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OSONS
LE DEBAT
Conférence donnée devant les membres
du Club 89, à l'Assemblée nationale, le 4 avril 2000
En fait, il
y a deux débats :
- un débat
scientifique et clinique sur les effets des drogues, en particulier
du cannabis, et leur rôle dans la création de la toxicomanie,
- un
débat politique sur les mesures à prendre face à un phénomène
de société d'importance nationale s'adressant sélectivement à sa
jeunesse. Donc à ses forces vives.
Les deux débats
sont étroitement imbriqués : l'un, le scientifique dictant plus
ou moins sa loi au politique surchargé de problèmes à résoudre -
on se trouve devant le même problème que celui du sang contaminé.
S'appuyant sur la pensée officielle dominante qui minimise le rôle
du produit en privilégiant la culpabilité de la famille et de la
société, des ministres et autres pouvoirs responsables pourront
plaider non responsables et à la limite " responsables mais non
coupables ".
La France,
comme tous les pays d'Europe a été surprise par ce problème nouveau
: la toxicomanie des jeunes. Les troubles psychiques, troubles du
comportement, le mal être, les conflits familiaux et la désocialisation,
caractéristiques du toxicomane, se sont imposés comme étant les
causes de la maladie alors qu'en fait dans la majorité des cas (95
%), ces troubles ne sont que la conséquence de l'usage des drogues,
Cannabis y compris. La preuve, ils n'existent pas en général, avant
les premières prises de drogue, et disparaissent après sevrage.
Après mai 1968
et l'aggravation soudaine du mal, le Président Pompidou a fait une
déclaration solennelle de guerre contre la drogue, en 1970, devant
la presse, complétée par une loi en décembre, C'était une bonne
loi de santé publique complétée en 1972 par une circulaire de Marcellin,
Ministre de l'Intérieur, sur la Prévention.Celle-ci
est restée lettre morte dans les tiroirs des Préfets. De quoi se
mêlaient les flics ?La
Prévention relevait de la Santé ou de l'Education Nationale même
si elles n'y avaient pas pense.
Quant à la
loi, ce fut un échec, non pas qu'elle soit inadaptée, ni uniquement
répressive, mais parce que comme dans d'autres domaines, des
lois sont votées qui ne sont pas appliquées. Or l'idée dominante
chez les médecins et les magistrats était de ne pas y croire :
- ni
à l'injonction thérapeutique, mesure d'assistance à personne en
danger qui n'a pas été dotée de moyens thérapeutiques sérieux,
- ni aux sanctions pour incitations à usage. En 30 ans, le Parquet
n'a pas du requérir plus de 10 fois, alors que la loi est bafouée
sans cesse,
- ni aux centres de conseils et de soutien valables pour les adolescents
en phase initiale et leurs parents, - ni aux centres de cure de
sevrage et de préparation à la réinsertion en nombre suffisant.
A peine 200 places quelquefois pour des centaines de milliers de
toxicomanes. Maladie la plus mal traitée.
D'où l'aggravation
du fléau. Alors
en 1976, le Président Giscard d'Estaing réunit à son tour la Presse
et fait une deuxième déclaration de guerre à la drogue et nomme
une Madame Drogue, la parité était en marche, dont la seule action
fut de faire écrire un Livre Blanc qui a officialisé l'idée fausse,
dangereuse, du Cannabis drogue douce, car elle a servi à banaliser
son usage... et dont la conclusion était: "il ne faut pas se
plaindre, le problème est moins grave en France, que chez nos voisins
Anglais et Allemands ". Belle consolation pour les parents des
milliers de jeunes contaminés chaque année !
Dans ces conditions
d'inaction, le fléau ne pouvait que continuer à se développer allègrement.
En 1983, le Président à son tour fait une troisième déclaration
de guerre solennelle à la Drogue, toujours devant la Presse. Personne
ne lui dit qu'il y a déjà eu deux déclarations de guerre faites
par ses prédécesseurs et qu'il faudrait peut-être cesser de parler
et commencer à agir. Dans la foulée, il créé la MILDT, Mission Interministérielle
de lutte contre la drogue et la Toxicomanie. Excellent idée que
je luis avais conseillée. Mais hélas, qu'en a-t-on fait ?
