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Les dérives du Subutex inquiètent des spécialistes
AFP, jeudi 11 avril
Des médecins dénoncent les dérives de son utilisation par injection et le développement d'un marché noir.
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Le Subutex, un substitut principalement dédié au traitement de dépendance à l'héroïne, pècherait selon trois spécialistes caennais par un manque de suivi qui favorise des dérives de son utilisation par injection et le développement d'un marché noir.
Le docteur Jean-Jacques Sibireff, généraliste et responsable d'un centre de soins pour l'alcoolisme, affirme avoir déjà pu constater les dégâts du Subutex, commercialisé en France depuis 1995, en recevant la visite de personnes dépendantes.
Il cite notamment l'exemple "d'un homme qui est venu me voir, accro au Subutex qu'il utilisait à raison de 12 mg par jour (au lieu de 8 mg) en deux injections".
Avec ses confrères, le professeur de santé publique Xavier Lecoutour du CHU de Caen et le pharmacien Franck Lepargneur, le généraliste a rassemblé le plus d'éléments possible sur le sujet et lancé le débat en alertant notamment le conseil de l'Ordre des médecins et l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé.
Le 28 mars, un rapport, rendu public, remis au ministre délégué à la Santé, Bernard Kouchner, se félicitait de la réussite des traitements de substitution.
"On a obtenu pour la première fois en cinq ans une diminution de 80% des overdoses mortelles à l'héroïne (...)", affirme l'un des auteurs du rapport, le Dr William Lowenstein, directeur du Centre Monte Cristo (hôpital Pompidou, Paris), notant que ces "résultats excellents font pencher la balance en faveur des traitements de substitution (...)".
Selon ce même rapport, 100.000 toxicomanes usagers d'héroïne injectable bénéficient aujourd'hui en France de traitements de substitution et en 2001, plus de 80.000 personnes ont été soignées avec le Subutex.
Le
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rapport relève aussi que le Subutex, perçu comme moins dangereux, a dépassé la méthadone, moins facile d'accès et qui pâtit encore de son image de "stupéfiant".
"L'utilisation du Subutex, qui doit être pris par voie buccale, est détournée", affirme le Dr Sibireff. Selon lui, "30% des gens se l'injectent en faisant fondre au préalable les comprimés. Les chiffres d'une étude de l'Inserm en 1998 donnaient 12 à 31% et on sait que les choses se sont beaucoup aggravées depuis 18 mois".
"Le produit ne devrait être prescrit qu'aux drogués à l'héroïne, ça correspond à un nombre assez limité de personnes. Mais en 2000, la consommation de Subutex a augmenté de 18,4% dans le Calvados et 26% en France. C'était le 8e médicament vendu en pharmacie en chiffre d'affaire en France, le 1er à Paris et le 2e en Ile-de-France", commente le médecin.
"Comme pour la méthadone, pour laquelle il y avait un protocole, il faut absolument que les gens auxquels on prescrit du Subutex (principe actif : buprénorphine) soient suivis", affirme-t-il.
"Certains multiplient dans la même journée les visites chez différents docteurs et pharmaciens pour se fournir et parfois le revendre au marché noir", dénonce-t-il. "La prescription est pour 28 jours avec des boîtes de sept comprimés à 8 mg. Chaque boîte coûte 24 euros pièce, remboursés par la sécurité sociale", précise le Dr Sibireff.
Selon les informations glanées par les trois médecins, "au lieu de la dose de 8 milligrammes par jour, certains consommeraient 20, 25, voire 30 mg par jour et même plus parfois".
"Nous avons à faire à des gens accros à un morphinique distribué par les médecins... ou devrait-on dire dealers d'un produit morphinique ?", s'interroge le médecin.
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Un cri d'alarme sur l'usage excessif des médicaments psychotropes (tranquillisants, antidépresseurs, etc.) en France, le plus gros consommateur européen en ce domaine
E. Zarifian est professeur de Psychiatrie et de Psychologie Médicale à l'Université de Caen
Chef de Service de Psychiatrie au CHU de Caen
"On peut s'interroger sur la légitimité de la référence exclusivement médicale en psychiatrie et sur les dangers d'une attitude qui consiste à traiter seulement les symptômes et uniquement par des médicaments. Les caractéristiques de l'être humain sont ainsi rabotées que l'on évacue purement et simplement le sens des symptômes, propres à chacun, et le contexte relationnel, générateur de tant de difficultés. De même des abus d'une médicalisation de toute souffrance morale individuelle induite par les difficultés sociales, existentielles, relationnelles et économiques qui marquent si cruellement notre époque. La médecine ne peut être la seule réponse aux malaises d'une société."
E. ZARIFIAN
Editions Odile Jacob - Sept. 1996 - 282 p.
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