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Jean-Paul Bruneau
est un homme de terrain. Policier formateur anti-drogue, il a d'abord
passé 20 ans à la brigade des mineurs, confronté à l'explosion de
la consommation et du trafic de drogue. Analysant les causes profondes
du malaise français en matière de politique de lutte contre la drogue,
il livre un point de vue nuancé sur le problème de la dépénalisation.
Selon lui, la pénalisation est incontournable mais elle doit s'appliquer
intelligemment pour les simples consommateurs de cannabis, sur le
principe de l'amende ou de la sanction administrative. Son message
s'adresse aussi à toutes les personnes confrontées au drame de la
toxicomanie ou simplement inquiètes de l'avenir de leurs enfants.
Comment devient-on toxicomane ? Quels sont les symptômes de la toxicomanie
? Comment réagir face aux conduites à risques de nos enfants ?
DAMIEN MEERMAN
- Jean-Paul Bruneau, je sais que vous aidez des familles en difficulté
à cause de la toxicomanie dans notre région. Vous avez un D.U. "
Toxicomanie-Dopage " de la Faculté de Médecine d'Angers. Vous êtes
Policier Formateur anti-drogue de la Police Nationale " et fondateur-président
de l'association Espoir du Val d'Oise . Présentez-nous votre association.
JEAN-PAUL
BRUNEAU
-
E.D.V.O. est une association soumise à la loi de 1901. L'association
s'inscrit dans une logique d'accueil, d'écoute, d'hébergement et
d'accompagnement social de toute personne majeure ayant un problème
de dépendance aux produits licites ou illicites. Dans un premier
temps, nous aidons toute personne dépendante à faire un choix dans
une démarche thérapeutique visant à court terme l'abstinence de
tout produit modifiant le comportement. Dans un second temps, nous
prenons en charge la réinsertion des ex-toxicomanes abstinents après
leur cure de désintoxication. La capacité d'accueil est à l'heure
actuelle de 20 places (prix de journée par place 102 F financé en
partie par l'Etat et le Conseil Général). Nous avons commencé en
1987 avec 10 places Nous sommes en cours de réalisation d'une structure
supplémentaire de 25 places pour fin 2002 (prix de journée par place
demandé à l'Etat, la Région et le Conseil Général 110 F).Nous faisons
aussi de la prévention en milieu scolaire et de la formation d'acteur
relais en prévention sur toute la France.
DAMIEN MEERMAN
- Vous évaluez le taux de réussite en réinsertion socio-professionnelle
de vos pensionnaires à 65% sur ces 3 dernières années ; Quelle est
la clé de votre succès ? Jean-Paul Bruneau : Je pense que ce succès
est lié à notre méthode de prise en charge. Sur un plan thérapeutique,
notre suivi avec hébergement en petit collectif est proposé pour
2 fois 3 mois. Durant les trois premiers mois, nos pensionnaires
bénéficient de deux thérapies de groupe animées par des thérapeutes
formés selon les méthodes pratiquées au centre de soins APTE (à
Bucy le Long 02400) qui est un de nos partenaires. Il s'agit d'un
travail sur le comportement pour réapprendre à vivre sans substitution
et aucun produit modifiant le comportement. Notre objectif est de
rendre la liberté la plus totale à l'individu. Nous l'aidons à se
reconstruire, à redonner du sens à sa vie et à devenir autonome.
Ils ont également un groupe de parole quotidien où l'entraide, la
confiance, et la confidentialité permettent d'évacuer bien des angoisses,
des émotions. Un entretien individuel hebdomadaire avec nos travailleurs
sociaux , donne à chacun la capacité d'évaluer les changements et
de se situer dans les démarches prioritaires à effectuer.
DAMIEN MEERMAN
- Pourquoi la toxicomanie est-elle devenue, en quelques années,
un élément clé de la santé publique surtout depuis l'apparition
du SIDA ?
