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AU COEUR DE
LA NUIT
Un divertissement
passionnant mais angoissant parce qu'il raconte avec autant d'authenticité
évidente que d'énergie les problèmes que posent sur le terrain la
lutte contre le commerce de la drogue. La complexité de l'intrigue,
le rythme en temps réel imposé aux péripéties clefs, la façon qu'ont
les comédiens de vivre les événements comme une routine parfois
mortelle: tout donne la sensation d'un reportage sans parti pris
ni concession.
Soderbergh nous
met en face d'un fléau qui menace l'espèce humaine. Il nous montre
comment le mal s'y prend et qui le combat. Surtout pourquoi la victoire
n'est jamais que partielle, provisoire, aléatoire. Et comme au strict
niveau cinématographique la réalisation est une merveille d'imagination
et de mouvement, il s'agit là d'une production qui marque à la fois
le septième art et l'histoire de notre temps. Ce qui n'arrive pas
tous les jours. (...)
Il semble que
rien ne puisse arrêter le déferlement du mal. Et pourtant... Pourtant
la victoire du mieux reste possible. La preuve? Ici démontrée par
un flic qui n'a pas tout à fait cédé à la tentation, là par une
ado qui tente de s'arracher au paradis artificiel. Il ne s'agit
pas d'un happy end. Simplement d'une vague lueur qui tremblote au
cœur de la nuit.
Claude Baignères, Le Figaro, mercredi 07 mars 2001
STEVEN SODERBERGH
FAIT PARLER LA POUDRE
(…) Du cinéma
classique, Soderbergh a retenu la précision d'un scénario sans zones
d'ombre, où chacun est immédiatement identifiable, tant physiquement
que professionnellement ou psychologiquement. Mais, tournant autant
que possible caméra à la main et en lumière naturelle, quoique avec
une dominante bleue pour l'Ohio ou brune pour le désert mexicain,
il impose un regard documentaire tout à fait moderne, comme l'est
aussi une certaine volonté de montrer plutôt que de démontrer. Aussi
neutre que son titre, le film est un bel exercice de mise en scène
qui, sans complaisance pour la drogue, refuse le " happy end " des
solutions miracles.
Jean Roy, L'Humanité, mercredi 07 mars 2001
LE FILM-CHOC
SUR LA DROGUE
Caméra au poing
ou à l'épaule - sous le pseudonyme de Peter Andrews, il est aussi
le directeur de la photo -, Soderbergh filme trois histoires en
parallèle. Il traque une multitude de personnages, du petit dealer
de Tijuana, au Mexique, jusqu'au patron de la lutte antidrogue,
à la Maison-Blanche, en passant par d'autres trafiquants, policiers
et toxicomanes. " J'avais envie de faire un film sur la drogue,
mais pas sur les drogués, explique le réalisateur. La drogue est
l'un des principaux problèmes sociaux actuels. Nous connaissons
presque tous quelqu'un, ami ou parent, qui est touché par ce problème.
"
Aussi réaliste
qu'un documentaire, Steven Soderbergh a mené des recherches à San
Diego, en Californie du Nord, et au Mexique. Il y a rencontré des
gens impliqués dans le trafic, et obtenu des infos authentiques
qui se retrouvent dans le film. (…)
Alain Grasset Le Parisien , mercredi 07 mars 2001
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"TRAFFIC"
: UN THRILLER PERCUTANT SUR L'UNIVERS DE LA DROGUE
Par cercles
concentriques, avec le punch et le réalisme d'un documentaire, le
réalisateur affronte les diverses facettes d'un cancer impossible
à juguler, de la mégalopole infernale de Mexico jusqu'aux ghettos
délabrés du Nord où les gosses de riches, comme Caroline, viennent
acheter leur dose. Ce constat pessimiste est servi par une troupe
d'acteurs aussi remarquables les uns que les autres, dont Benicio
Del Toro, né à Porto Rico il y a 34 ans, nommé à l'Oscar du meilleur
second rôle, et Catherine Zeta-Jones, qui attendait alors Dylan
Michael, son premier enfant avec Michael Douglas. En présentant
"Traffic" à Berlin, Steven Soderbergh a déploré "l'immense silence
qu'il y a aux Etats-Unis sur le trafic de drogue" et l'absence de
débat public sur un problème qui "concerne tout le monde et ignore
les barrières de classes et de revenus".
"La question
que pose "Traffic" est : pouvons-nous faire mieux? La politique
actuelle n'aboutit qu'à surpeupler les prisons. Je ne sais pas si
les autorités américaines sont capables d'envisager le problème
sous l'angle sanitaire plutôt que criminel, a-t-il déclaré. Les
Etats-Unis ont fait pression sur la Colombie et l'activité s'est
concentrée sur le Mexique mais la demande vient de chez nous."
Yahoo Actualités, 2 mars 2001
CORRUPTION
ET REDEMPTION
C'est finalement
à la frontière où s'affrontent intégrité et instinct de survie que
le puzzle en forme de docu-fiction acquiert toute son épaisseur.
Car parallèlement à la descente aux enfers convenue du juge, il
y a le bon et la truande qui focalisent toute l'attention. D'un
côté, Javier, flic mexicain devenu malgré lui un pion dans le conflit
opposant deux cartels pour la domination du traffic.
Sa quête de la Rédemption fera écho au cheminement opposé d'Helena
(Catherine Zeta-Jones, en phase comme jamais) l'épouse d'un baron
de la drogue, "contrainte" de reprendre en main les affaires, après
l'arrestation de ce dernier et les menaces qui pèsent sur sa famille.
Soderbergh a
le mérite d'opposer à tous les réflexes moralisateurs la part d'ombre
de ces gens ordinaires : Javier n'a rien d'un héros ni d'un guerrier,
mais la corruption du système emporte l'homme, tout comme Helena
qui réagit en mère sans calcul ni préméditation. Leurs destins s'entre-croisent
dans une course contre la montre effrénée, dont la tension ne faiblit
que rarement.
A la différence d'un Oliver Stone disséquant l'affaire JFK, Soderbergh
ne prétend pas détenir le savoir. Il préfère livrer un double constat
dont le paradoxe bouscule et fascine : la guerre contre le fléau
est perdue depuis longtemps, et pourtant l'acte individuel peut
encore triompher là où les institutions démissionnent. En cela,
le réalisateur charge d'une belle densité le sacrifice utopique
de Javier, personnage auquel Benicio Del Toro, naturellement charismatique,
confère justesse et conviction de tous les instants.
Philippe Paumier, Loisir.net, 5 mars 2001
Lire aussi :
l'interview de
Soderbergh
la dimension philosophique
et politique du film
La critique du film


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