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Entre médicaments et drogues : le business des psychotropes
Juin 2002
L’analogie d’usage entre les médicaments prescrits pour la sphère mentale et les drogues de rue est frappante. D'innombrables substances thérapeutiques ont été prescrites abusivement ou détournées de leur usage médical. D’ailleurs la consommation de tranquillisants, d’hypnotiques et d’antidépresseurs est, en France, considérablement plus élevée que partout ailleurs en Europe. Elle est notamment trois fois plus importante qu'en Grande-Bretagne ou qu'en Allemagne. Selon un rapport de l'Observatoire national des prescriptions de médicaments, 12 % des Français âgés de plus de 15 ans ont consommé pendant l'année un ou plusieurs psychotropes. Un marché colossal pour l'industrie pharmaceutique...

Nos compatriotes sont-ils plus malades ? Evidemment non, répond Edouard Zarifian, universitaire et psychiatre, déjà auteur de plusieurs ouvrages remarqués sur les maladies mentales en France.
Les Français succombent plutôt aux mauvaises habitudes de leurs médecins. Par facilité, par intérêt autant que par manque de formation, ceux-ci se contentent depuis trop longtemps de prescrire à tout va ces fameuses pilules contre le mal-vivre. "Environ 20 % des prescriptions d'antidépresseurs ne reposent sur aucun diagnostic psychiatrique étayé", souligne l'Observatoire national des prescriptions de médicaments.

Edouard Zarifian met en cause les laboratoires pharmaceutiques et le laisser-faire des pouvoirs publics : "Si le médicament, écrit-il avec une logique imparable, était aussi indispensable qu'on le dit, sa nécessité devrait s'imposer d'elle-même. Or on constate que les investissements de recherche sur un an sont parfois inférieurs de 50 % aux frais de promotion, d'information, de relations publiques... engagés par les industriels du médicament."

Quelques faits, glanés dans l’actualité, suffisent à illustrer cette réalité :

Le 12 avril 2002, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, publiait une mise en garde concernant le Zyban, en soulignant les risques de survenue de convulsions et de dépendance. Cette nouvelle molécule présentée comme le Rambo de la lutte antitabac (d’où le nom associé à cette molécule, censé évoquer Zidane) a fait son apparition sur le marché en
sur ce sujet
  • substituts : Alerte au Zyban !
  • substituts : Sécurité d’emploi des benzodiazépines et produits apparentés
  • substituts : La France, médaille d'or des pilules du bonheur
  • pointdevue : La dépression à l’épreuve du marketing, par Sarah Mélhénas
  • temoignage : Les "Benzos" de la mort.
  • France le 17 septembre dernier. Le Zyban est en fait un vieil antidépresseur : le bupropion, connu aux Etats-Unis depuis les années 70 pour le nombre élevé de contre-indications et d’effets secondaires graves. Au moins 6 morts sont déjà recensés en France depuis septembre.

    Enfin, aujourd’hui les laboratoires pharmaceutiques s'attaquent à une nouvelle cible, pleine d'avenir : les enfants.
    Aux Etats-Unis, 4 millions d'écoliers prennent chaque jour des calmants pour soigner un peu tout et n'importe quoi. Plusieurs procès intentés par des parents sont en cours concernant la Ritaline, un médicament, à base d’amphétamines, mis au point dans les années 50 pour soigner certaines maladies rares. Par hasard, on a découvert qu’il avait un effet calmant sur les enfants agités. A partir de cet instant, le nombre d’enfants diagnostiqués hyperactifs a soudainement explosé. Coïncidence sans doute… Le nombre d’ordonnances a augmenté de 600 % entre 89 et 96. Les critères d’administration sont devenus tellement vagues (“ parle sans arrêt ”, “ ne range pas ses affaires ”, etc.) que n’importe quel gamin distrait ou un peu turbulent peut être concerné.

