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Richard Durn : les antidépresseurs sur la sellette
Le Figaro, 29 mars 2002
Dès 1994, le Prozac était mis en cause aux Etats-Unis
La prise de certains antidépresseurs peut-elle déclencher le basculement d'un individu dans la plus implacable violence ?
Soulevée il y a près de dix ans aux États-Unis, la question pourrait aujourd'hui éclabousser le monde de la psychiatrie française. A l'heure où chacun cherche à expliquer le sidérant passage à l'acte de Richard Durn, certains spécialistes soulignent en effet le caractère dangereusement désinhibiteur du traitement médical auquel, selon sa mère, il était soumis.

« Cet effet indésirable d'une catégorie d'antidépresseurs, qui concerne notamment les individus sujets à des pulsions autodestructrices, est aujourd'hui largement pris en compte par les médecins au moment de la prescription », explique par exemple Jean Artarit, médecin-chef du 22e secteur de psychiatrie à Paris et expert auprès des tribunaux. Mais il n'y a pas d'unanimité sur la question : « Ces effets secondaires n'ont jamais été démontrés scientifiquement, tranche Maurice Ferreri, chef de service à l'hôpital Saint-Antoine.

Et ce, même si une certaine désinhibition peut intervenir dans les premiers jours. C'est d'ailleurs la raison
sur ce sujet
  • pointdevue : La dépression à l’épreuve du marketing, par Sarah Mélhénas
  • savezvous : Les anxiolytiques peuvent favoriser un passage à l'acte suicidaire
  • temoignage : Les "Benzos" de la mort.
  • pour laquelle on y associe parfois des tranquillisants. » Les deux spécialistes tombent en revanche d'accord pour affirmer que la prise d'un antidépresseur ne saurait expliquer à elle seule le comportement de Richard Durn.

    Dès 1994, le Prozac s'était trouvé gravement mis en cause lors d'un retentissant procès outre-Atlantique. L'enquête sur une tuerie qui, en 1989, avait fait neuf morts dans une imprimerie du Kentucky avait permis de déterminer que le tireur avait consommé ce médicament en grande quantité avant d'ouvrir le feu. Certes, la firme pharmaceutique avait pu sauver la face in extremis en trouvant un accord financier avec les parties.

    Mais le drame devait entamer sévèrement la réputation des antidépresseurs. En janvier dernier, la Food and drug administration a demandé à l'industrie pharmaceutique américaine de mieux informer le public sur les risques liés à la consommation de ce type de produit. En France, le Prozac est aujourd'hui le troisième médicament le plus vendu.

    Autre question : son traitement, s'il le suivait encore, lui a-t-il été fourni pendant sa garde à vue ?

    C. L.

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