JEAN-PAUL
BRUNEAU
-
Parce que, pour notre pays, selon l'Observatoire français des drogues
et de la toxicomanie, en dehors des deux premières causes de mortalité
liées à l'alcool et au tabac viennent s'ajouter les conduites à
risques de 7 millions de personnes qui ont consommé au moins une
fois dans leur vie du cannabis et 2,2 millions qui en consomment
régulièrement, au moins une à 10 fois dans l'année. C'est un phénomène
de société en plein développement depuis les années 60, surtout
dans les pays de l'Union Européenne et en particulier en France
pour ces trois dernières années.- Je pense de plus en plus que la
démagogie électoraliste de la majorité des dirigeants politiques
européens, en dehors de la Suède, pourra être jugée sévèrement par
l'opinion publique, surtout à l'approche d'un demi-siècle d'incohérence
(allant jusqu'à la dépénalisation) dans la lutte contre l'usage
des stupéfiants.- Cette nouvelle forme de complicité dans un " laisser
faire " qui porte atteinte à l'humanité, n'échappera probablement
pas à une prise de conscience plus répressive dans les générations
futures ; " responsable mais pas coupable " diront encore certains
responsables notamment de l'évolution des mœurs, et pourtant … !
Que dire aussi de cette hypocrisie répréhensible de la plupart des
écologistes européens qui militent pour la liberté d'usage des drogues
en refusant de voir le corps humain et la nature pollués par cette
industrie mafieuse de la drogue ; (juste 2 exemples : 40 000 hectares
de forêts détruites pour les nouvelles cultures de cannabis dans
le RIF au MAROC - Pour extraire la cocaïne des feuilles de coca
au PEROU seulement, les trafiquants utilisent chaque année 136 000
tonnes de kérosène, de chaux, d'acide sulfurique, de toluène, d'acétone,
de papier hygiénique pour filtrer, jetés ensuite dans la nature
près des sources des rivières amazoniennes) . Le tout étant dénoncé
depuis plus de 10 ans par l'O.M.S. (Organisation Mondiale de la
Santé). La pollution des nappes phréatiques génère des conséquences
tragiques pour les Péruviens. En me référant aux bilans et analyses
de l'OICS (Organe International de Contrôle des Stupéfiants) ou
de l'OGD (Observatoire géopolitique des drogues) ou de Ingrid BETANCOURT
dans son livre " La rage au cœur ", et de Xavier RAUFER dans " Criminalité
Internationale "
Il apparaît que les mouvements armés, extrémistes, séparatistes
ou guérillas, sans oublier les 6 principales mafias, utilisent l'argent
de la drogue donné par nos consommateurs pour servir leurs intérêts
criminels au détriment des peuples qu'ils exploitent.dans plus de
18 pays dans le Monde.Dans les pays producteurs ou consommateurs,
nous manquons de ces courageux " Résistants " de notre temps pour
dénoncer cette dérive de la démocratie vers la " voyoucratie ".
En s'exposant de plus en plus à la diffamation organisée et aux
balles des tueurs, certains ont choisi de lutter ( souvenons-nous
du Juge MICHEL, de Mme. PIAT Député du Var) d'autres préfèrent dépénaliser.La
politique de santé publique dans ce domaine est totalement contradictoire
; d'un côté on limite la liberté de consommer des produits licites
tels que l'alcool ou le tabac, de l'autre on banalise la consommation
de produits illicites comme le cannabis et on participe à la désinformation
en vue d'une dépénalisation. Le militantisme international pour
les droits de l'homme ou contre la peine de mort est plus puissant
aujourd'hui mais il devrait aussi s'occuper des " vendeurs de mort
" et de leurs complices vu le nombre de leurs victimes ; 7 638 morts
par surdosage seulement sur l'année 1999 non compris les USA et,
en ne tenant compte que des drogues dites dures, 23 303 960 toxicomanes
dépendants identifiés dans les 70 pays les plus consommateurs selon
le bilan annuel d'INTERPOL. A qui profite ce crime et qui paie les
conséquences ?
DAMIEN MEERMAN
- Mais personne ne semble s'en inquiéter…
JEAN-PAUL
BRUNEAU
-
Il y a un problème de désinformation continue dans ce domaine et
de banalisation de l'usage de toutes les drogues illicites, on n'explique
pas aux Français ce que veut dire dépénalisation, libéralisation,
légalisation, réglementation dans ce domaine et leurs conséquences
sur le plan du droit, de l'éducation, de la santé publique, etc….
