne, comme l'est aussi une certaine volonté de montrer plutôt que de démontrer. Aussi neutre que son titre, le film est un bel exercice de mise en scène qui, sans complaisance pour la drogue, refuse le " happy end " des solutions miracles.
Jean Roy, L'Humanité, mercredi 07 mars 2001

LE FILM-CHOC SUR LA DROGUE

Caméra au poing ou à l'épaule - sous le pseudonyme de Peter Andrews, il est aussi le directeur de la photo -, Soderbergh filme trois histoires en parallèle. Il traque une multitude de personnages, du petit dealer de Tijuana, au Mexique, jusqu'au patron de la lutte antidrogue, à la Maison-Blanche, en passant par d'autres trafiquants, policiers et toxicomanes. " J'avais envie de faire un film sur la drogue, mais pas sur les drogués, explique le réalisateur. La drogue est l'un des principaux problèmes sociaux actuels. Nous connaissons presque tous quelqu'un, ami ou parent, qui est touché par ce problème. "

Aussi réaliste qu'un documentaire, Steven Soderbergh a mené des recherches à San Diego, en Californie du Nord, et au Mexique. Il y a rencontré des gens impliqués dans le trafic, et obtenu des infos authentiques qui se retrouvent dans le film. (…)
Alain Grasset Le Parisien , mercredi 07 mars 2001

 

"TRAFFIC" : UN THRILLER PERCUTANT SUR L'UNIVERS DE LA DROGUE

Par cercles concentriques, avec le punch et le réalisme d'un documentaire, le réalisateur affronte les diverses facettes d'un cancer impossible à juguler, de la mégalopole infernale de Mexico jusqu'aux ghettos délabrés du Nord où les gosses de riches, comme Caroline, viennent acheter leur dose. Ce constat pessimiste est servi par une troupe d'acteurs aussi remarquables les uns que les autres, dont Benicio Del Toro, né à Porto Rico il y a 34 ans, nommé à l'Oscar du meilleur second rôle, et Catherine Zeta-Jones, qui attendait alors Dylan Michael, son premier enfant avec Michael Douglas. En présentant "Traffic" à Berlin, Steven Soderbergh a déploré "l'immense silence qu'il y a aux Etats-Unis sur le trafic de drogue" et l'absence de débat public sur un problème qui "concerne tout le monde et ignore les barrières de classes et de revenus".

"La question que pose "Traffic" est : pouvons-nous faire mieux? La politique actuelle n'aboutit qu'à surpeupler les prisons. Je ne sais pas si les autorités américaines sont capables d'envisager le problème sous l'angle sanitaire plutôt que criminel, a-t-il déclaré. Les Etats-Unis ont fait pression sur la Colombie et l'activité s'est concentrée sur le Mexique mais la demande vient de chez nous."
Yahoo Actualités, 2 mars 2001

CORRUPTION ET REDEMPTION

C'est finalement à la frontière où s'affrontent intégrité et instinct de survie que le puzzle en forme de docu-fiction acquiert toute son épaisseur. Car parallèlement à la descente aux enfers convenue du juge, il y a le bon et la truande qui focalisent toute l'attention. D'un côté, Javier, flic mexicain devenu malgré lui un pion dans le conflit opposant deux cartels pour la domination du traffic.
Sa quête de la Rédemption fera écho au cheminement opposé d'Helena (Catherine Zeta-Jones, en phase comme jamais) l'épouse d'un baron de la drogue, "contrainte" de reprendre en main les affaires, après l'arrestation de ce dernier et les menaces qui pèsent sur sa famille.

Soderbergh a le mérite d'opposer à tous les réflexes moralisateurs la part d'ombre de ces gens ordinaires : Javier n'a rien d'un héros ni d'un guerrier, mais la corruption du système emporte l'homme, tout comme Helena qui réagit en mère sans calcul ni préméditation. Leurs destins s'entre-croisent dans une course contre la montre effrénée, dont la tension ne faiblit que rarement.
A la différence d'un Oliver Stone disséquant l'affaire JFK, Soderbergh ne prétend pas détenir le savoir. Il préfère livrer un double constat dont le paradoxe bouscule et fascine : la guerre contre le fléau est perdue depuis longtemps, et pourtant l'acte individuel peut encore triompher là où les institutions démissionnent. En cela, le réalisateur charge d'une belle densité le sacrifice utopique de Javier, personnage auquel Benicio Del Toro, naturellement charismatique, confère justesse et conviction de tous les instants.
Philippe Paumier, Loisir.net, 5 mars 2001

Lire aussi :
l'interview de Soderbergh
la dimension philosophique et politique du film

La critique
du film



 

 

DISCUSSION

Dominique Morin, ancien toxicomane, répond à vos questions.
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