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La dépression à l’épreuve du marketing, par Sarah Mélhénas
Politis N° 533, 17 février 2000
Depuis la naissance des psychotropes dans les années 50, les “ drogues de l'oubli “, planent sur la France qui se découvre aujourd'hui peuplée de déprimés.
Lorsqu'en 1996 paraît le rapport d'Edouard Zarifian sur la prescription des psychotropes, sous le titre Le prix du bien-être, il fait l'effet d'un électrochoc. Ce que le grand public apprend est édifiant: le volume des ventes des psychotropes est trois à quatre fois plus élevé en France que dans n'importe quel pays d'Europe; le moindre vague à l'âme est médicalisé... Qu'est-ce qui pousse les Français à acheter tant de psychotropes ? Dans quelles conditions, pour quel diagnostic, voire pour quel symptôme les psychotropes sont-ils prescrits ? Impossible de le savoir vraiment, car il n'existe aucune donnée fiable à ce sujet. L'industrie pharmaceutique reste muette, et trouble dans les chiffres qu'elle publie.

Les Français, champions du monde de la consommation de psychotropes: info ou intox ? Dans un cas comme dans l'autre, les stratégies marketing s'ourdissent à partir d'un maître mot: dépression.

Les marchands de bonheur

“L’épidémiologie montre que la dépression s'est répandue dans nos sociétés comme une pathologie du changement et non de ta misère économique et sociale ”, écrit le sociologue Alain Ehrenberg dans La fatigue d'être soi. La dépression prend son essor pendant tes Trente Glorieuses, dans une période de progrès économique, de bien-être croissant et d'optimisme généralisé. Sa fréquence, son étendue et son incidence sur t'état sanitaire de ta population en font un problème de santé public. ”

Avec l'avènement des psychotropes, la dépression se décline selon l'air du temps et la vision des publicistes de tout poil. Si la tristesse et la douleur morale comptent parmi les symptômes de la dépression dans la littérature psychiatrique, pour le grand public la dépression apparaît sous les formes banalisées de l'angoisse, de l'insomnie et du surmenage. C'est plus vendeur! Des magazines faussement bien intentionnés recommandent les pilules du bien-être plutôt que a l'inquiétant ” psychiatre.



Tout se confond à la une des kiosques: insomnie, stress, fatigue, “ supernervosité ”, indécision, hyperactivité, inactivité... A chaque
sur ce sujet
  • savezvous : Les anxiolytiques peuvent favoriser un passage à l'acte suicidaire
  • actualite : Richard Durn : les antidépresseurs sur la sellette
  • temoignage : Les "Benzos" de la mort.
  • edito : Entre médicaments et drogues : le business des psychotropes
  • problème sa pilule ! Ainsi, chacun se dope selon l'image qu'il veut donner de lui ou l'état qu'il veut atteindre à un moment ou un autre: tantôt zen, tantôt gai, toujours performant... En un demi-siècle, la société a fini par croire aux pilules du bonheur qu'il suffit d'acheter pour aller mieux. L'idée de résoudre ses difficultés existentielles sans Prozac ou Valium apparaît aujourd'hui comme une ineptie. Pourquoi souffrir et se compliquer la vie alors que tout paraît plus facile sous médicament. Reste la constance de l'illusion sans cesse renouvelée et ravivée par l'apparition d'un nouveau produit ou par la variété des usages que les médias lui attribuent. Les dérives vont bon train ! Ainsi, le Prozac, strictement limité aux traitements de la dépression et des troubles obsessionnels, est maintenant prescrit contre la boulimie, les règles douloureuses, I'obésité.

    Après l'émergence d'une société d'adultes drogués, le pire est à venir avec une clientèle de choix: les enfants et les nourrissons. Votre bébé ne a fait pas ses nuits ”

    Du Nopron fera l'affaire. Le médicament est dangereux, il provoque des pertes de connaissance, mais, il reste en vente libre dans les pharmacies. Votre garçon est a turbulent ” ? La Ritaline (un stupéfiant) se chargera de calmer ces enfants dits a hyperactifs ” dont le seul tort est d'être des enfants.

    L'engouement irrationnel des adultes pour des “détergents des neurones ”, des “camisoles chimiques “ (benzodiazépines) est tout aussi préoccupant. Ces molécules sont responsables de nombreux accidents de la route et de nombreux autres drames dénoncés par Georges Alexandre Imbert (voir article suivant). A moyen terme, ces médicaments se meuvent en véritables drogues pour leurs usagers devenus dépendants. A l'instar des toxicomanes, ils ne peuvent plus se sevrer eux-mêmes. La dépendance devra alors être traitée dans des conditions de sécurité suffisante, c'est-à-dire à l'hôpital psychiatrique.

    Sarah Mélhénas
    Politis N° 533 .17 février 2000

    Biblio :
    Le prix du bien-être, Edouard Zarifian, éd. Odile Jacob, 282 p., 130 F
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    à voire aussi sur ce sujet
    un livre
    Le Prix du Bien-Etre, par Edouard Zarifian
    E. Zarifian
    Psychotropes et Société Un cri d'alarme sur l'usage excessif des médicaments psychotropes (tranquillisants, antidépresseurs, etc.) en France, le plus gros consommateur européen en ce domaine E. Zarifian est professeur de Psychiatrie et de Psychologie Médicale à l'Université de Caen Chef de Service de Psychiatrie au CHU de Caen "On peut s'interroger sur la légitimité de la référence exclusivement médicale en psychiatrie et sur les dangers d'une attitude qui consiste à traiter seulement les symptômes et uniquement par des médicaments. Les caractéristiques de l'être humain sont ainsi rabotées que l'on évacue purement et simplement le sens des symptômes, propres à chacun, et le contexte relationnel, générateur de tant de difficultés. De même des abus d'une médicalisation de toute souffrance morale individuelle induite par les difficultés sociales, existentielles, relationnelles et économiques qui marquent si cruellement notre époque. La médecine ne peut être la seule réponse aux malaises d'une société." E. ZARIFIAN Editions Odile Jacob - Sept. 1996 - 282 p.
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    un site
    Stop à la drogue
    http://www.stopaladrogue.com/
    Apolitique et aconfessionnelle, l'association "STOP A LA DROGUE" à été fondée en Novembre 1996 par des parents soucieux d'impliquer les élèves, les parents et les enseignants dans un processus actif de prévention. "STOP A LA DROGUE" propose un partenariat avec les collèges et lycées. L'association est membre de l'Union Départementale des Associations Familiales (UDAF). Le président de l'association, Richard Maillet est titulaire du Diplôme Universitaire de Prévention des Toxicomanies. Pourquoi "STOP A LA DROGUE" ? Informer sur les drogues et en détailler pour chacune d'elles les pièges et les dangers; EST-CE SUFFISANT ? Ou EST-CE DAVANTAGE ? Discuter d'autres choses que de la drogue ? C'est à dire développer, chez nos jeunes, l'esprit d'analyse et leur esprit critique face à une culture de banalisation ? C'est par exemple: - Comment être bien dans sa peau et dans sa tête de nos jours ? - Comment agir et réagir face à un problème à résoudre ? A qui s'adresse l'association "STOP A LA DROGUE" ? Aux classes de seconde, 3ème et 4ème qui représentent la tranche d'âge où l'on est sollicité pour la première fois à la prise de drogue. L'association peut intervenir à la demande des chefs d'établissement et répondre aux questions des parents et des adolescents, les conseiller, les informer de façon objective.
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