Bernard Kouchner, lors de son premier passage au Ministère de la
Santé, a commandé un rapport à un seul professeur, le rapport Roques,
qui classe la dangerosité du cannabis loin derrière l'alcool. Mais
ce rapport a été dénoncé par plus de 10 spécialistes dans un contre-rapport
qui n'a pas bénéficié du même écho médiatique. Ceux-ci contestent
formellement, preuves à l'appui, cette classification dont l'auteur
est inconnu de la communauté scientifique internationale.
De plus, nous savons que le cannabis contient plusieurs centaines
de molécules identifiées ; certaines ont une activité biologique
utile, d'autres ont une toxicité avérée sur le plan pulmonaire et
sur le système de reproduction, sur le génôme entre autre, sans
parler des cas de psychoses aiguës … Les principes actifs du cannabis
n'intéressent aucune industrie du médicament contrairement à l'opium
qui permet de fabriquer des médicaments utiles sans pour cela permettre
de fumer l'opium ; de plus il est possible de faire une synthèse
médicamenteuse des principes actifs du cannabis assimilable sous
forme de patch, spray ou par dissolution sous la langue (comme le
subutex donné aux héroïnomanes) sans pour cela le fumer ou tenter
de justifier l'usage du cannabis fumé y compris chez les biens portants.Monsieur
Kouchner se veut décideur en matière de santé publique mais a-t-il
vraiment consulté les vrais spécialistes de la question ? Ne veut-il
pas faire passer une idéologie libertaire dans ce domaine avec des
arguments qui s'éloignent dangereusement du principe de précaution.
DAMIEN MEERMAN
- Pourquoi le cannabis est-il aussi banalisé ?
JEAN-PAUL
BRUNEAU
-
La pression du groupe et le jeu avec l'interdit couplés au " laisser
faire " sont des éléments clés ; le consommateur cherchera toujours
à rassurer et à valoriser le produit pour justifier sa pratique
et entraîner les autres. D'autre part le cannabis est un produit
aussi attirant que l'alcool pour quelqu'un de timide car il désinhibe
et facilite la parole. Enfin, il y a une image jeune et festive
des drogues qui séduit beaucoup l'adolescent. Il existe tout un
marketing-drogue dont la jeunesse est la principale cible et c'est
au gouvernement d'en limiter l'impact au lieu de dire "oui" à tout
comme le ferait un mauvais éducateur. Vu son coût social et la mortalité
, il était nécessaire de diaboliser l'abus d'alcool et de tabac,
même s'ils font partie de nos coutûmes, notamment pour justifier
la Loi EVIN et la répression de l'ivresse ; cependant, le fait de
vouloir comparer ces 2 produits aux drogues dites douces, décrites
à cette occasion comme beaucoup moins dangereuses, est une erreur
monumentale et sans appel.
Quand on sait que des millions d'adolescents sont à l'affût du moindre
signe de relâchement en terme de limite, tant des parents que des
pouvoirs publics, nous ne devons pas être étonnés du résultat, surtout
depuis les récentes déclarations de nos dirigeants politiques.
Cet élan de jeunisme, à des fins électorales, chez ceux qui détiennent
le plus de pouvoirs, peut être lourd de conséquences, notamment
en laissant croire que la liberté s'acquière dans le laisser-faire
(exemple des free parties ou rave parties) ceci en faisant appel
à la responsabilité individuelle face à une jeunesse en mal d'identité.
Nous savons tous néanmoins que c'est pendant la jeunesse que nous
avons le plus besoin de limites pour construire notre espace de
liberté et le vivre pleinement. Pour ménager la susceptibilité et
les frustrations de cette belle jeunesse qui a tendance à se laisser
glisser dans le tout tout de suite sans effort, on présente la consommation
de cannabis comme une banalité festive ; on indique seulement que
l'abus ou l'assuétude dans l'usage des stupéfiants sont fortement
déconseillés. Jouer avec l'interdit dans l'usage des stupéfiants
n'étant plus sanctionné, même à minima, il n'y a plus cette limite,
ce repère, et ce qui existe en aval ou en amont de cet usage relève
désormais d'une véritable hypocrisie. Pendant ce temps, les sanctions
(contravention) pleuvent pour ceux qui veulent jouir de la liberté
de ne pas attacher leur ceinture de sécurité ; cependant cela semble
rendre plus raisonnables même les récalcitrants.
