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Francis Curtet : drogue légalisée, mort autorisée
Propos recueillis par Claude-Marie Trémois, Télérama, n° 2092, 1990
Ce n'est pas un hasard si le discours tenu sur la légalisation de la drogue coïncide avec l'apparition du sida. On espère éviter ainsi le partage des seringues. Mais, ce faisant, on lutte contre une maladie en favorisant un autre phénomène non moins meurtrier. Car la légalisation de la drogue fera peut-être mal aux narcotrafiquants - mais sûrement plus mal encore aux toxicos.

1) Pour anéantir le marché clandestin, il faudra légaliser toutes les drogues, sans exception : cannabis, opium, héroïne, cocaïne, mais aussi crack, ecstasy, ice... En somme, mettre le poison à la portée de toutes les bourses. Naturellement, il faudrait aussi autoriser la drogue aux mineurs.
2) L’appel au secours exprimé par la prise de drogue serait définitivement méprisé : « Droguez-vous, nous ferons le reste. » Le reste, c'est la maîtrise et le contrôle des marginaux dans une clochardisation à vie dont s'enorgueillit curieusement la municipalité d'Amsterdam.
3) Si nos coutumes permettent à la plupart d'entre nous d'user de l'alcool sans en abuser, comme les Asiatiques peuvent user de l'opium, il ne faut pas oublier qu'aucun Occidental ne peut prétendre maîtriser des drogues « dures » caractéristiques de cultures fondamentalement différentes.
4) Qu’est-ce qu’un toxico ? Quelqu’un qui souffre psychologiquement. Sa prise de produit signifie que l'existence que nous lui préparons, nous adultes, ne l'intéresse pas. Il veut à la fois fuir une réalité qu'il ne supporte pas, et lancer un défi à la société. Alors, si on lui supprime le risque et la transgression des interdits, il se tournera vers d'autres formes de violence : suicide, conduite à contresens sur les autoroutes, etc. En 1971, quand la French Connexion a été démantelée, le nombre d'héroïnomanes a baissé, mais les suicides ont augmenté dans la même proportion.
5) Enfin, si l'État devient dealer et le soignant distributeur de mort, comment espérer encore cette étincelle de confiance qui permet au toxico de trouver quelqu’un à qui parler de tout ce qu’il avait préféré taire et fuir dans la drogue ?

Réduire le problème de la drogue
à l'offre, c'est oublier l'essentiel : la demande. Beaucoup de jeunes disent « non » aux dealers. Ce sont ceux qui disent « oui » qui font problème. Les 9/10 de ceux qui fument un joint le font par curiosité et, si les parents ne dramatisent pas, ils s'arrêtent. Mais ceux qui prennent de l’héroïne, c'est qu'ils sont mal. Ils savent qu’ils risquent le sida, la prison... La vie, pour eux, ne vaut pas la peine d'être vécue. Pour qu’elle ait un peu de prix, il leur faut sans cesse frôler la mort. Comme James Dean dans La Fureur de Vivre.
Notre boulot, à nous, thérapeutes, c'est de leur dire: « La drogue ne résout rien. Elle mène à une impasse. S'il y a des choses qui ne vont pas dans votre vie, il existe des gens avec qui parler, pour vous aider à trouver des issues possibles. »
Mais on ne peut pas à la fois donner aux jeunes un poison qui ne résout rien et leur demander de nous faire confiance. Même pendant la désintoxication, si nous leur donnons de la drogue à doses dégressives, nous ne sommes plus que des dealers légaux. Et ils n'auront pas envie de parler avec nous, car c'est exactement comme si on leur disait : « Votre douleur ne nous intéresse pas. » C'est l'attitude des parents qui se débarrassent d'un enfant à problèmes avec un billet de 500 F.
Cette tendance à la législation survient aussi à un moment où certains pays, comme les États-Unis, connaissent un échec complet dans leur lutte contre la toxicomanie.
Pourtant, je crois qu'on peut encore gagner la bataille : 1) en luttant contre le blanchiment de l'argent; 2) en aidant les pays du tiers monde à retrouver dignité et autonomie (leur misère fait la richesse des marchands d'armes et de drogues) ; 3) en développant la prévention.
La prévention, c'est informer les magistrats, les médecins, les enseignants ; créer des réseaux de solidarité dans les communes ; concevoir des émissions pour le grand public. Mais on ne peut plus se permettre de laisser la responsabilité de ces émissions à des gens pleins de bonne volonté mais incompétents. Il ne viendrait à l'idée de personne de confier la prévention du cancer à Rika Zaraï...

Francis Curtet
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à voire aussi sur ce sujet
un livre
Drogue : idées toxiques
Francis Curtet
Psychiatre des hopitaux, Francis Curtet a une longue expérience de la prévention et de la prise en charge des toxicomanes. Il est le fondateur de plusieurs associations ("le trait d'union", "grande écoute", et plus récemment "Objectif parents") Dans ce livre, il entreprend de réfuter les idées fausses et de dénoncer les idées malhonnêtes, notamment celles qui voudraient nous faire croire qu'il n'existe plus d'autre solution que d'apprendre à nos enfants à gerer la drogue. Il apporte également aux parents des indications concrètes pour éviter que leur enfants ne se droguent, et pour aider les toxicomanes à retrouver leur liberté et leur autonomie dans la vie. Aux idées toxiques, parce que fausses, déformées ou mal interprétées, qui circulent un peu partout, Drogue: idées toxiques, ardent plaidoyer pour résister à la résignation et la banalisation, oppose des idées toniques qui offrent à chacun la capacité d'agir face à la drogue. Editions Milan, 2002
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Le Centre Didro
http://www.didro.net/
Depuis bientôt 3O ans, le Centre D.I.DRO (Documentation-Information-Drogue), de l’association DROGUE ET JEUNESSE, reconnue d’utilité publique, poursuit sa route aux côtés des mille et une institutions hospitalières, médicales, associatives, partie prenante du grand mouvement mondial de recherche qui œuvre contre les dépendances aux drogues, et en faveur des actions de prévention à ce sujet. DIDRO, dont les grands objectifs sont la prévention, la formation-information des travailleurs sociaux et le soin, a sans cesse mis au point des approches originales visant l’efficacité thérapeutique ou préventive, sans s’interdire une certaine adaptation permanente indispensable au fil des années. Jean-Luc Maxence, directeur du Centre, est un homme de convictions à contre courrant des modes éphémères qui s'attache à promouvoir un authentique respect de la personne humaine. A visiter en toute confiance !
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