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INTERVIEW


Monsieur Patrick BILOE
Délégué général de l'Association française des Exploitants de Discothèques et Dancings

Le Nouvel Observateur. Les auteurs du livre " Trafiquants de rave " insistent sur l'implication de plus en plus fréquente des responsables de discothèques dans la revente des drogues de synthèse. Ça vous surprend ?

Patrick Biloé. Sachez d'abord que notre syndicat regroupe plus de 1 000 discothèques, soit 40 000 salariés, et réalise 80% du chiffre d'affaires du marché. A ce titre, je m'élève contre la vulgarisation de ce type d'enquête. Parce que les sources utilisées dans ce livre proviennent des tribunaux et de la police, c'est-à-dire de ceux-là mêmes qui font chaque jour la preuve de leur parfaite incompétence à endiguer l'avalanche des drogues de synthèse. Ce constat d'échec, c'est d'abord le leur. D'autre part, ce livre va une fois de plus permettre de jeter l'opprobre sur toute une profession.

N. O. Il n'empêche que de très nombreux patrons de discothèques sont impliqués dans les enquêtes judiciaires ?

P. Biloé. Peut-être que certains d'entre eux, pour céder à la mode techno, ferment les yeux sur des comportements délictueux d'une clientèle qui n'en est pas une. Sachez tout de même que les sessions de musique techno subissent dans les discothèques une baisse de fréquentation depuis dix-huit mois.

N. O. Mais encore ?

P. Biloé. Il y a des moutons noirs dans toutes les corporations. Ce que nous constatons, nous, c'est que les établissements mis en cause dans le livre proviennent de départements dans lesquels les exploitants de discothèques refusent en majorité d'intégrer des organisations professionnelles.

N. O. Le vrai coupable, ce serait donc le Sud ?

P. Biloé. Le livre fait référence à plusieurs reprises à Béziers, Montpellier, Nîmes, Nice, Marseille... Or nous sommes le seul syndicat à avoir rédigé une charte déontologique. Elle est signée par 70 préfets et sous-préfets ainsi que par le ministère de la Santé.

N. O. Et que prévoit cette charte ?

P. Biloé. Elle prévoit notamment que l'exploitant est tenu de dénoncer aux autorités de police tout flagrant délit de consommation de drogue à l'intérieur de l'établissement. Ce délit est passible d'un emprisonnement de l'exploitant et de la fermeture de l'établissement. On ne rigole pas avec la législation ! C'est d'ailleurs dans l'intérêt même des responsables. En revanche, il est étonnant de constater la permissivité dont font preuve les pouvoirs publics à l'égard des raves, qui se tiennent bien sûr hors de nos enceintes.

N. O. Une concurrence déloyale ?

P. Biloé. Tout à fait. Ces organisations sauvages sont pour nous des concurrents qui nous discréditent, et nous ne cessons de demander aux pouvoirs publics de les interdire.

N. O. Selon vous, pourquoi cette inertie ?

P. Biloé. Je n'en sais rien. Ce que je sais, c'est que les policiers ont tous les moyens pour réprimer le trafic autour de l'ecstasy et des autres nouvelles substances. Mais ils se révèlent incapables d'empêcher leur développement. Un phénomène qui, à force de laxisme, finira par ne plus être marginal.

Propos recueillis par Alain Chouffan, Nouvel Obs, n°1837




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