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La gauche et les drogues
Août 2003
Le regard d'un espagnol sur le discours complaisant d'une certaine gauche
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L’apologie de la drogue a eu un tel succès dans les pays occidentaux qu’aujourd’hui la moindre critique sur la consommation de stupéfiants est vue d’un mauvais œil. Les défenseurs de ce style de vie demandent du respect pour la liberté et pour la responsabilité individuelles, mais ils ne reconnaissent pas qu’il existe une incitation subliminale à la consommation de ces substances. Ils affirment qu’il n’y a pas de société sans drogue et qu’il n’y en a jamais eu, mais ils cachent que la drogue est l’un des instruments dont les exploiteurs se sont toujours servis pour soumettre leurs esclaves.
La théorie qui soutient qu’un usage de temps en temps ne rend pas le consommateur dépendant et ne le conduit pas à la toxicomanie ; la comparaison permanente avec l’alcool, le tabac et les tranquillisants ; l’énorme publicité que l’on donne à leurs prétendues vertus thérapeutiques ; le discours officiel qui assure que seuls le chômage, l’exclusion ou le besoin que les adolescents ont de nouvelles expériences sont à l’origine de la consommation de drogues (comme si celles-ci tombaient du ciel, comme si la forte augmentation de l’offre n’y était pour rien) sont des arguments d’un prosélytisme qui crève les yeux.
Les médias donnent la parole aux usagers qui en font la louange sans gêne, qui expliquent comment les cultiver et qui se posent en victimes de la loi ; de même, certains hommes politiques, journalistes et vedettes se vantent publiquement d’en consommer et tournent en ridicule ceux qui désapprouvent leur conduite. Nombre de films montrent leurs protagonistes en train de se droguer, font passer le message que c’est quelque chose d’anodin, comme boire de l’eau, ou en font le symbole des révoltés contre la société de consommation.
Personne
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ne semble se rendre compte qu’il faut beaucoup d’argent pour produire un film, pour réaliser une émission télévisée ou radiophonique, pour publier un journal ou pour éditer un disque, et que le capital n’a jamais agi dans l’intérêt du plus grand nombre. Personne ne remarque qu’un monde où la plupart des gens consacrent leur temps libre à s’enivrer et à se droguer profite surtout à ceux qui détiennent le pouvoir économique, car les substances qui créent dépendance non seulement constituent une excellente affaire, mais sont aussi à l’origine du comportement égoïste et apathique qui caractérise leurs consommateurs et qui rend toute révolution impossible. Personne ne s’aperçoit que ceux qui sont en train d’encourager cette forme d’esclavage sont les mêmes qui s’évertuent à atrophier le développement intellectuel des enfants pour qu’ils deviennent des morceaux de chair sans discernement qui passent leur vie à acquérir des bien matériels ; ce sont les mêmes qui se servent des médias pour manipuler, abrutir et effrayer le peuple ; ce sont les mêmes qui sont en train d’abolir les droits des travailleurs ; ce sont les mêmes qui essaient à tout prix de retarder l’adoption de mesures nécessaires à la préservation de la biosphère. Et toute invitation à la révolte de leur part peut être qualifiée de suspecte.
Pourquoi les gens qui se déclarent de gauche se sont-ils mis du côté des empoisonneurs qui veulent nous asservir ? Est-ce qu’il n’y a pas de dissidents dans leurs rangs ? Jusqu’à quand va-t-on confier la défense des droits des salariés et la protection de l’environnement à des individus qui sont sous l’emprise de produits stupéfiants ?
J. Martínez Cousinou, Séville
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