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Abcdaire des drogues
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Lexique :
Par le professeur Renaud TROUVE
A-B-C-D-E-F-G-H-I-J-K-L-M-N-O-P-Q-R-S-T-U-V-W-X-Y-Z
Fiche produit
ECSTASY
I/ Produits, origines, propriétés générales
II/ Historique
III/ Propriétés physiopharmacologiques
IV / Toxicologie et effets adverses
V / Considérations générales
VI/ Conclusion
VII/ Bibliographie
I/ Produits, origines, propriétés générales
On appelle "drogues de synthèse" ("designer drugs") des substances synthétisées pour des raisons purement commerciales et récréatives. La plupart sont apparentées aux amphétamines. Comme celles-ci, elles possèdent de puissantes propriétés stimulantes et hallucinogènes.

L'une des premières molécules de ce type dérive de la mescaline, dont les chimistes ont modifié la molécule afin d'augmenter sa puissance, ce qui a abouti au TMA (triméthoxy 3,4,5 amphétamine). De nombreuses substances chimiques voisines ont été synthétisées (DOM ou STP, PMA, DOB, aigle d'or ou bromo-DMA, MDA "love drug" ou pilule d'amour, MDEA ou eve). La plus répandue à l'heure actuelle est la MDMA (3,4-méthylènedioxymethamphétamine) plus connue sous le nom d'ecstasy. C'est une substance blanche, à odeur de moisi. Les sels d’ecstasy sont solubles dans l’eau, ce qui permet de mélanger la substance à diverses boissons.

La synthèse chimique de l'ecstasy est relativement simple et peut s'effectuer dans des locaux domestiques comme des garages.

Elle se présente sous forme de comprimés utilisés par voie orale, une capsule contenant de 50 à 150 mg de MDMA, mais pouvant contenir aussi des proportions variables de MDA selon la méthode de synthèse. Le produit obtenu est rarement pur, les divers contaminants pouvant contribuer à sa toxicité. Il peut être coupé par d'autres composés psycho-actifs comme le L.S.D. et les amphétamines.

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II/ Historique
La MDMA a été pour la première fois synthétisée par Merck et brevetée en 1914 comme modérateur d'appétit. Sa toxicologie n’a été explorée qu’à partir de 1950. Elle a été classée comme drogue illicite en 1985 aux USA, mais certains psychiatres lui attribuent encore une valeur thérapeutique (1, 2), surtout parce que la MDMA agit comme désinhibant (3). Jusqu'au milieu des années 80, les utilisateurs d'ecstasy se l'administraient alors qu'ils étaient seuls ou en petit comité et les cas d'intoxications étaient rares (4, 5). A partir de 1987, des cas d'intoxications graves et de décès ont été observés en Angleterre puis aux Etats-Unis. L'inquiétante progression des cas de toxicité graves liés à l'ecstasy provient de son utilisation récente dans les boites de nuits ou dans les soirées où l'on danse frénétiquement pendant toute la nuit ou "rave parties" (rave= délire, extase) (6, 7, 8). En France, elle est au Tableau B depuis Juillet 1986. Elle figure sur la liste des substances contrôlées des Nations Unies.

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III/ Propriétés physiopharmacologiques
La MDMA possède l'effet stimulant des amphétamines associé à des propriétés euphorisantes. L'ecstasy agit principalement sur les neurones sérotoninergiques. Elle inhibe de façon irréversible la tryptophane hydroxylase, enzyme qui limite la production de la sérotonine (9). Chez le rat, cette inhibition dure deux semaines après une seule injection.

La MDMA déforme les perceptions sensorielles et de contact (cutanées par exemple), mais pas ou peu la perception visuelle. Elle entraîne euphorie et augmentation de la motricité. C’est une substance dont la consommation entraîne une dépendance comme la plupart des amphétamines.

Les doses provoquant l'effet recherché ou des effets toxiques sont extrêmement variables d'un individu à l'autre. La dose tuant 50% des animaux, chez le singe et le chien, est de l'ordre de 20 mg/kg (10, 11). Il existe un recouvrement important entre doses toxiques et doses récréatives, en fonction donc des individus, mais aussi des circonstances de consommation.

Peu de données de pharmacocinétique sont disponibles chez l'homme. Le pic plasmatique apparaît 2 heures après ingestion, la demi-vie étant d'environ 8 heures.

Après ingestion de 50 mg, le taux plasmatique maximum est d'environ 100 ng/ml, puis descend à 5 ng/ml au bout de 24 heures (12). 72% de la drogue est éliminée intacte par les urines au bout de 3 jours. Chez les sujets décédés à la suite d'une ingestion de MDMA, le taux plasmatique varie de 110 à 1260 ng/ml.

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IV /Toxicologie et effets adverses
A dose faible chez le volontaire sain, la MDMA produit perte de l'appétit, nausées, douleurs musculaires, transpiration, fatigue et insomnie. Ces effets toxiques s'accentuent après plusieurs prises alors que les sensations agréables s'estompent.

Les cas de décès sont pour la plupart associés à l'hyperthermie (jusqu'à 43°C), qui accentue les autres problèmes cliniques et à l'apparition du syndrome hypersérotoninergique et hyperadrénargique. L'administration à des rats produit une hyperthermie directement corrélée à la température ambiante. La seconde conséquence est l'apparition d'une hyperactivité appelée "syndrome hypersérotoninergique" comprenant piloérection, hyperactivité psychomotrice, ataxie conduisant aux convulsions et à la mort.

