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Les tests anti-drogue arrivent dans les lycées.

C’est un document de 76 pages à en-tête du ministère de la Santé, de la Jeunesse et des Sports. Daté du 27 février, il est intitulé Présentation du plan “Santé des jeunes”. Très dense et très technique, pas facile de s’y plonger. Résultat : un passage ô combien important est passé totalement inaperçu de ceux (peu nombreux, il est vrai),qui ont eu le rapport entre les mains. Dressant, en page 11 chapitre :“Les jeunes et le cannabis”), le constat d’une « France [qui] figure parmi les plus importants consommateurs de cannabis en Europe, tant chez les jeunes adultes que chez les adolescents », le plan “Santé des jeunes” annonce, page suivante, ses
“mesures”.
Parmi celles-ci : l’« expérimentation d’un test de repérage de l’usage à risque du cannabis en lien avec l’Éducation nationale », qui aura lieu « dans les établissements secondaires des trois
académies d’Île-de-France ». Vague projet à l’étude ? C’est tout le contraire : l’argent a déjà été débloqué.
« Test de repérage : 60 000 euros (conception), déjà financés par la DGS [direction générale de la Santé] », révèle quelques lignes plus loin le rapport. Ajoutant : « Pas de coût supplémentaire pour les expérimentations (via les infirmières scolaires, crédits d’État) ».
Président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), Étienne Apaire, le “monsieur antidrogue” de Sarkozy, dont il fut le conseiller au ministère de
l’Intérieur, assume et défend ces “tests” qu’il définit comme une « main tendue » en direction des toxicomanes et de leurs parents. « Notre plan ne se limite pas au cannabis, précise-t-il à
Valeurs actuelles. Il concerne toutes les autres addictions : alcool, héroïne, cocaïne…»
Objectif : « repérer suffisamment tôt les conduites à risque chez certains lycéens, engager un suivi et prévenir les parents, qui, sous prétexte qu’ils ne veulent pas voir la réalité en face, sont souvent les derniers à s’en rendre compte.»
En phase de lancement, l’“expérimentation” concerne aujourd’hui 3 000 élèves, sur lesquels
d’éventuels “tests” pourront être engagés. Une centaine de personnes (médecins scolaires, enseignants, personnels d’encadrement) sont actuellement formées. Mais pas question de tests “à l’aveugle”, réalisés après tirage au sort des élèves, comme cela se pratique de plus en plus à l’étranger (États-Unis,Grande-Bretagne, Belgique, Suède, etc.). La méthode choisie ? «Une “grille d’analyse de comportement” sur le modèle québécois », explique Étienne Apaire.
Cette grille, ou tableau, mise au point par des spécialistes et remplie par les infirmières scolaires, permettra, assure-t-il, de « repérer si, oui ou non, le comportement signalé
de tel ou tel élève relève d’un usage régulier de drogue ou d’alcool. » «Une avancée considérable »,
se félicite-t-il.
Président de l’association Parents contre la drogue, Serge Lebigot – dont Sarkozy a vanté « l’engagement remarquable » – regrette, pour sa part, ce qu’il appelle une « demi mesure
» : « La méthode choisie ne s’intéresse qu’aux cas les plus graves, concernant des adolescents déjà lourdement dépendants. Seuls les tests réalisés par tirage au sort, pratiqués par des
dizaines de pays, permettent de détecter les élèves qui fument leurs premiers joints. Or, plus vite on intervient, plus il est facile de décrocher. » En 2005, Serge Lebigot avait eu à s’occuper du cas de Ludovic, un lycéen de 17 ans. Celui-ci, timide et introverti, avait commencé à fumer du cannabis lors d’un voyage scolaire en Grande-Bretagne, poussé par des camarades de classe qui le traitaient de “dégonflé”. « Très vite, il est devenu totalement dépendant, fumant
de huit à dix joints par jour, raconte Lebigot. Six mois après, il se faisait interner deux fois en hôpital psychiatrique, suite à des délires schizophrènes… Sous prétexte de politiquement correct, on n’ose pas s’attaquer frontalement au fléau de la toxicomanie. »
Lors de son Plan 2005, la Mission contre les drogues avait promis une baisse de 25 % de la consommation de cannabis en cinq ans. Elle n’a cessé d’augmenter depuis ! 12 millions de
Français ont déjà fumé du cannabis, 1,2 million en consomment régulièrement, 500 000 quotidiennement…
Nommé il y a moins de six mois par Sarkozy, Étienne Apaire répond qu’il n’est « pas comptable
de ce qui s’est fait avant ». Ajoutant que, selon lui, les « grilles d’analyse de comportement» mises au point permettront de franchir un « pas supplémentaire » dans la lutte contre la
toxicomanie : « tout changement de comportement atypique à l’école peut cacher une dépendance, dit-il : l’absentéisme, la somnolence pendant les cours, les mauvaises
notes, les accès de violence ou de repli sur soi… Nous allons nous donner les moyens, en croisant ces informations dans nos tableaux, de venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin. Notre démarche n’est ni empreinte de laxisme, ni répressive : c’est un service pour les parents. » Mais celui-ci n’arrive-t-il pas déjà, trop tard ? « C’est dès le collège, et même le primaire, qu’il faut commencer à agir », insiste Serge Lebigot. « Alerte au cannabis dans les collèges », titrait le Parisien du 5mars. L’urgence est là, en effet : 300 000 enfants de 12 à 15 ans et même… 50 % des 17 ans ont déjà fumé un joint. Sur proposition, pour la plupart, d’un camarade de classe.

Par Arnaud Folch, pour Valeurs Actuelles
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Vendredi 03 Septembre
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