    En France, c'est encore un tabou. Mais peut-être plus pour longtemps. Le ministère de la Santé vient pour la première fois d'autoriser la vente sur ordonnance d'un antidépresseur pour enfants, le Zoloft du laboratoire américain Pfizer. Uniquement dans un premier temps pour soigner une maladie rare : les TOC, les troubles obsessionnels compulsifs. Une maladie que ces laboratoires voudraient faire passer pour massive, appliquant le fameux principe du Dr Knock « Tout bien portant est un malade qui s'ignore ». Une stratégie consistant, à grand renfort de pub et de marketing auprès des médecins et des journalistes, à promouvoir la maladie avant de promouvoir le remède. Une stratégie cynique ? En tout cas une belle réussite commerciale : Le Zoloft a dépassé les ventes de Prozac dans le monde, son chiffre d'affaires annuel s'élève à 2 milliards de dollars.

    Nous ouvrons ces jours-ci un grand dossier sur la question. Vous trouverez des articles récents ou plus anciens dans la rubrique « Les médicaments et les substituts ».


    Damien Meerman

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    à voire aussi sur ce sujet
    un livre
    Le Prix du Bien-Etre, par Edouard Zarifian
    E. Zarifian
    Psychotropes et Société Un cri d'alarme sur l'usage excessif des médicaments psychotropes (tranquillisants, antidépresseurs, etc.) en France, le plus gros consommateur européen en ce domaine E. Zarifian est professeur de Psychiatrie et de Psychologie Médicale à l'Université de Caen Chef de Service de Psychiatrie au CHU de Caen "On peut s'interroger sur la légitimité de la référence exclusivement médicale en psychiatrie et sur les dangers d'une attitude qui consiste à traiter seulement les symptômes et uniquement par des médicaments. Les caractéristiques de l'être humain sont ainsi rabotées que l'on évacue purement et simplement le sens des symptômes, propres à chacun, et le contexte relationnel, générateur de tant de difficultés. De même des abus d'une médicalisation de toute souffrance morale individuelle induite par les difficultés sociales, existentielles, relationnelles et économiques qui marquent si cruellement notre époque. La médecine ne peut être la seule réponse aux malaises d'une société." E. ZARIFIAN Editions Odile Jacob - Sept. 1996 - 282 p.
    acherter ce livre
    un site
    Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé
    http://agmed.sante.gouv.fr/index.htm
    L’Afssaps est un établissement public de l’Etat créé par la loi n° 98-535 du 1er juillet 1998 relative au renforcement de la veille sanitaire et du contrôle de la sécurité sanitaire des produits destinés à l’homme. Cette agence se substitue à l’Agence du médicament, avec des missions étendues à l’ensemble des produits de santé et des moyens renforcés. L’Afssaps est compétente en matière d’évaluation et de police sanitaire pour tous les produits de santé et les produits cosmétiques. L’Afssaps exerce des pouvoirs de police sanitaire importants sur tous les produits de santé, qu’ils soient soumis à autorisation ou non. Lorsqu’un produit présente ou est soupçonné présenter, dans les conditions normales d’emploi, un danger pour la santé humaine, l’agence peut prendre des mesures de suspension, d’interdiction de toute activité portant sur ce produit, avec la possibilité de fixer des conditions particulières d’utilisation ou de restriction pour l’utilisation de ces produits. Ses services d’inspection ont un pouvoir de consignation des produits dangereux ou susceptibles de l’être pour la santé humaine (en attente de résultats d’analyses par exemple). L’Afssaps a ainsi en charge notamment : les médicaments, les réactifs de laboratoire les dispositifs médicaux, les produits sanguins, les produits cosmétiques, les produits thérapeutiques annexes utilisés pour la préservation et le traitement des cellules, tissus et organes, les organes, tissus et cellules, les produits de thérapie génique et de thérapie cellulaire, certains produits diététiques spécialement destinés aux malades, les préparations magistrales et hospitalières.
    Lundi 06 Septembre
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