Les effets neurotoxiques à long terme sont peu documentés mais des cas de psychoses paranoïaques chroniques et de troubles variés du comportement (dépression et psychose) sont décrits. Des lésions irréversibles des neurones sérotoninergiques ont été mises en évidence chez le rat et chez le singe après doses répétées et modérées de MDMA (13), un effet similaire chez l'homme restant difficile à démontrer. Toutefois, il a été montré chez l’homme une baisse des taux d’HIAA, (acide 5-hydroxyindole acétique) témoin de la dégradation métabolique de la sérotonine. Chez le rat, la faculté de récupération après administration chronique de MDMA paraît plus importante que chez le singe.

L'intoxication induit insuffisance rénale aiguë, hépatotoxicité, troubles de la coagulation, troubles du rythmes, tachycardie, hypertension, oedème pulmonaire (14, 15, 16). Le traitement de l'intoxication aiguë fait actuellement l'objet de nombreuses études expérimentales et cliniques. Le refroidissement avec de la glace est conseillé, ainsi que l'utilisation des benzodiazépines pour prévenir les convulsions.

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V /Considérations générales
La progression des cas d'intoxications dus à l'usage de l'ecstasy est en grande partie liée aux circonstances de l'emploi de la drogue. Au cours des "rave parties", toutes les conditions de prise de la drogue sont réunies pour induire ou augmenter les effets délétères: activité physique intense et prolongée, bruit, température et absence de ventilation, sujets déshydratés. De plus, l'association à d'autres drogues illicites (cocaïne, cannabis, L.S.D....) et à l'alcool peut aggraver de façon dramatique la toxicité de ces substances. Le nombre de sujets ayant absorbés de l'ecstasy impliqués dans des accidents de la route est également en progression.

Pour toute observation ou question concernant ce texte ou l’ecstasy, envoyez un message électronique à l’adresse suivante : toxidop@wanadoo.fr
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VI/ Conclusion
La consommation d'ecstasy et de dérivés amphétaminiques voisins est de plus en plus répandue et le nombre d'intoxications sévères et de décès repertoriés dans la littérature scientifique internationale est en constante augmentation depuis dix ans. Ces drogues ont la réputation parmi les consommateurs d'être sans danger, voire moins toxiques que l'alcool, alors que les décès surviennent généralement après ingestion de doses modérées.
M. SITBON et R. TROUVÉ

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VII/ Bibliographie
1. Shulgin A., The background and chemistry of MDMA. J. Psychoact Drugs, 18 : 281-304, 1986.
2. Grob C., Bravo G., Walsh R., Liester M., The MDMA neurotoxicity controversy : implications for clinical research with novel psychoactive drugs. J. Nerve Ment Dis, 180 : 355-356, 1992.
3. Eisner B., Ecstasy, the MDMA story. Berkeley : Ronin Publishing, 1989.
4. Randall T., Rave' scene, ecstasy use, leap atlantic [news]. JAMA. 268(12):1506, 1992 Sep 23-30.
5. Milroy CM., Clark JC, Forrest ARW., Pathology of deaths associated with "ecstasy" and "eve" misuse J Clin Pathol. 49:149-53, 1996.
6. Wright JD., Pearl L., Knowledge and experience of young people regarding drug misuse, 1969-94 BMJ. 310(6971):20-4, 1995 Jan 7.
7. Henry JA., Jeffreys KJ. , Dawling S., Toxicity and deaths from 3,4-methylenedioxymethamphetamine ("ecstasy") Lancet. 340(8816):384-7, 1992 Aug 15.
8. Fahal IH., Sallomi DF., Yaqoob M, Bell GM., Acute renal failure after ecstasy. BMJ. 305(6844):29, 1992 Jul 4.
9. Rudnick G., Wall SC., The molecular mechanism of "ecstasy" [3,4-methylenedioxy-methamphetamine (MDMA)]: serotonin transporters are targets for MDMA-induced serotonin release. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America. 89(5):1817-21, 1992 Mar 1.
10. Ricaurte GA., McCann UD., Neurotoxic amphetamine analogues: effects in monkeys and implications for humans. [Review] Annals of the New York Academy of Sciences. 648:371-82, 1992 May 11.
11. Steele TD., McCann UD., Ricaurte GA., 3,4-Methylenedioxymethamphetamine (MDMA, "Ecstasy"): pharmacology and toxicology in animals and humans. [Review] Addiction. 89(5):539-51, 1994 May.
12. Verebey K., Alrazi J., Jaffe J., the complications of "Ecstazy" (MDMA). JAMA, 259, 11 : 1649-1650, 1988.
13. Ricaurte G., Bryan G. Strauss L et al, Hallucinogenic amphetamine selectively destroys brain serotonin nerve terminals. Science, 229 / 986-988, 1985.
14. Chadwick I., Curry P., Linsley A. et al, Ecstasy, 3-4 methylenedioxymethamphetamine (MDMA), a fatality associated with coagulopathy and hyperthermia. J.R. Soc Med, 84 (6) : 371, 1991.
15. Brown C., Osterloh J., Multiple severe complications from recreational ingestion of MDMA ("Ecstasy"). JAMA, 258 (6) : 780-781, 1987.
16. Campkin T., Davies U., Another death from ecstasy. J. R. Soc. Med., 85 (1) : 61, 1992.
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Dimanche 19 Mai
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