Sous le gouvernement
socialiste, elle a servi à placer des camarades du parti qui s'en
servaient comme tremplin à leur carrière, en un an tout au plus.
Quant aux gouvernement de droite, ils s'en servaient de purgatoire
pour les hauts fonctionnaires qui avaient déplu. Cela avait tout
de même un avantage, ces grands commis de l'État cherchaient au
moins à se rendre utiles, le temps qu'ils y passaient. Mais vite
conscients qu'il n'y avait pas de véritable volonté politique pour
soutenir leurs propositions, en un an, ils trouvaient un poste où
ils étaient plus à même de servir l'État.
Treize ou quatorze
Président différents en 17 ans, vous expliquent qu'il n'y ait jamais
eu une politique suivie de l'État en matière de toxicomanie. Quant
à la Présidente actuelle de la MILDT, en place depuis environ 18
mois, sa nomination est due à ce qu'elle fut Secrétaire Générale
du Syndicat de la Magistrature et du courant de pensée dépénalisateur
de Bernard Kouchner, alors Ministre de la Santé. N'est-ce pas un
peu juste pour une qualification ? Son credo de prévention pour
les adolescents est: "On peut en user mais il ne faut pas en abuser
". Ce qui est en contradiction avec une bonne connaissance clinique
et scientifique du problème. Pour nombre d'adolescents aux récepteurs
cérébraux sensibles au Cannabinol, "User" c'est déjà "abuser
" et ils se retrouvent dépendants sans s'en rendre compte.
Ainsi, dans
les régions viticoles, on vous montre en exemple le vieillard alerte
de 80 ans qui boit sa gnole le matin, deux ou trois apéritifs à
midi, une ou 2 fillettes de vin, le tout ponctué par un alcool à
déjeuner et pareil le soir. Mais on oublie de vous montrer les tombes
de ceux qui sont morts à 50-60 ans de cirrhose.
Quant aux toxicomanes
invétérés, le seul objectif déclaré de la MILDT, c'est la limitation
des risques. Tous les crédits dont elle fixe l'attribution vont
:
- a la distribution de seringues, même par distributeurs automatiques,
donc sans contact avec un intervenant en toxicomanie,
- aux boutiques d'accueil, fausse compassion qui revient à faire
de l'accompagnement de toxicomanie,
- aux 20 000 malades traités à la Métadone et 50 000 au Subutex,
ce dernier délivré trop souvent avec un contrôle médical allégé,
voire inexistant, ce qui revient, soit à transformer une toxicomanie
sauvage en toxicomanie domestiquée, soit à l'instauration d'un trafic
de Subutex, l'entretien d'une polytoxicomanie, et de nombreux morts
par overdose.
- La Bible de Mme Maestracci, ce sont les conclusions du Rapport
Roques qui, par une pirouette, conclut que le Cannabis illicite
est moins dangereux que l'alcool et le tabac licites, ce qui est
contredit par la lecture du rapport dans son ensemble, et par les
avis répétés de l'Académie de Médecine, le rapport de l'Académie
des Sciences de 1996 et les avis répétés des experts de l'O.N.U.,
le dernier datant d'à peine un mois, attirant l'attention des Européens
sur les dangers de la tolérance envers l'usage du Cannabis.
Le Gouvernement
Français a appliqué, et avec quel éclat médiatique, le Principe
de Précaution à la maladie de la vache folle et ses dangers de contamination
de l'homme par la maladie de Kreutzfeld-Jacob. Or il n'y a eu que
2 cas signalés en 20 ans.
En revanche,
bien que le Cannabis soit la cause, chaque année, de l'exclusion
de toute vie sociale de 40 000 jeunes de 15 à 18 ans, sans compter
2 à 3000 morts par accidents de la route, Sida ou Hépatite, la MILDT
ne demande pas l'application du Principe de Précaution, ce qu'ont
fait les Suédois. (cf appel d'Ingvar Carlsson). J'en suis convaincu
parce que depuis 20 ans, je dialogue chaque année dans les collèges
et les lycées avec 2 à 3000 jeunes de 10 à 20 ans.
