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Toxicomanies : un problème grave, impliquant la responsabilité de chacun
Fédération Protestante de France
Texte adopté par la Commission d'Éthique le 8 juin 1996
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Une drogue est un produit dangereux parce qu'il agit sur le corps et sur l'esprit de celui qui le consomme. La consommation, lorsqu'elle devient dépendance, entraîne un processus qui aliène la liberté d'une personne et fausse sa perception des valeurs et son comportement Elle entraîne donc des réactions de l'entourage du toxicomane. C'est pourquoi la consommation de drogues est un défi permanent à nos Eglises : défi humain, défi économique, défi social. Le toxicomane n'est pas un malfaiteur ni un pervers mais il est un être en situation de détresse. Il est même le plus marginalisé des mal-lotis. Et il n'en est pas le seul responsable.
Parmi d'autres, nous voulons désigner des causes profondes de la toxicomanie qui interpellent particulièrement notre responsabilité dans nos Eglises, nos familles et notre citoyenneté:
-Un "déficit" spirituel dans notre société. Les Eglises ont leur part de faute dans la situation actuelle: elles ne doivent pas sous-estimer leur rôle dans la construction des valeurs de notre société. En considérant la religion comme une affaire privée, en cherchant trop la conversion de l'individu et en oubliant la dimension collective de la personne, elles ont pu négliger la place qui est la leur dans les débats sur le sens qui donnent aux sociétés leurs orientations fondamentales.
-Les mutations de la structure familiale. C'est la famille qui peut le mieux aider l'adolescent à ne pas céder à l'attrait du défendu, cette éternelle histoire de l'humanité depuis Adam ! Le manque de manifestation de l'amour, l'éclatement de la cellule familiale, l'absence physique ou morale du père sont des
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facteurs majeurs dans le déclenchement du processus de la toxicomanie. Mais la famille sur-protectrice ou celle cherchant à inculquer des règles qu'elle croit immuables (réponse, peut-être, à ces mutations reçues comme un effondrement) ne permet pas non plus au jeune, vivant maintenant dans un monde ouvert, de construire ses propres valeurs sans déstructuration.
-Un commerce trop lucratif. L'influence des trafiquants, telle l'action d'un virus, repose sur les bases-mêmes de notre économie, par le biais d'un détournement (libéralisme, volume du commerce international, système bancaire du blanchiment d'argent, système de pouvoir et trafic d'influence...). Dans le contexte actuel, les contrôles et la répression montrent leur insuffisance et même, dans certains cas, leur aspect négatif: il faut examiner pour les transformer tous les rouages de notre propre société qui permettent le développement de tels trafics. Par ailleurs, si une part importante de la production mondiale vient des pays sous-développés, c'est que les paysans cherchent là le moyen de survivre. A cause de cette pression, la libéralisation ne peut conduire qu'à une augmentation de l'offre et, dans un contexte de banalisation du produit, à une stimulation de la consommation. Or une des raisons de l'économie difficile du Tiers-Monde repose sur la place prépondérante occupée par les pays dit riches dans la défInition des termes des échanges commerciaux internationaux et leur manque de justice.
Ces points nous conduisent à reconnaître que notre société porte une lourde responsabilité dans ]a toxicomanie. C'est donc bien en son sein qu'on peut s'y opposer.
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