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Le cannabis n'est pas un médicament
Le cannabis est une médicamentation vétuste, dont les effets nocifs contrebalancent les effets thérapeutiques partiels.
par le professeur Gabriel Nahas

La toxicomanie continue à gagner du terrain. Le phénomène risque de s'amplifier pour deux raisons au moins : d'abord l'arrivée au pouvoir de nouvelles coalitions politiques, en Allemagne ou en Italie, composées de Verts et de socialistes qui réclament une légalisation de la drogue ; ensuite avec l'usage médical des drogues dites " douces ", qui se développe dans les pays de l'Union européenne.

En Grande-Bretagne, le Home Office vient d'autoriser l'usage du cannabis à titre médical, mesure déjà largement appliquée en Allemagne, en Suisse et aux Pays-Bas. En France, cet usage n'est pas encore admis. Cette réserve de la France est due aux résultats d'études scientifiques récentes, qui ont mis en évidence le peu d'efficacité du cannabis, à partir de statistiques établies sur les deux dernières décennies. Le cannabis serait une médication acceptable si les effets thérapeutiques contrebalançaient ses effets nocifs. Or, il n'en est rien..

Propriétés antiémétiques
C'est le premier effet rapporté, chez les sujets soumis à une chimiothérapie, qui fumaient des cigarettes de cannabis. Cette action du THC - l'élément actif du cannabis -, contre le vomissement, s'apparente à celle du Phenergan, un médicament français qui fut le premier antiémétique à être utilisé. Mais cette action du cannabis n'est que partielle, car la nausée et le vomissement, en cas de chimiothérapie, résultent aussi de la stimulation d'autres récepteurs cérébraux.

Effet contre glaucome
Le THC n'est donc qu'un antiémétique partiel, au mécanisme d'action limité. Il ne peut être administré par voie intraveineuse et son absorption par voie orale est lente et inconstante. La fumée de marijuana, recommandée par certains, contient par ailleurs des cancérigènes en plus grande quantité que la fumée de Tabac, et inhibe les défenses immunitaires du poumon.

Effet analgésique
Le cannabis, absorbé par inhalation ou par voie orale, diminue la pression intraoculaire de malades atteints de glaucome. Afin d'être maintenu, cet effet du THC requiert la consommation d'une dizaine de cigarettes de cannabis par jour. Or, le cannabis produit un effet contradictoire de simulation et d'inhibition successives des prostaglandines, substances impliquées dans les phénomènes inflammatoires.

Le THC n'est donc qu'une médication à effet partiel, accompagné d'effets indésirables. Or, d'autres médications efficaces et bien tolérées ont des effets spécifiques qui permettent de restaurer la signalisation cellulaire perturbée par le glaucome. De nombreuses études expérimentales ont démontré que les cannabinoïdes ne sont que des analgésiques " partiels ". Dans la douleur aiguë, le cannabis exerce un effet analgésique très limité, inséparable de son double effet euphorisant et placebo.

Car cette molécule a peu d'interaction avec le système endorphinique de contrôle de la douleur, sur lequel elle pourrait même exercer un effet inhibiteur. Dans la douleur de l'inflammation, le cannabis possède des propriétés analgésiques partielles, semblables à celles exercées par l'aspirine et le paracétamol. Cet effet anti-inflammatoire, observé chez l'animal, n'a pas été cliniquement démontré. Par comparaison, les opiacés et les médications du type aspirine ou paracétamol sont spécifiquement ciblés sur les deux grandes voies de la douleur, le système endorphinique dans la douleur aiguë et l'inhibition des prostaglandines dans la douleur inflammatoire.

De plus, l'infiltration des tissus ou des ganglions sympathiques avec les anesthésiques locaux offre une intervention thérapeutique de choix pour soulager la douleur aiguë. Les cannabinoïdes n'ont aucune action d'anesthésie locale.

Les douleurs neurologiques
Le THC ingéré ou la fumée de marijuana ont été recommandés pour calmer les douleurs associées à l'absence de coordination des mouvements, au tremblement de la sclérose en plaques, à l'incontinence des traumatisés de la moelle épinière et même à l'épilepsie. Toutefois, les études cliniques ne sont pas concluantes et ne confirment pas l'historique rapporté des patients.

Tous ces malades, atteints de désordre neurologiques chroniques, peuvent disposer de médications plus spécifiques, ciblées sur les mécanismes moléculaires de leur principale manifestation symptomatique : contractures, tremblements, dyslomes, douleurs. Les propriétés thérapeutiques du THC peuvent s'expliquer aujourd'hui par les mécanismes moléculaires de cette drogue sur la membrane cellulaire.

Or, le THC altère d'une façon persistante la signalisation de la membrane cellulaire, qui transmet les signaux physiologiques du liquide extracellulaire à toutes les structures enzymatiques et aux organelles intracellulaires. Cette dérégulation du mécanisme fondamental, présent dans toutes les cellules de l'organisme, explique les effets partiels et contradictoires des propriétés thérapeutiques du THC, ainsi que les effets nocifs qui les accompagnent.

En médecine moderne, le cannabis doit être considéré comme une médicamentation vétuste, dont les effets nocifs contrebalancent les effets thérapeutiques partiels.



 

 

 

 
DISCUSSION