Si l'usage de chaque joint de cannabis était réprimé par la même
contravention (et non délit punit de 0 à 1 an de prison et/ou de
0 F à 25 000 F d'amende), cette sanction aurait une valeur éducative
et conditionnerait bien des réactions positives à commencer par
celles des parents qui paient trop souvent indirectement la drogue
au dealer sans en être conscients. Cet apport financier, lié aux
contraventions, serait prélevé auprès d'un public festif jouant
avec l'interdit et permettrait de mieux lutter contre ce fléau ou
d'aider à soigner ceux qui deviennent malades dépendants (après
une longue période d'insouciance festive dans leur consommation)
pour l'instant à charge des impôts de ceux qui veillent à leur santé
(CSG par exemple). N'oublions pas non plus que le malade dépendant
de produits stupéfiants est également un usager-revendeur dans la
majorité des cas et qu'il n'a aucun scrupule pour faire des adeptes
et vendre les produits pour assurer sa consommation.
DAMIEN MEERMAN
- Que pensez-vous de la dépénalisation des drogues dites douces
?
JEAN-PAUL
BRUNEAU
-
En France, la Loi ne peut être interprétée et appliquée au cas par
cas que par un Magistrat. Depuis sa création et malgré des réformes,
la Loi du 31 Décembre 1970 du Code de la Santé Publique n'a jamais
vraiment été respectée; alors comment peut-on juger de son efficacité
à présent ?Alors, dans le contexte actuel et pour tenter de maîtriser
la situation, je pense qu'il faut pénaliser intelligemment l'usage
récréatif ou festif et pratiquer une véritable injonction thérapeutique
pour l'usager malade dépendant. Il faut simplifier la procédure
répressive pour l'usage seulement par l'utilisation d'un carnet
à souches de contravention spécifique, un peu comme pour les amendes
pour stationnement irrégulier ou défaut de ceinture.
La Belgique, comme d'autres pays Européens, s'est laissé influencer
par la minorité d'activistes dépénalisateurs et permet ainsi aux
marginaux, surtout Hollandais, d'étendre leur trafic sur ce territoire.
De qui se moque-t-on en permettant l'usage du cannabis et en interdisant
son commerce. Si la Hollande (qui a dépénalisé et réglementé l'usage,
la détention pour usage, et la vente dans les coffee-shops pour
l'adulte seulement) avait osé légaliser l'usage jusqu'à la production,
en s'attirant obligatoirement les foudres des organisations internationales
de lutte contre les stupéfiants comme l'ONU, l'OICS, etc…, nous
constaterions peu de changement du fait que nous ne saisissons en
Europe qu'environ 10% des drogues qui sont consommées ; les dealers
n'iraient pas davantage pointer au chômage et le marché de contrebande
des drogues (légalisées en parallèle avec une concurrence évidente),
compliquerait encore plus les moyens de contrôle ; il faudrait aussi
parler des performances des produits de contrebande et des conséquences
pour la santé et l'ordre public.
DAMIEN MEERMAN
- Comment ou quand devient-on toxicomane ?
JEAN-PAUL
BRUNEAU
-
On devient toxicomane quand notre corps réclame le produit ou quand
on vit dans le mal être en son absence ; notre organisme s'habitue
facilement au plaisir que procure la drogue et on souffre si on
n'en a pas . Si tous les usagers de drogue ne deviennent pas toxicomanes
, il y a plus de raisons de le devenir quand des éléments de renforcement
s'accumulent dans cet usage à risques tels que : - le manque de
volonté ou de combativité mais l'envie d'avoir tout tout de suite
- en ne supportant pas les frustrations, - la pression du groupe
et de la mode quand on a peu de repères ou de limites, - l'oisiveté
et la recherche d'émotions dans l'excès, - la compulsion dans le
plaisir avec les produits, - le gommage répétitif du mal-être, des
difficultés à s'accepter tel que l'on est, - de la timidité avec
ses blocages ou des déceptions sentimentales…. Se droguer aujourd'hui,
c'est avant tout la polyconsommation des produits modifiant l'état
physique et/ou psychique. Il n'y a plus de frontières entre les
produits licites ou illicites et surtout avec le cannabis transgénique
dont le principe actif est particulièrement renforcé, il y a d'autre
paramètre à prendre en compte, comme la "maladie" de la dépendance
qui se développe très tôt chez certains (qui peut démarrer au moment
où l'on coupe le cordon ombilical) et qui, de substitutions en substitutions
(personnes, secte, jeu etc …) aboutissent aux produits qui ne peuvent
qu'aggraver la dite "maladie".
