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Les "Benzos" de la mort.
Accidents et suicides en série...
Les benzodiazépines (tranquillisants et hypnotiques) devront désormais porter une mise en garde contre le suicide. L'instigateur de cette mesure, Georges Alexandre Imbert, président de l'Association d'aide aux victimes des accidents des médicaments, accuse par ailleurs l'Etat, les médecins et l'industrie pharmaceutique de génocide.
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“Les benzodiazépines et produits apparentés ne doivent pas être utilisés seuls pour traiter la dépression, ou l'anxiété associée à la dépression, dans ta mesure où elles peuvent favoriser un passage à l'acte suicidaire. Les benzodiazépines ne constituent pas le traitement principal de troubles psychotiques ”, stipuleront désormais les notices d'emploi jointes à ces médicaments. Cette mesure a été annoncée dans une lettre que Dominique Gillot, secrétaire d'Etat à la Santé, a adressée le 28 janvier 2000 à l'Association d'aide aux victimes des accidents des médicaments (AAAVAM). Son président, Georges Alexandre
Imbert, remporte ainsi une victoire, mais il préférerait voir disparaître ces substances ou pour le moins les savoir restreintes au strict usage des psychiatres. Les généralistes n'ont ni le temps ni la formation pour vraiment écouter et analyser la souffrance de leurs patients. pourtant 91,5 % des prescriptions de benzodiazépines émanent de leur cabinet. Si j'en crois une étude publiée en octobre 1999 dans les Annales de la psychiatrie, une baisse de 25 % de la prescription des benzodiazépines et un meilleur suivi des malades dépressifs permettrait de réduire de 60 % le nombre de suicides ”, déclare Georges Alexandre Imbert que tout ramène désormais au suicide de son fils Laurent.
Une cocaïne light
Dans la nuit du 6 juin 1992, Laurent demande à sa fiancée d'appeler un médecin qui lui injecte une légère dose de Valium sans savoir que le jeune homme est suicidaire et dépressif. a Au lieu de s'endormir, Laurent entre dans une sorte de crise de démence. Il veut abuser de sa fiancée, tente de la tuer, prend un revolver et se tire une balle dans la tête. Georges Alexandre Imbert demande une autopsie. Une seule trace: le Valium. Entre-temps, il apprend de médecins et de policiers que les benzodiazépines sont soupçonnées d'être des substances criminogènes. L'hypothèse selon laquelle la mort de Laurent serait liée à la prise de Valium se confirme. Depuis plus de vingt ans, des livres de pharmacologie, des thèses et des études démontrent que les psychotropes de la classe des benzodiazépines donnent des pensées suicidaires et permettent le passage à l'acte en toute sérénité. C'est noté partout, excepté dans le Vidal et la notice qui accompagne ces médicaments.
Certains professeurs de psychiatrie appellent ces médicaments de la cocaïne light. Une drogue qui crée de la dépendance, exacerbe les tempéraments bouillonnants, renforce les
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paranoïas et engendre des pertes de mémoire. Les témoignages sont effroyables. Passages à t'acte suicidaire, tueries familiales, agressivité et violence (à l'école, dans les prisons...), accidents médico-légaux, du travail et de la circulation, etc., sont provoqués par ces substances vénéneuses prescrites par des médecins mal informés par les multinationales ayant reçu des AMM de l'agence française de sécurité sanitaire des produits de santé ”, dénonce Georges Alexandre Imbert qui n'a de cesse d'alerter les pouvoirs publics et les populations des dangers que représentent ces drogues licites. Sa croisade est si véhémente, qu'il apparaît aujourd'hui le spécialiste incontournable en matière d'accident par médicament. Il est souvent appelé pour témoigner en cour d'assise pour des passages à l'acte aberrants. Une manière aussi de sensibiliser les experts judiciaires aux questions de la responsabilité des médicaments dans ces tragédies.
Le pot de terre contre les pots de fer
Georges Alexandre Imbert a constitué des dizaines de dossiers pour des familles endeuillées, des enfants estropiés, etc. Il enquête, rassemble des preuves, recherche les ordonnances criminogènes, va au Sénat, dans les ministères, multiplie les courriers auprès du ministère de la Santé, aux services de pharmacovigilance et autres autorités sanitaires. Depuis des années, Georges Alexandre Imbert demande que les notices préviennent du danger encouru à consommer des benzodiazépines. Cette mesure va bientôt rentrer en vigueur. a Ces médicaments dangereux sont néanmoins commercialisés. Est-ce une manière d'éliminer les indigents ? Avec des milliers de morts chaque année, la question reste posée ” déplore Georges Alexandre Imbert qui déclare: “ J'accuse de génocide l'industrie pharmaceutique à qui profite le crime, certains médecins dealers qui fournissent légalement leurs clients en drogues mortelles et les pouvoirs publics qui ferment les yeux. ”
Sarah Mélhénas
(Politis N° 533, 17 février 2000)
Pour en savoir plus sur ce sujet :
AAAVAM :
Association d'aide aux victimes des accidents et maladies liées aux médicaments :
Contact : Georges A. IMBERT
E-mail : AAAVAM@aol.com
Adresse : 10, rue de la Paix 75002 PARIS
Tél : 0141108700
Activité :
Aide aux victmes des accidents et maladies liés aux médicaments Prévention du suicide, pharmacovigilance, conseils...
(voir Santé Magazine n°279, mars 1999).
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E. Zarifian est professeur de Psychiatrie et de Psychologie Médicale à l'Université de Caen
Chef de Service de Psychiatrie au CHU de Caen
"On peut s'interroger sur la légitimité de la référence exclusivement médicale en psychiatrie et sur les dangers d'une attitude qui consiste à traiter seulement les symptômes et uniquement par des médicaments. Les caractéristiques de l'être humain sont ainsi rabotées que l'on évacue purement et simplement le sens des symptômes, propres à chacun, et le contexte relationnel, générateur de tant de difficultés. De même des abus d'une médicalisation de toute souffrance morale individuelle induite par les difficultés sociales, existentielles, relationnelles et économiques qui marquent si cruellement notre époque. La médecine ne peut être la seule réponse aux malaises d'une société."
E. ZARIFIAN
Editions Odile Jacob - Sept. 1996 - 282 p.
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