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Marie-Christine
d'Welles, écrivain, est aussi fondatrice d'Enfance sans drogue,
administrateur de la Fédération nationale des associations de prévention
de la toxicomanie et présidente de l'Observatoire international
de la psychiatrie. Son dernier ouvrage paru est : Alors, c'est quoi
la drogue ? Aux Presses de la Renaissance, 2001.
DAMIEN MEERMAN
- Marie-Christine d'Welles, on entend dire souvent, depuis le
rapport Roques, que le tabac est une drogue plus dangereuse que
le cannabis. Est-ce votre avis ?
MARIE-CHRISTINE
D'WELLES -
Il s'agit d'une grave confusion. Oui, le tabac est un produit toxique.
Les pesticides, les résidus de pétrole, les déchets radioactifs
sont aussi des produits toxiques, mais pour qu'un produit soit une
drogue psychotrope il faut qu'il réunisse deux caractéristiques
: il doit non seulement attaquer l'intégrité du corps mais aussi
l'intégrité de l'esprit. La drogue perturbe la personne tout entière,
corps et esprit. Ce n'est pas le cas du tabac.
DAMIEN MEERMAN
- Pourtant
on définit souvent la drogue par la dépendance qu'elle entraîne.
Or on sait qu'il y a une forte dépendance au tabac...
MARIE-CHRISTINE
D'WELLES -
C'est une mauvaise approche. Je suis dépendante " de mon mari "
- s'il est inquiet ou heureux, cela rejaillit sur moi. Comme beaucoup
de mères, quand mes enfants étaient petits je souffrais d'en être
éloignée. Mon mari est photographe professionnel et ne se sépare
jamais de ses appareils photos, ce n'est pas une drogue. C'est une
relation passionnelle, une dépendance, qui ne dérègle pas les fonctions
vitales du corps. Je suis aussi dépendante à l'eau. Si je ne bois
pas d'eau je meurs. Pourtant l'eau ne détruit pas ma conscience
du bien et du mal. Le problème n'est donc pas d'être dépendant,
car la vie même crée la dépendance. Le problème c'est que la consommation
de drogue crée de multiples effets physiques et mentaux imprévisibles
et dangereux.
DAMIEN MEERMAN
- Il
semble plus facile de gérer sa consommation d'alcool. Boire un petit
verre ne fait pas de mal.
MARIE-CHRISTINE
D'WELLES -
Les dangers
de l'alcool sont mieux connus de tous. Là encore méfions-nous du
taux d'alcool, car un verre de cidre n'a rien de comparable avec
un verre de cognac ! Comme un joint de skunk n'a pas non plus la
même dangerosité qu'un joint de pollen ou de marocain. Avoir un
accident avec un véhicule, ou commettre un viol sous l'emprise de
l'ivresse alcoolique ou de la défonce cannabique, relève pour moi
de la même gravité. Aujourd'hui on retrouve souvent l'alcool associé
à la consommation d'autres drogues. C'est un potentialisateur. L'alcool
multiplie les effets des autres drogues. C'est aussi vrai pour les
drogues illégales de la rue : cannabis, ecstasy ou autres, que pour
les drogues légales de laboratoire, antidépresseurs, somnifères,
tranquillisants ou autres.
DAMIEN MEERMAN
- Pourquoi une hausse constante de la consommation ?
MARIE-CHRISTINE
D'WELLES -
Depuis les années 60, les psychiatres entretiennent une confusion
auprès du grand public entre les causes et les effets des drogues.
Or les jeunes vont bien. J'en ai vu, depuis un an et demi, plus
de 100000 dans toute la France. Mais dès qu'ils consomment de la
drogue ils commencent à avoir des problèmes. Et plus ils prennent
de drogues, plus ils s'enfoncent dans leurs problèmes et deviennent
incapables de les résoudre. D'autant plus que la drogue, utilisée
régulièrement, crée un état dépressif et un affaiblissement des
défenses immunitaires qui ajoutent très rapidement d'autres affaiblissements
au consommateur. Cette confusion savamment entretenue n'est pas
innocente, elle a fait de la toxicomanie le fond de commerce des
psychiatres. Nos enfants ne sont pas un marché ! La véritable cause
de la consommation vient de la mise sur le marché des drogues légales
et illégales. Plus on met de drogues à la portée des jeunes, plus
on aura de drogués. C'est ce qui se passe en Hollande, en Espagne,
en Suisse, au Portugal et maintenant en France. À l'inverse, la
Suède, avec une politique de fermeté, est devenue en quelques années
le pays le moins consommateur de drogues en Europe.
DAMIEN MEERMAN
- Que reprochez-vous aux psychiatres ?
MARIE-CHRISTINE
D'WELLES -
Dire que le cannabis est inoffensif et créer ensuite des points
d'écoute pour les jeunes qui en consomment et qui vont mal est totalement
incohérent. On ne consulte pas des spécialistes pour des consommations
de produits inoffensifs. Des conventions internationales réunissant
tous les pays du monde sont établies pour protéger les jeunes de
toute présence de drogue autour d'eux. Ces mêmes conventions nous
engagent à ne pas laisser un enfant mineur vendre ou consommer de
la drogue. Non seulement nous ne respectons pas nos engagements
mais des médecins psychiatres osent dire que seuls certains, plus
fragiles que d'autres, ne résistent pas à la drogue. C'est un énorme
mensonge.
Nul être
humain ne peut résister à la drogue. Le produit est le plus fort,
nous savons que les effets physiques et mentaux sont toujours imprévisibles
et dangereux. Il faut informer les jeunes des dangers des drogues
et les inciter à cesser leur consommation. C'est avec des encouragements
qu'on aide un adolescent à construire sa vie, pas en l'écoutant
ruminer ses difficultés. Les difficultés doivent être dépassées,
et doivent nous servir de tremplin pour aller de l'avant. Chaque
jeune a en lui un potentiel formidable. Nous devons l'encourager
à agir pour atteindre les buts qu'il a choisis. Nous sommes les
remparts nécessaires à une bonne construction. Le message central
d'une bonne prévention de la toxicomanie, c'est le refus systématique
et absolu de la drogue. Il faut dire au jeune qu'il doit se respecter
lui-même avant de pouvoir respecter et aimer les autres. Nous devons
lui dire que garder son corps en bonne santé est indispensable pour
vivre soi-même et pour donner la vie.
DAMIEN MEERMAN
- Que
dites-vous à ceux qui sont déjà consommateurs ?
MARIE-CHRISTINE
D'WELLES -
La plus grande hérésie est de remplacer des drogues illégales par
des drogues légales. C'est ce qu'on appelle substitution. C'est
un choix politique. Mais pour arrêter la drogue, la seule méthode
efficace est l'abstinence. Un toxicomane n'est pas un malade, il
peut décider d'arrêter de prendre de la drogue.
DAMIEN MEERMAN
- Mais l'abstinence exige de la volonté...
MARIE-CHRISTINE
D'WELLES -
Oui, la volonté c'est le propre de l'homme. Et plus on l'exerce
plus on en a. Je demande souvent aux jeunes que je rencontre lors
de mes conférences d'exercer leur volonté le soir en rentrant chez
eux et je leur dis : " Demain vous connaîtrez la récompense de votre
effort, l'estime de vous-même. "
- Pour en
savoir plus sur Enfance sans drogue, l'association de Marie-Christine
d'Welles,
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