DAMIEN MEERMAN
- Quels sont les symptômes les plus fréquents de la toxicomanie
?
JEAN-PAUL
BRUNEAU
-
Le premier symptôme de la dépendance, que l'on ne peut ignorer,
c'est la violence physique et morale dont les parents sont les premières
victimes : mensonges, fugues, menaces, racket ou les comportements
compulsifs agressifs lors d'usage d'alcool associé au cannabis et
parfois passages aux actes de violences et de vols. Ce sont eux
qui viennent me voir lorsque la situation devient intenable. Mais
il y a d'autres symptômes qui accompagnent ces violences : l'absentéisme
, l'échec scolaire, un désintérêt pour les activités qui demandaient
l'effort, l'abandon des amis qui progressent dans l'effort….. Avant
tout cela, je pense que les changements de comportement importants
chez son adolescent doivent inciter tout parent à la vigilance et
au dialogue, même si ce n'est pas toujours facile ; ceci pour en
savoir plus et intervenir ou demander de l'aide.
DAMIEN MEERMAN
- Quel message souhaitez-vous faire passer auprès des parents ?
JEAN-PAUL
BRUNEAU
-
Même si le contexte social ne favorise pas ce rôle, je dis toujours
aux parents d'encourager leur enfant non usager de stupéfiants à
cultiver la différence, à vivre avant l'adolescence un maximum d'émotions
positives ou constructives par l'expérimentation, avec le soutien
et le suivi éducatif des parents ; il faut que l'enfant dépasse
sa timidité, ses blocages avec le soutien des meilleurs éducateurs
(les parents, sans oublier tous ceux qui en sont responsables de
quelque manière) ; ils doivent l'aider à se "construire de l'intérieur"
pour qu'il soit suffisamment fort au moment de l'adolescence en
s'appuyant sur ses acquis, pour apprendre à dire non et à ne pas
se laisser influencer par le groupe. Il faut que l'adolescent soit
fier de ce refus qui doit se traduire en estime de soi. C'est la
meilleure condition pour garder sa liberté et donner du sens à sa
vie. Un adolescent doit préserver sa rage de vivre et son sens critique
; avec le cannabis, il deviendra vite passif voire même un véritable
" mouton ". La raison appartient à ceux qui ont l'expérience de
la vie ; la jeunesse a le privilège de refaire ou faire ses expériences
mais on ne peut dissocier les deux dans l'intérêt de notre société
ou du plus grand nombre.
C'est surtout au moment de l'adolescence que l'usage de produit
peut conditionner les changements les plus importants dans le comportement
et faire basculer l'individu dans des conduites négatives ou à risques
alors qu'il n'était pas forcément prédisposé à cela. Beaucoup de
parents et d'enseignants me disent, souvent avec conviction, qu'un
adolescent s'il n'avait pas rencontré les effets de produits comme
le cannabis, aurait pu évoluer positivement quelles que soient ses
capacités.
DAMIEN MEERMAN
- Quelle action vous semble aujourd'hui prioritaire ?
JEAN-PAUL
BRUNEAU
-
Il faut réaffirmer l'interdit en matière de stupéfiants pour aider
les Parents dans leur rôle éducatif car il semble impossible de
changer à l'échelle mondiale tous nos principes éducatifs où l'interdit
fait partie intégrante de l'éducation dans les comportements. Pour
l'amorce d'un changement dans nos grands principes éducatifs, un
" Mai 68 " de plusieurs années ne suffirait pas. Nous aurions besoin
d'un modèle adaptable à l'échelle mondiale pour qu'il puisse être
porteur d'idées fortes autres que " il est interdit d'interdire
" ou " apprenons à consommer " ; on ne pourra échapper malgré tout
aux principales influences des religions, des traditions… pour garder
cette richesse de la différence aussi. L'usage des drogues modifiant
le comportement n'est pas source d'équilibre ou de bonheur et nos
principes éducatifs ont évolués raisonnablement avec le temps dans
ce souci d'apporter le bien-être pour le plus grand nombre. Alors
comment peut-on croire que le dépassement de soi et la performance
passent par un produit ! pour gagner ou vivre " son " paradis artificiel,
tricher avec soi ou avec et contre les autres serait-il devenu une
norme acceptée dans le champ éducatif ?Il y a un gros travail à
faire en prévention primaire : renforcer le savoir dire NON des
victimes potentielles dès le CM2, informer l'adolescent des attitudes
à risques par usage ou abus des produits modifiant le comportement
et des conséquences.
