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Damien Meerman
: Monsieur
Maxence, vous travaillez depuis bientôt 2O ans au Centre Didro pour
la prévention de la toxicomanie et l'accompagnement des personnes.
Qu'est-ce qui vous a conduit à vous consacrer à cette mission ?
Jean-Luc
Maxence : Mon parcours de vie, en quelque sorte ! Pour
faire court, disons qu'en 1968, je fus de ceux qui vécurent jusqu'à
la lie l'aventure soixante-huitarde, m'évadant parfois dans des
paradis artificiels, n'hésitant pas à revendiquer une marginalité
voulue, acide ou enfumée, et créant dans l'enthousiasme une maison
d'édition (L'Athanor). Dès les années 1975, étant moi-même (et par
moi-même) " sorti des enfers toxicomaniaques ", je fus appelé à
aider des jeunes auteurs, toxicomanes de surcroît, à briser leurs
conduites addictives avant même que n'existent vraiment des " réponses
institutionnelles " dans notre pays…En 1983, je devins " intervenant
en toxicomanie " après ma rencontre avec le Père Gaston Lefebvre
et Danny-Marc (mon épouse) dans le cadre d'une Communauté chrétienne,
à savoir la Chapelle Saint-Bernard de Montparnasse, à Paris. Le
mot " mission " que vous adoptez dans votre question est juste pour
moi. En tant que chrétien, j'ai choisi en 198O d'exercer le métier
de thérapeute spécialisé " en toxicomanie " (après une psychanalyse
de 1O années, avec un lacanien " pur et dur "), parce que j'ai estimé,
du fond de moi, que c'était là ma vocation profonde. Le journalisme
m'a vite déçu par son versant artificiel. Le choix que j'ai fait
d'aider autrui au nom de l'idéal évangélique, tout simplement dit,
ne m'a jamais paru une erreur. Peut-être faut-il avoir, de quelque
manière, traversé le feu pour accompagner son prochain de l'autre
côté des flammes, là où l'autonomie de la personne peut s'épanouir
?
Damien Meerman
: Votre expérience de thérapeute et de chrétien vous conduit
à prendre en compte les facteurs humains, psychologiques et éthiques
de la toxicomanie. Quel enseignement tirez-vous de ces années de
pratique ?
Jean-Luc
Maxence : Que rien de bon ne peut se faire dans la précipitation.
Jamais. On ne peut pas oublier la personne humaine quand on souhaite
vraiment édifier, au fil des ans, une authentique " clinique de
la toxicomanie " au sens noble du terme. Certes, pour comprendre
la problématique des toxicomanies avec des produits licites (comme
l'alcool) ou illicites (comme l'héroïne, le LSD, la cocaïne, etc)
, il faut tenir compte de l'environnement socio-culturel du moment,
des produits consommés, de la personne qui en consomme. Mais il
ne faut point oublier l'un de ces trois facteurs, sous peine de
n'y comprendre rien et d'ajouter de l'ombre à l'obscurité déjà triomphante,
comme dirait Paul Claudel ! Or, depuis vingt ans et plus, les pouvoirs
publics ont cru qu'ils pouvaient résoudre les toxicomanies soit
en médicalisant le patient, soit en le " psychologisant " à outrance,
soit en ne s'occupant que de " réduire les risques " de son usage
de produits toxiques, soit en enfermant le toxicomane en prison
comme si la seule répression pouvait, comme par magie, le guérir
de sa dépendance. L'éloge de la mesure, de l'harmonie, de l'intervention
" à géométrie variable " si j'ose dire, de la complémentarité, est
bien rare…
Damien Meerman
: En matière de politique sanitaire, on est passé du tout
répressif au tout laisser-faire. Comment analysez-vous une telle
évolution depuis 2O ans ?
Jean-Luc
Maxence : Il faudrait des pages (peut-être un livre que
j'écrirai un jour ? ) pour expliquer aux béotiens toutes les erreurs
accumulées par les pouvoirs publics en matière de politique sanitaire,
dans le champ des toxicomanies. En France, on a confondu effet d'annonce
et effet thérapeutique, le plus souvent ! Parler des effets des
différentes drogues en distribuant à grande échelle dans le public
un manuel comme " Savoir plus, risquer moins " est davantage une
opération un peu " pub " pour la " visibilité " de la MILDT (ou
d'une action gouvernementale, d'où qu'elle provienne), qu'une action
de prévention vraiment utile.
Damien Meerman
: Pensez vous que le sida ait joué un rôle dans cette évolution
des pouvoirs publics vers une politique exclusive de réduction des
risques ?
Jean-Luc
Maxence : En effet, dans les années 80, le sida a joué
un rôle de déclancheur des politiques de substitution, non pour
soigner mais pour éviter la contamination. De 1986 à 1996, les programmes
de substitution sont passés en France de 50 à 4000. Avec Michèle
Barzach en particulier, on a pu observer un glissement du discours
politique, consistant à présenter la substitution (méthadone et
subutex) comme un soin ou comme un médicament alors qu'elle n'est
qu'un simple traitement de maintien.
Damien Meerman
: Commet réagir aux discours apologétiques de certaines personnalités
sur les drogues ?
Jean-Luc
Maxence : En exposant au grand public l'absurdité de
telles positions laxistes et irresponsables. En n'hésitant pas à
expliquer ce que devrait être un " modèle identificatoire " pour
la jeunesse en individuation, en n'hésitant pas davantage à dénoncer
le manque de responsabilité éducative et civique de certaines "
vedettes " politiques qui s'imaginent que défendre le droit de fumer
un joint revient à défendre les droits de l'Homme ! En nommant un
chat, un chat, et un polichinelle des médias un guignol dangereux
! Comment envisagez-vous l'avenir de la prévention dans notre pays
alors que les pouvoirs publics semblent y avoir définitivement renoncé
? En prônant l'union des associations autour de l'idée force d'une
réhabilitation de la PREVENTION PRIMAIRE en ce qui concerne les
drogues. Certes, il est juste d'éviter que tout usage ne tourne
à l'abus ou à la dépendance, mais il est devenu tout aussi urgent
qu'une stratégie pédagogique puisse être édifiée au plan national
pour dissuader les jeunes qui n'ont aucune envie de prendre des
drogues, de se laisser tenter par mode ou esprit de mimétisme.

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