En conclusion,
la toxicomanie n'est ni une maladie honteuse, ni un sujet tabou,
ni une fatalité qu'on doit subir. C'est une maladie qu'on peut
prévenir, guérir, éradiquer, à condition de le vouloir tous
ensemble, à commencer par le Gouvernement et les Elus. 40 000 jeunes
perdus chaque année, et combien demain? C'est une véritable priorité
nationale.
Pour gagner
cet enjeu, il faut mener de front :
- La prévention,
par l'information permanente, systématique et de proximité, des
adolescents et de leurs parents. Il ne faut pas se contenter de
réunions d'information ponctuelles, on n'arrête pas une inondation
en plantant des pieux de ci, de là. Les adolescents sont contaminés
jour après jour par leurs copains de classe ou de quartiers. Il
faut mettre en place dans chaque collège, dans chaque lycée, des
réseaux d'Adultes Relais de Prévention composés d'enseignants, de
parents, d'acteurs sociaux, formés au préalable dans un séminaire
de 4 jours. C'est ce que nous faisons avec succès depuis près de
2 ans dans une quinzaine de collèges et lycées à travers la France
et avec deux Municipalités, à Compiègne, avec le Sénateur-Maire
Marini, et à Saint-Maur, avec le Maire M. Beaumont, ancien Député.
- des Centres
de Cure de Sevrage à la campagne, à l'abri des dealers, avec
suivi de cures de réinsertion et de rééducation, avec soutien psychologique,
pour la préparation à la réinsertion. Dans l'état actuel de nos
connaissances pharmacologiques, c'est la seule façon de les guérir
avec 75 à 80 % de chances de succès et de les rendre à la vie sociale
après 15 à 18 mois de traitement sans médicament. 3000 places seraient
nécessaires et pourraient être installées pour un coût 4 à 6 fois
moins élevés que les centre classiques agréés par le Ministère.
Le CNID a déposé il y a 5 ans, un projet de ce type pour 60 places
situées dans le Périgord. Nous avions l'agrément de la Région d'Aquitaine,
l'avis favorable de Médecins et de la DDAS du Périgord. Le dossier
dort sous le coude d'un fonctionnaire du Ministère de la Santé,
jalousement veillé par le MILDT. Les toxicomanes peuvent attendre.
- Appliquer
la loi : un pays qui n'applique pas ses lois est un pays en
danger: En particulier :a)
l'injonction thérapeutique y compris avec saisine du juge par les
parents pour défendre l'avenir de leurs enfants, même majeurs. Action
qui serait facilitée par la création des centres de sevrage, b)
des sanctions financières lourdes pour tous ceux qui incitent à
usage par application de l'article L 630 du Code de la Santé Publique.
Les bacs des grandes surfaces de vente de livres, les revues et
magazines, les radios, la Télévision et Internet, bafouent la loi
tous les jours. En 30 ans, le Parquet n'a pas fait plus de 10 procès.
Quant aux sanctions, elles sont ridicules 5 à 6000 Francs d'amende
et, une fois ou deux, 6 mois de prison avec sursis.
Etonnez-vous
qu'après ce tableau, et je défie qui que ce soit de me dire que
je dramatise, le fléau continue à s'aggraver. On en débat depuis
30 ans, on en débattra encore 30 ans sans plus de résultat. L'esclavage
a été aboli, je le croyais en 1848. On a inventé un nouvel esclavage,
l'esclavage des jeunes par la drogue. Va-t-on le tolérer encore
longtemps? Il appartient aux politiques de le dire avant que les
parents ne se lèvent et qu'un nouveau scandale comme celui du sang
contaminé ne s'étale dans les journaux et que les Ministres nous
disent : " on ne savait pas. Responsables mais pas coupables
"
Conférence du
4 avril 2000
à l'ASSEMBLEE NATIONALE
devant les membres du Club 89

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