Je souhaite que dans ce travail, comme dans tout débat sur la drogue,
la parole soit donnée aux ex-toxicomanes abstinents. Ils sont les
mieux placés pour parler honnêtement de la souffrance de la dépendance
et du danger des produits modifiants le comportement, ceci après
l'information donnée par un spécialiste. Un utilisateur ne peut
porter un regard ou un avis critique objectif sur la drogue qu'il
consomme tant qu'il est dans l'effet convivial ou festif ; actuellement
on donne trop facilement la parole aux dépendants actifs qui deviennent
de plus en plus des éléments " subversifs " surtout dans les " free
" rave parties "
DAMIEN MEERMAN
- Que peut-on faire individuellement dans ce domaine ?
JEAN-PAUL
BRUNEAU
-
Des générations entières ont eu besoin de modèles ou de héros auxquels
ils pouvaient s'identifier pour se stimuler et dépasser leur condition
; l'idéal du moi passe souvent par ce chemin. Aujourd'hui, les Zinédine
ZIDANE ou David DOUILLET entre autres et tous ces héros que l'on
crée à souhait grâce au cinéma, à la télévision, aux jeux vidéo
ou par internet, satisfont les besoins de certains, d'autres se
sentent plus en harmonie avec ces héros qui le deviennent malgré
eux, pour avoir défendu une cause ou l'intérêt des autres avant
le leur, tel Nelson MANDELA ou Mère TERESA ou encore LADY DI . Le
modèle le plus proche reste cependant celui que l'on connaît plus
intimement et qui s'est distingué en faisant preuve de courage et
de ténacité dans les situations difficiles ; les parents, grands-parents,
grand frère ou sœur peuvent et doivent être ces modèles de proximité.
La mondialisation et la médiatisation déforment bon nombre de nos
représentations ; certains ne prendront qu'une partie de cette représentation,
d'autres s'identifieront physiquement et psychologiquement à leur
" héros ". Entre Zinédine ZIDANE, Bob MARLEY ou Mère TERESA, il
y a de quoi donner un sens évident à sa vie. Baudelaire décrivait
cette capacité à dépasser ses limites en utilisant des modèles et/ou
produits (Les Paradis Artificiels) et disait : " On ne fait ni des
citoyens, ni des guerriers avec l'usage du haschich… l'homme devient
inutile à l'homme… " en expliquant, avec son expérience en la matière,
qu'en dehors de l'exaltation, le produit donne à l'homme l'illusion
d'être meilleur en réduisant cependant ses capacités intellectuelles
et créatives. Quand le " héros " dopé ou drogué devient modèle,
le produit prend parfois toute la place dans un grand vide intérieur
ou dans une fuite permanente. Par conséquent, la mission de nos
héros, parents, etc… consiste aussi à ramener l'individu à s'accepter
tel qu'il est en l'incitant à être meilleur, ceci en l'aidant très
tôt à développer son sens critique pour qu'il fasse les bons choix.
Parents ou papy, mamy, grand-frère , grande sœur, vous êtes probablement
ce héros pour les plus jeunes proches de vous, alors au travail
! avec votre bons sens ou avec notre aide. Si vous vous sentez concerné,
ne regardez pas au-dessus de l'épaule de l'autre pour savoir qui
pourrait le faire à votre place.
Propos recueillis
par Damien MEERMAN
Coordonnées
Espoir Du Val d'Oise
1 Allée Bourvil-Le Forum 95210 SAINT GRATIEN Tél : 01 34 05 25 00
Fax :01 34 05 25 09 -
e-mail : edvo@wanadoo.fr
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